Ibid., p. 127 et suiv
SUR LA CHANSON DE JEHAN DE I.ANSON
ciment respectueusement sur son passade et on le laisse entrer dans le château de Montclair. Il profite alors de l’occasion pour faire pénétrer avec lui un convoi de ravitaillement et, pour hâter le succès de l’entreprise, Maugis va jusqu’à maltraiter lui-même les récalcitrants, au grand étonnement des barons français :
« ...Ci a mal cardonel !
Oncques ne vis apostre si vilain cop doner. »
J’ai insisté sur ces passages d’un goût douteux, pour faire observer la tendance à l’exagération très remarquable dans tout le poème de Maugis ; l’imitation dans Jehan de Lanson est sobre et discrète comparée à celle du trouvère de Maugis qui pousse tout à l’excès et ne recule devant aucune exagération pour renchérir sur son modèle.
Poursuivons l’examen des exploits de nos deux larrons : Maugis, à son tour, est tombé entre les mains de Charlemagne 1 qui se promet bien de lui faire payer cher ses tours pendables; c’est effectivement la pendaison qui lui est réservée et les fourches sont déjà dressées. Mais Maugis n’est pas au bout de ses ruses ; par une incantation dont il a le secret, il plonge l'empereur et ses barons dans un sommeil magique et se délivre de ses liens; avant de s’enfuir il enlève aux compagnons de Charles leurs épées et à leur réveil les pairs pleureront la disparition de Joyeuse, de Durandal, d’Hauteclaire, de Courtain et d’Antemise.
Le vol des épées a particulièrement plu au trouvère de Jehan de Lanson et il n’a pas craint de reproduire deux fois un aussi intéressant récit dans son ouvrage : c’est d’abord le traitre Alori 2 prisonnier, qui, parvenant à s’évader, profite du sommeil des douze pairs pour leur enlever leurs épées; il rencontre heureusement Basin qui lui reprend les précieuses armes et Alori sera pendu. Une autre fois 3, Malaquin l’enchanteur parvint à s’introduire une nuit dans le château où les pairs sont réfugiés; il épargne, on ne sait