Ibid., fol. 9 r° et v
trop pourquoi, les barons endormis et se contente de se saisir de leurs épées, et ce sera encore Basin qui les rendra à leurs possesseurs désolés à la suite de son étrange duel avec son confrère en magie h Le récit de la course de chevaux que Charles a organisée dans les prés de la Seine pour choisir un cheval digne de Roland a sans doute aussi inspiré en partie l’épisode du vol du cheval dans notre chanson : le bon cheval Bayard 1 2 3, par je ne sais quel artifice de Maugis, se présente boitant et excite le rire de tous. Qui pourrait penser qu'un si misérable cheval aurait les moindres chances de succès? Mais les plaisanteries se changent bientôt en étonnement, en admiration aux premiers bonds de Bayard. Renaud enlève facilement la couronne, prix de la course, et, quand le roi, spectateur ravi, le rappelle auprès de lui, le proscrit s’enfuit en lançant audacieusement son nom avec un ironique défi. Dans notre chanson le vol du cheval de Jean de Lanson forme un épisode, il est vrai, différent, mais on verra que notre trouvère place finalement son héros dans la même situation que Renaud ;i. Basin, toujours déguisé, demande aux écuyers chargés de la garde d’Afilart, cheval de Jean de Lanson, de le laisser essayer de le monter, en souvenir du temps lointain où lui aussi était assez riche pour posséder des chevaux. Les écuyers y consentent sans défiance et par dérision : le pèlerin paraît si vieux, si infirme ; ils riront bien de voir la peine qu’il aura à se tenir sur un che-
1. L’épisode de Renaus mentionné ici et repris dans Maugis fournit encore un exemple frappant du goût de ce dernier poème pour l’exagération. Dans Renaus, Maugis, gui vient de voler les épées, coupe, avant de partir, un morceau de la robe de l’empereur déjà endormi. Je ne sais si ce simple trait a suffi pour suggérer à l’auteur de Maugis ces belles imaginations ; dans la même situation, Maugis, avant de quitter les pairs endormis, place par dérision une épée dans la main de l’empereur, met une couronne de paille à Samson, barbouille un autre de charbon, pend un bâton au cou de celui-ci, tond celui-là et coupe les guernons d’Helinant ( Maugis , p. 161 et suiv.). Jehan de Lanson connait aussi le trait des moustaches coupées ; mais je crois l’épisode où il est placé plutôt inspiré d’un passage de Fierabras. Sur la barbe coupée, cf. Nyrop, Storia delV epopea, p. 68.