‹ Mélanges Julien HavetChapitre 405 sur 567 · A. MOREL-FATIO. — FERNAND DE CORDOUE · texte numérisé non relu

A. MOREL-FATIO. — FERNAND DE CORDOUE

si sub optirno praeceptore Ferdinandus, paucos annos dicaman menses? operam dederit, profecto videmus eum fore sapientem ilium, quem docti imaginantur quique cum esse possit, tamen nunquam fuit, quasi mortalem quendam deum. Itaque lecto Catone, Yarrone, Cornelio Celso, Columella, Plinio de agricultura cum agricolis contendet, lecto Yitruvio ceterisque cum architeclis de architectura disputabit, evoluto Frontino, Vegetio atque aliis de re militari cum imperatoribus decertabit, ne dicam omnes devincet ; atque item in ceteris artibus : sic rapaci voraci tenaci memoria est; quamquam nescio plusne memoriam an acumen an iudicium prudens sincerumque admirer.

De quo plurima adhuc dicenda essent, nisi nollem *verbis te onerare et scirem te paucis diebus tibi ipsi magis quam mihi crediturum. Quare ob tam admirandum hominem tibi et nationi tuae gratulor, gratulaturus Senecae tuo utrique, si viverent; qui si apud Elysios campos essent, illic cum de eorum cive audirent, exultarent, ut Achilles dePyrrho, ut est apud Homerum. Yale.

VIII kal. augusti, Neapoli.

(R. Sabbadini, Cronologia délia vita del Panormita e del Valla, pp. 108-111.)

Avant d’insister sur les passages les plus curieux de cette lettre, il convient de rappeler dans quelles circonstances Fernand de Cordoue fit sa première apparition à la cour de Naples et comment il put former avec Yalla des relations qui lui valurent le panégyrique enthousiaste qu’on vient de lire. A la suite d’une prédication du carême de 1444, Valla s’était pris de paroles avec un religieux franciscain, Antonio de Bitonto, qui avait émis dans ses sermons une opinion assez particulière touchant le Symbole des apôtres ; le prédicateur soutenait que chaque verset du symbole avait été dicté par un apôtre : Pierre avait commencé : « Je crois en Dieu, père tout puissant », André continué ; « Créateur du ciel et de la terre », etc. l. Valla trouva fort impertinente une telle

1. Mancini, l. c., p. 183. Cette opinion était d'ailleurs ancienne ; elle remonte, semblet-t-il, au commencement du vie siècle ; voir Michel Nicolas, Le sy mbole des apôtres , Paris, 1867, p. 41.

ET LES HUMANISTES ITALIENS

doctrine et demanda au religieux des preuves à l’appui de sa thèse. Celui-ci, après avoir répondu évasivement, trouva plus simple de s’emporter et d’accuser son contradicteur d’impiété. Bref, la dispute s’envenima et prit de grandes proportions, plusieurs personnages ecclésiastiques de la cour d’Alphonse étant intervenus dans la controverse, les uns pour le religieux, les autres pour l’humaniste. Un procès fut intenté à ce dernier devant l’inquisiteur de Naples, procès dont on n’est pas parvenu à connaître avec certitude l’issue, le récit qu’en a fait Y alla ne concordant pas du tout avec celui de ses ennemis, notamment avec celui de Pogge. La version de Pogge, quelles qu’en soient d’ailleurs les inexactitudes et même les faussetés, renferme toutefois un détail qui nous intéresse directement; l’auteur des Facéties prétend que Valla n’aurait échappé au bûcher que grâce à l’intervention du très docte Ferdinand de Cordoue. S’adressant à Yalla, il lui dit : « Scis te iam Neapoli ignis periculum tanquam haereticum adisse. Scis te opéra doctissimi viri Vernandi 1 Cordubensis, cui in hoc malas liabeo gratias, ab eo discrimine liberatum 2. » Que Fernand ait sauvé des flammes inquisitoriales l'humaniste romain, c’est ce qui ne saurait être démontré et peut passer pour une exagération de Pogge; mais que le jeune Espagnol ait véritablement joué un rôle dans le procès en prenant le parti de Yalla, — en quoi, d’ailleurs, il n’aurait fait que suivre l’exemple d’Alphonse Y qui se prononça très ouvertement contre les persécuteurs — voilà qui me paraît bien près d’être sur. Il n’est pas croyable, en effet, que Pogge ait prononcé le nom de Fernand sans motif sérieux. Partant, si cette intervention du docteur espagnol dans la dispute du symbole est admise, elle expliquerait on ne peut mieux la lettre de Yalla du 2b juillet. Fernand arrive à Naples au beau milieu de la

1. L’édition de Pogge que je suis a été imprimée à Strasbourg, ce qui explique cette forme Vernnndi.

2. In L. Vallam invectiva quinta, dans Poggii Florentini operum, éd. de Strasbourg, 1513, fol. 95. D’après XI. G. Xlancini (l. c., p. 191), la quatrième invective de Pogge, qui est inédite, contiendrait également une allusion à cet appui prêté par Fernand à Valla.

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