B. N., fr. 2495, fol. 22 r
SUR LA CHANSON DE JEHAN DE LANSON 349
réduits à la dernière extrémité et avaient le plus grand besoin de secours.
Corne Cannes l’antant, si a le chief levé :
« Sire fiers anperieres, ne creez ce maufé.
Cil paumiers est truanz qui ce vos a conté;
Por vostre aumosne avoir a ce pleit contrové.
Mais se n’estoit, por vos, par la foi que doi Dé,
Ja li donnai .1. cop, s’il m’estoit commandé. »
— « Par mon chief », dit Basins, « ja ne sera pansé ; Ja vos donroie tele de cest bâton plané
Que trestot ce visaige verroie ansanglanté.
Onques mais ne vos vi an trestot mon aé,
Mais bien sanblez félon et traïtor prové. »
Corne François l’antendent, grant joie en ont mené,
Et dit li uns a l’autre : « Cist paumiers est desvez. »
— « Non l’est », ce dit li autres, « ains se dit vérité. » Li parant Guenelon an sont au roi alé :
« Sire frans amperieres, par la vostre grant bonté, Gardez que cil truanz ne soit plus escoutez,
Ains soit delivrement fors de ta cort getez,
Car de mançoinges dire est trop anloquinez ;
La devant gentil home ne doit estre amenez.
Ja li donroie .1. cop, s’il m’estoit commandé. »
— « Nenil », ce dist li rois, « il n’est ja devisé ;
Par cest moie barbe dont j'a[i] le poil meslé,
Il n’en a ceianz prince ne demanne chasé,
S'il avoit le paumier ne féru ne boté,
Qui mais tenist de moi chastiau 11e fermeté h »
On voit le rapport des deux récits ; ils ont en commun : 1° l’arrivée du faux pèlerin dans un milieu qui lui est familier, mais où il n’est pas reconnu ; 2° les pressentiments des traîtres qui sentent qu’ils n’ont rien à gagner à sa présence et les efforts qu’ils font en vain pour l’écarter ; 3° enfin la confusion des mêmes traîtres dont le héros dévoile facilement la perfidie qui lui est bien connue, mais qu’il feint ici de deviner aux applaudissements de tous. Dans Jehan de Lanson ce passage se trahit bien comme une imitation mala-