‹ Mélanges Julien HavetChapitre 402 sur 567 · PAR M. A. MOREL-FATIO · texte numérisé non relu

PAR M. A. MOREL-FATIO

Le mémoire que Julien Havet a consacré à ce curieux Espagnol (lu xve siècle compte parmi les meilleurs qu soient sortis de la plume de notre ami si profondément regretté '. Quoiqu’il eût été contraint, pour expliquer le personnage et ses alentours, de pénétrer dans un domaine qui n’était pas précisément le sien, il s’y est mû avec une aisance parfaite et a montré d’une façon éclatante ce que peuvent l’intelligence et la pénétration soutenues par cette méthode rigoureuse qui était sa règle de conduite en toutes choses. Il a fait vraiment sortir de ses limbes la figure effacée et obscurcie de ce Fernand de Cordoue qui n’avait occupé qu’en passant quelques bibliographes et compilateurs ; il l’a dégagée des erreurs que l’ignorance des uns et l’incurie des autres avaient accumulées autour d’elle, il l’a pour ainsi dire purifiée en montrant tout ce qu’il était possible de savoir sûrement et ce qu’il convenait aussi d’ignorer, jusqu’à nouvel ordre, sur les incidents d’une vie dont quelques périodes seules nous étaient connues. Rien n’est à rectifier dans cette dissertation si admirablement sobre et précise, et il serait certes bien inutile de reprendre le sujet, si quelques publica-

1. Ce mémoire a été publié, sous le titre de Maître Fernand de Cordoue et l’université de Paris au xve siècle, dans les Mémoires de la. Société de Paris et de l'Ile-de-France, t. IX (1882), pp. 193-222. Il en a ôté fait un tirage à part : Paris, 1883, 30 pages in-8°.

A. MOREL-FÀTIO .

FERNAND DE CORDOUE

lions récentes n'avaient pas fourni des données nouvelles rpii permettent d’éclairer tant soit peu un moment surtout de la vie de Fernand, j’entends son premier séjour en Italie.

« Sur la jeunesse de Fernand de Cordoue, jusqu’à sa venue « en France, disait .1. Havet, nous ne savons que ce qu’on a « vu dans la lettre au chancelier de Brabant, à savoir qu’un « peu plus de deux ans avant son arrivée à Paris, soit « vers 1443, âgé de vingt et un ou vingt-deux ans, il avait « quitté l’Espagne, chargé par le roi de Castille d’une mission « à l’étranger. C’est, ce semble, en Italie que le roi l’envoyait.

« Trithème, en empruntant ce fait à la lettre allemande, a « cru pouvoir préciser davantage et affirmer que Fernand de « Cordoue était allé en ambassade à Rome ; c’est possible, « probable même, mais on ne saurait l’affirmer. »

Fernand de Cordoue passa en Italie, sinon en 1443, du moins l’année suivante. C’est au mois de septembre 1444 qu’il est signalé à Naples, comme venant d’Espagne, dans un document d’archives d’authenticité indiscutable, une cédule de la trésorerie royale aragonaise dont M. C. Minieri Riccio a fait connaître l’extrait suivant :

In questo mese di settembre [1444] viene di Spagna maestro Ferrando di Cordova, maestro inarti ed in teologia, e re Alfonso lo riceve nella sua corte in qualità di suo confessore e gli fa pagare una pensione mensuale di ducati 50, e nello stesso tempo altri ducati 18 per comprarsi due libri di teologia1.

Mais, quoi qu’en dise la cédule ou l’extrait qu’on nous en a fourni, Fernand avait débarqué dans la capitale d’Alphonse Y d’Aragon deux mois au moins auparavant, en juillet; nous en avons la preuve dans une longue lettre qui roule tout entière sur notre Espagnol, lettre adressée par Lorenzo Y alla au roi Alphonse, le 25 juillet, et qui, bien qu’elle ne porte pas de date d’année, ne saurait avoir été écrite qu’en 1444 2. Cette lettre, perdue dans un recueil qu’on ne lit plus guère, les Epistolae principum rerum-

1 . Archivio slorico per le provincie napoletane, année VI (1881), p. 245.

2. C’est ce qui ressort du récit de M. G. Mancini (pp. 185 et suiv. de sa Vie de Valla citée dans la note suivante).

ET LES HUMANISTES ITALIENS

publicarum ac. sapientium virorum, publiées à Venise en 1574, a échappé très naturellement à tous ceux qui se sont occupes de maître Fernand et m’aurait échappé aussi, si deux récents biographes de Valla n’avaient eu l’occasion, le premier, de la produire in-extenso, le second, d’y faire allusion, sans que ni l’un ni l’autre sût d’ailleurs de quel Fernand l’humaniste italien avait entendu parler à son roi Or, l’épître de Valla mérite de fixer l’attention de quiconque s’intéresse au docteur de Cordoue ; c’est- un document important, car il émane, non d’un simple curieux, comme ceux qui ont été précédemment recueillis, mais d’un des humanistes les plus considérables du xve siècle et les plus compétents pour apprécier à sa valeur les aptitudes et l’acquit du jeune prodige espagnol.

V oici d’abord la lettre d’après le texte des Epistolae principum revu et heureusement corrigé, en plusieurs passages, par M. Sabbadini 2.

Alphonso Hispaniae et Italiae régi Laurentius Valla s. Etsi propediem visurus auditurusque hominem es, de quo ad te constitui scribere, et pro tua incredibili sapientia de praesente iudicàturus, tamen faciendum putavi, ut de absente iam scribam, ferre non sustinens quin tibi aut iudicium animi, si forte hoc scire vis, testificer aut ob hune virum hispani nominis famam 3 gratifier. Nam ut ex tuis regiis laudibus splendidissimisque virtutibus omnis Hispania gloriatur, ita de hoc homine, quantum ex privata persona et litterariae non castrensis militiae cultore fas est, gloriari potest; tuque in primis, qui et bonorum et eruditorum amantissimus es ; eo quidem magis, quod Senecarum Lucanique, quos tu summo, ut debes, in honore habes, est conterraneus concivisque et, quod plurimum

1. R. Sabbadini, Cronologia délia vita del Panormita e del Valla (Pubblicazioni del R. Istituto di studi superiori in Firenze), Florence, 1891. — G. Mancini, Vita di Lorenzo Valla, Florence, 1891. Ce dernier auteur traite même comme deux personnages distincts le Fernand de la cédule et le Fernand de la lettre de Valla.

2. La lettre de Valla, qui occupe dans le recueil de Venise, 1574, les pages 362 à 366, a été reproduite avec quelques variantes sans intérêt dans les Principum et illustrium virorum epistolae, Amsterdam, L. Elzevier, 1644, pp. 364-369.

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