Renaus , p. 374 et ss
SUR LA CHANSON DE JEHAN UE LANSON 333
pas ses anciens complices. Servain et un autre 1 payent cher leur association passée avec le larron devenu pair de Charlemagne; plus loin 2 *, une troupe de voleurs qui viennent de détrousser une caravane de marchands ont à essuyer les coups du terrible bourdon du faux pèlerin et subissent le même sort que les victimes de Maugis. Malgré leurs antécédents qu’on peut qualifier, avec M. Léon Gautier, de déplorables, l’un et l’autre ont mérité toute la faveur du public, non seulement parce qu’ils font servir leurs meilleurs tours au succès de la cause sympathique, mais encore parce qu’ils sont de vrais chevaliers et présentent le modèle de toutes les vertus chevaleresques requises d’ordinaire chez les héros des chansons de geste : le gentil larron, compagnon d’un Renaud de Montauban ou d’un Roland, montrera une intrépidité dans la bataille et un dévouement à ses amis qu’il n’est pas nécessaire de mettre en relief et que mes lecteurs devinent. On peut cependant observer que leur passé un peu louche semble créer dans leur situation une certaine infériorité à l’égard de leurs compagnons ; on les voit remplir certains rôles que ne jouent pas ordinairement les héros préférés des anciennes épopées; ainsi, Basin ou Maugis sont souvent choisis pour faire le guet, ils ont la charge des approvisionnements et organisent les banquets; c’est à leur vie aventureuse qu’ils doivent sans doute la connaissance de plusieurs langues ; ils sont l’un et l’autre bons latimiers ; aussi sont-ils d’ordinaire désignés pour être espion, messager ou pour servir de guide. Enfin, à l’un et à l’autre est dévolu le rôle d’égayer les récits de combat qui semblaient déjà monotones ; leur conduite provoque souvent le rire plutôt que l’admiration : qu’on relise dans Renaus 3 l’épisode de Maugis déguisé en pèlerin dans la tente de Charlemagne et le récit de sa propre captivité 4 où sa conduite