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Même Revue, t. IX et X

anglaise. En dehors de ces conventions, la différence des deux systèmes se réduit à peu de chose. En France la lettre t ne sert jamais pour le ^français; en Angleterre, on l’emploie concurremment avec w (par exemple pour Rose , nos 13 et 14 du Recueil Davis), et, de plus, elle représente souvent le cl. En France, la transcription de la nasale an , en, par 31 ou rus, est assez rare; en Angleterre, elle est très fréquente, et il est bon de se souvenir constamment de cette règle dans la lecture des noms propres (par exemple Alexondre pour Alexandre, Blonche pour Blanche). Enfin, la prononciation des noms et des mots français étant devenue vicieuse en Angleterre, ou l’orthographe française étant peu connue des scribes anglais, Ve muet de la fin des mots, qui en France est toujours très régulièrement représenté (soit par un a, soit quelquefois par un n), manque très souvent en Angleterre. Les scribes anglais ne savaient plus très exactement figurer Ve muet français, qu’ils écrivent ou omettent au hasard. Ces incorrections d’écriture sont probablement dues à des altérations de la prononciation française. Lorsque l’Anglais faisait sonner fortement une consonne à la fin d’un mot, le scribe hébreu était tenté de mettre un h (pour e muet) à la fin du mot. Ainsi on a Jacopc, Paulc, Blanke pour Blank , Il est bon de noter des formes de transition, par exemple le mot amp, désignant, d’après M. Davis, l’anglais kitchen , et qui est apparenté au français cuisine.

Suivant une loi dont on retrouve l’usage dans la transcription de l’italien, le cl et le .a (ou s doux, comme dans maison, raison) se confondent très souvent dans la prononciation populaire du moyen âge, chez les chrétiens aussi bien que chez les juifs. Ainsi, NrVmn et njÉhno sont deux formes différentes du même nom, Madeleine (d’où l’abrégé moderne Maucl ). Les mêmes Deecls fournissent encore des indications sur certains noms franco-anglais portés par des Juifs. Par exemple, Muriel est le nom de femme en hébreu équivalent de Miriam, et ainsi de suite.

Les plus anciens mots français, ceux des x° et xie siècles, conservés en caractères carrés grâce aux commentaires

M. SCHWAB

TRANSCRIPTION

rabbiniques do Raschi et de ses disciples, ont été relevés en ces derniers temps dans les travaux considérables (hélas inachevés!) de feu Arsène Darmesteter Il convient de placer à côte d’eux la publication d’un vocabulaire hébreufrançais du xne siècle faite par Bœhmer, sous le titre « De vocabulis franco-gallicis judaice transcriptis » , dans les Romanische Studien (1875, pp. 197-120), d’après un manuscrit de la Bodleienne, n° 135 (fol. 286-292). Les noms propres de Juifs français du xme siècle, écrits en hébreu sur des stèles découvertes à Paris de nos jours, ont aussi enrichi l’onomastique et l’histoire littéraire de la France; la publication de ces textes par A. de Longpérier, dans le Journal des savants , d’octobre 1874, en fait foi.

Passons vers l’Est. — Pour l’allemand à partir du xive siècle, M. Grüubaum a publié une « Jüdisch-deutsche Chrestomathie, zugleich ein Beitrag zur Kunde der hebr. Literatur » (Leipzig, 1882, in-8°). M. Grünbaum fait ressortir par des citations à l’appui combien l’idiome judéo-allemand contribue à nous donner une connaissance plus approfondie de l’ancienne langue allemande, surtout du moyen haut allemand, ainsi que des divers dialectes allemands, idiome tel qu’il est encore parlé par les Juifs polonais, aussi bien de la Russie que de la Posnanie et de la Galicie. Or, maintes expressions qui ont disparu de la langue littéraire du moyen âge ont été conservées dans le judéo-allemand, en même temps que ce dialecte a conservé des termes étrangers à cette langue, provenant de source romane par les migrations.

C’est que les Juifs se sont trouvés, bon gré mal gré, à l’état, de nomades ; ce n’est pas sans raison que Néhémie (XIII, 24) s’écrie : « Leurs enfants parlaient à moitié la langue d’Asdod : ils ne pouvaient pas parler judéen, et leur langage tenait de la langue de ces deux peuples. » C’est

1. Rapport sur une mission en Angleterre, dans : Archives des missions scientifiques et littéraires, 1871, p. 91. — Rapport sur une mission en Italie, Ibid., 1878, p. 383. — Glosses et glossaires français-liébreux du moyen âgé, dans : Romania, t. I (1872), p. 146 {Reliques scientifiques, 1. 1, p. 107, 119, 165).

que, depuis la captivité de Babylone, et déjà longtemps auparavant, l’araméen était devenu la langue populaire en Palestine, de même que plus tard les langues européennes firent des incursions successives dans le langage des Juifs. C’est ainsi que Menachem de Lonzano, dans son lexique Maarikh, a dû. expliquer les mots étrangers du Talmud par les termes correspondants en arabe, en turc, en grec moderne, en italien. Cette variété n’est pas un luxe superflu.

De son côté, le judéo-allemand a dépassé de toutes parts les limites de la Germanie; tous les immigrants juifs dans les pays voisins et jusqu’en Amérique ont continué à le parler, comme tant de juifs orientaux continuent encore à parler espagnol.

Pour cette dernière langue il nous paraît inutile d’insister, pas plus que sur la transcription de l’italien. Une étude sur le Maqrè Dardeqè , fournie par la Revue des études juives en 1889, pour l’italien des xive et xvc siècles, peut servir également à constituer les règles de transcription des mots espagnols, sauf qu’il resterait à faire des remarques supplémentaires concernant la j espagnole, ou parfois la similaire x.

L’histoire, en effet, confirme et justifie ces transitions. Après la fin du xme siècle, à partir de 1296, il n’y a plus de Juifs en Angleterre, et après 1395, il n’en reste plus en France. Ils sont exilés de l’Espagne et du Portugal en 1487 et 1492. A ce moment, ces Juifs, émigrant à Byzance, ont transcrit en caractères carrés et vocalises les versions espagnoles et en grec moderne de la Bible, ainsi imprimées en 1547 dans une vieille édition polyglotte *. Ils ont importé de la même façon, en Turquie aussi bien qu’en Hollande, l’espagnol parlé à cette époque. Enfin, maintenant encore, en Roumanie, en Serbie, en Bulgarie, on publie des ouvrages écrits de même façon : l’Asie et l’Afrique septentrionale possèdent aussi des périodiques arabes transcrits et imprimés en lettres hébraïques.

1. Pour la description de cette édition, voir Bibliographie hellénique, par M. Em. Legrand, t. II, pp. 159-161.

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