‹ Mélanges Julien HavetChapitre 271 sur 567 · B. N., fr. 2495, fol. 17 r° et v · texte numérisé non relu

B. N., fr. 2495, fol. 17 r° et v

SUR LA CHANSON DE JKJIAN DE LANSON

val difficile : « Prenez garde de tomber », crient-ils. Basin prend son élan, est bientôt arrivé à l’autre bout de la prairie, et quand les écuyers qui commencent à s'inquiéter de la fin de l’aventure, le rappellent à grands cris : « Vous parlez de folie », répond Basin,

« Et se li dus Jehanz en est vers vos irez,

Dites que c’est Basins de Ganes li senez b »

L’épisode qui sert de dénouement à Jehan de Lanson est encore inspiré de Rendus. Maugis, avant de se retirer dans

1. B. N., fr. 2495, fol. 17, v°. L’épisode du vol du cheval tel que le raconte notre chanson, se retrouve très exactement reproduit dans le roman (l'Oclavien. Clément, père adoptif du héros, a entendu parler du cheval merveilleux du Soudan qui assiège Paris ; il l’aura à tout prix pour l’offrir à son fils. Après le déguisement en pèlerin et ses accessoires ordinaires, Clément se présente devant le Soudan : « Je suis bon connaisseur de chevaux, dit-il, je sais découvrir leurs qualités et leurs défauts ; amenez-moi vos chevaux et je vous trouverai le meilleur. Pour cela, ajoute-t-il, il faut que je puisse le monter. » Une fois en selle, il pique des deux et regagne Paris, en lançant le défi injurieux des autres récits : « Gardez mon esclavine, vous l'avez bien gagnée ( Octavian , éd. K. Vollmœller, p. 100 et ss.). Ce dernier trait se retrouve dans Jehan. Octavien est de la fin du xme siècle et le rapport des deux récits est certain ; je n’ose cependant conclure que l’un dérive directement de l’autre. — Au contraire, c’est certainement l'épisode de notre poème qui a passé dans Simon de Pouille (Gautier, Épop., III, 347); cette chanson inédite et de peu d’intérêt est, comme je le montrerai peut-être ailleurs, une copie maladroite et sans valeur de Jehan de Lanson. D’après M. G. Paris, la Reine S Unie, poème perdu, contenait aussi l’histoire du cheval volé emprunté aux mêmes sources. (Cf. Hist. poét., p. 93.) — Le type que représentent Maugis, Basin et leurs congénères dans l’épopée française doit beaucoup sans doute à celui du voleur avisé des contes populaires et l’un des exploits ordinaires de ce personnage est aussi le vol d’un cheval ; à la vérité, dans les contes populaires les choses ne se passent pas généralement tout à fait comme dans Jehan de Imusoh : le déguisement ingénieux du voleur et le sommeil plus ou moins magique des gardiens forment presque toujours le fond du récit (Cf. Cosquin, Contes populaires de la Lorraine, II, p. 271, Le franc voleur, et les remarques). Ici le voleur, sous un prétexte quelconque, obtient de monter sur le cheval et s’échappe ensuite facilement; cette manière de traiter l’épisode du vol du cheval se retrouverait sans doute aussi quelquefois dans les contes populaires : je n’ai pas fait cette recherche (cf. cependant Rivière, Recueil de contes populaires de la Kabylie du Djurdjura, p. 6) et je signalerai seulement sa présence dans un récit d’origine certainement populaire, le fabliau du Prestre et des deux Ribaus ( Recueil de MM. de Montaiglon et Raynaud, II, 58). Le prêtre vient de perdre son cheval au jeu de dés ; le cheval ne se laisse pas approcher d’inconnus et le prêtre consent à aider les ribaus à lui mettre son frein, mais il faut pour cela, prétend-il, qu’il puisse se mettre en selle; on devine le reste.

un hermitage pour expier ses deablies et ses aver sites, joue un dernier tour à l’empereur; il sort furtivement une nuit du château de Montauban, se glisse dans la tente de Charles, prononce quelques paroles mystérieuses et voilà l’empereur gagné par ce sommeil magique dont on peut trouver que nos vieux conteurs ont abusé. Maugis le charge sur Bayard et le lendemain l’empereur se réveille prisonnier, à la merci de Renaud 1 . Le récit de Jehan de Lanson est beaucoup plus développé et renferme des éléments tout à fait étrangers au poème de Renaus ; mais, finalement, Jean subit le même sort que l’empereur; endormi par les enchantements de Basin, il est enlevé par celui-ci et transporté dans le camp des Français ; quand il reprend ses sens, il est pour jamais prisonnier de ses ennemis 2.

L’imitation des principaux passages de Renaus où Maugis est en scène, bien établie, on peut aller plus loin et constater que notre trouvère a connu d’autres tours du célèbre larron. Les différentes rédactions de Renaus sont encore mal connues; mais on sait que plusieurs manuscrits renferment des épisodes consacrés à Maugis, encore inédits ; de plus, tous les récits de ce genre ne semblent pas avoir été conservés ; ils ont sans doute été fort nombreux et les trouvères profitant de l’immense succès de Maugis n’ont pas laissé se tarir cette source d’intérêt. Le plus important de ces développements de la légende de Maugis est la chanson de Maugis d'Aigremont et le seul que je veuille examiner

Bien que présentant un caractère moins archaïque que Jehan de Lanson, bien que composée longtemps après Renaus de Montauban , quand le succès de ce dernier poème était consacré, la chanson de Maugis d’ Ai g remont est cependant antérieure à notre roman qui l’a certainement

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