‹ Mélanges Julien HavetChapitre 276 sur 567 · Wistasse le Moine, éd. W. Foerster et J. Trost, p · texte numérisé non relu

Wistasse le Moine, éd. W. Foerster et J. Trost, p

SUR LA CHANSON DE JEHAN DE LANSON

lions extravagantes et aux diableries du duel de Maugis et de Noiron que je viens de rapporter.

Le succès de Maugis a été aussi grand à l’étranger qu’en France; si les différentes traductions et imitations étrangères, qui reproduisent souvent des épisodes ou des rédactions perdues en français, étaient examinées ici, peut-être pourrions-nous encore trouver dans Jehan de Lanson d’autres traces d’imitation de la légende du célèbre voleur; je me contenterai de noter les remarques que suggère l’examen de la saga islandaise de Geirard : il s’agit toujours de l'espionnage du faux pèlerin. La saga de Maguset Geirard , dont la date m’est inconnue, mais qui ne semble pas plus récente que le xve siècle, est, comme on le sait, une imitation très libre de l’histoire des quatre fils Aymon à laquelle se mêlent les éléments les plus divers Magus est le Maugis français ; comme dans le poème français, il vient à la cour de l’empereur Charles pour sauver son cousin prisonnier, ici Adalvard. .Te cite l’analyse de M. Wulff1 2 :

« Magus a apporté un déguisement à l'aide duquel il se rend tout à fait méconnaissable; c’est une espèce de longue capote, toute parsemée d’écailles, de coquilles, de serres de homard et de mille autres objets bizarres qui au moindre mouvement font un joli bruit 3. S’appuyant sur deux bâtons, il entre dans la ville... Aux rayons du soleil couchant on voit... comme un tas de coquilles vivant; enfin on découvre que c’est un vieillard avec une très longue barbe et qui fait de vains efforts pour se tenir debout. L’empereur ordonne qu’on aide l’homme à se

1. Sur les sources de la saga de Magus et Geirard, voyez Suchier dans la Germania, t. XX, p. 273; cf. Romania, t. IV, p. 474.

2. Recherches sur les Sagas de Magus et de Geirard, par F. -A. Wulff Lund, (s. d.), p. 23.

3. N’y a-t-il pas là une bien singulière transformation des coquilles que les pèlerins fixaient sur leurs vêtements? L’auteur islandais aura lu, sans la comprendre, cette particularité dans quelque description de déguisement de pèlerin dont ces récits abondent.

J. COURAYE DTI PARC.

RECHERCHES

lever; Ubbi 1 trouve qu’il vaut mieux faire chasser tout de suite cet impudent personnage ; en effet, on s’aperçoit déjà, et surtout Ubbi, qu’il sera dangereux de s’attirer les traits perçants de cet étrange individu. Cependant le vieillard demande à entrer dans la salle ; et non content d’avoir sa place parmi les gens de service, il prend place aux pieds de l’empereur et veut qu’on lui donne les meilleurs plats. L’empereur lui présente lui-même un mets exquis sur un plat d’argent. Le vieillard mange beaucoup et boit comme une éponge. Et par instant il ne laisse de faire carrément toutes les remarques possibles. L’empereur ne se tache pas et lui demande s’il est devin ; et il répond qu’au moins il sait apprécier d’un seul regard ce que vaut un homme... « A présent je veux regarder un à un vos hommes et vous dire ensuite la confiance que vous devez y avoir; maintenant faites leur prendre place selon la valeur que vous leur croyez. » L’empereur désigne le haut bout à Ubbi, puis les autres s’asseyent selon leur dignité. Il est défendu de se fâcher contre le vieillard; du reste, chacun aime à entendre signaler les défauts d'autrui. Après plusieurs préparatifs faits avec une gravité comique, Magus fait la ronde de la salle et s’arrête devant chaque personnage. Il connaît ses hommes et il n’épargne en général personne; mais pour Ubbi, il a surtout de grosses injures. »

Est-il besoin de faire remarquer ici le souvenir de la plupart des détails du récit similaire dans Rendus? Reprenons encore une fois l’examen d’un des déguisements de Basin, quand, après avoir quitté le château de Lanson et traversant les lignes des assiégeants, il arrive à la cour de Charlemagne toujours déguisé en pèlerin 2 ; l’empereur, inquiet du sort de Roland et des autres ambassadeurs, est de plus entouré de tous les traîtres de la famille de Ganelon qui lui donnent les conseils les plus perfides ; Basin arrive alors et, toujours sans se faire connaître, raconte à l’empereur que, revenant de Jérusalem, en traversant la Pouille, il a vu un château où douze barons qui lui ont semblé français étaient assiégés,

1. Ubbi joue ici le rôle du traître et représente le Ganelon des poèmes français.

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