SUR LA PREMIERE EDITION DU DIUR.WUS
témoignage de Baluze sur le nombre et le choix des cahiers en question, auquel je reviendrai, il importait d’y regarder de près : les lèuilles conservées dans les Nunsiature sontelles ou no sont-elles pas les mêmes que celles qui furent envoyées en France et renvoyées à Rome? Je me suis convaincu de leur identité; mais, avant d’en produire les preuves, je crois bon de récapituler ce que nous savions jusqu’à cette découverte de la première édition du Diurnus et ce que nous en possédions.
Nous n’avions connaissance que d’un seul exemplaire de l’édition originale, de celui (pie le P. Zaccaria avait vu chez Gaetano Marini et qu’il a minutieusement décrit dans la Bïbliotlieca ritualis (IIb, p. ccliv). Cet exemplaire, presque complet et composé de quatorze cahiers et demi ou de 232 pages, avait été soumis après la mort de Holsten, par son héritier le cardinal Barberini, aux autorités pour obtenir la permission de publier le Diurnus; le cas échéant, on l’aurait complété en imprimant encore et le titre écrit de la main de Holsten et, sur une seconde feuille, un avertissement aux lecteurs. Niais Giovanni Bona jugea, comme il a noté sur l’exemplaire même, que pour telle et telle raison praestat non divulgari opus. Par suite de cet avis, tous les autres exemplaires de ce livre furent confisqués ; cependant ils n’ont pas été tous détruits : du moins une partie du tirage a été déposée et conservée au Vatican, d’où elle est sortie après plus de soixante ans sous le pape Benoit XIII. Puisque, dans cet intervalle, à l’insu de la cour de Rome, le Diurnus avait été publié à Paris par le P. Garnier d’après un manuscrit du collège de Clermont, il n’y avait plus de raison de le cacher. Pourtant, en mettant en circulation les exemplaires de l’édition de Holsten encore sauvés, on usa de beaucoup de réserve et de peu d’intelligence. On se borna à les distribuer gratuitement à un petit nombre de personnes favorisées auxquelles on se donna l’air de faire présent d’un livre tout achevé au temps de l’éditeur. Nous avons déjà vu que le titre n’était pas encore imprimé. Mais il manquait aussi aux exemplaires relégués au Vatican (il n’y a pas à douter du fait, bien que nous ne le sachions expliquer)
le dernier demi-cahier. En choisissant le titre 1 : Liber Diurnus || Romanoy'umpontificum. || Ex antiquissimo Codice ms. nunc primum || in lucem editus. [| Studio j| Lucæ Holstenii. || (et après la marque de l'imprimeur) Romæ, Ujpis Joseph i Vanncicci, 1658 || , on voulait le faire croire dicté par Holsten. On vantait à la fois cette collection de formules comme tirée du plus ancien manuscrit et comme publiée pour la première fois, sans savoir que ce manuscrit se trouvait à Rome, ni qu’un exemplaire plus complet de l’édition existait aux archives du Vatican. On ne se doutait pas non plus que la formule cix, consignée dans l 'Index capitum et occupant la dernière place dans l’édition originale, eût été publiée une seconde fois d’après le même manuscrit par D. Mabillon. Pour remplacer le dernier demi-cahier on empruntait à Garnier la fin du f. cvi et les f. cvm et cix, et, pour offrir le nombre des pièces annoncées, on sautait du numéro cvi au numéro cviii.
J’ai déjà dit que l’édition du Diurnus, si maladroitement adultérée, n’a pas été fort répandue. Peu estimée par ceux qui la reçurent en don, elle s’est conservée encore moins. En 1889, je n’en connaissais que trois exemplaires ; depuis, J. Giorgi (p. 8) en a découvert quatre de plus. S'ils sont mieux appréciés de nos jours qu’au siècle passé, c’est parce que nous avons appris que dans ces exemplaires la plus grande partie de l’édition originale (p. 1-224) nous a été conservée.
J’ai à parler encore de l’exemplaire plus complet connu par Zaccaria. Marini l’aura prié de ne pas révéler que cet exemplaire appartenait aux archives du Vatican dans les
1. Zaccaria et Rozière ont omis : Studio L. Holstenii. La marque est une imitation de l’ancre des Aides et ressemble à celle qui est reproduite dans Renouard {Ann. des Aides, 3e édition, p. 410-413). J’ai déjà dit et prouvé (dans ma Praefatio, lix et dans mes Proleg., I, 32) que ce qui avait échappé à Zaccaria, l’avertissement aux lecteurs sur l’abréviation ill., a été conçu par Holsten même. J’y reviens après avoir bien examiné plusieurs exemplaires de l’édition complétée. L’avertissement suit immédiatement après le titre sur une feuille adhérente à celle du frontispice et sortie de la même papeterie; par conséquent il n’a été imprimé qu’au xvme siècle, mais d'après une note laissée par Holsten. Je ne devine point comment on a pu en avoir connaissance.