‹ Mélanges Julien HavetChapitre 457 sur 567 · DE LA VITA S. EPTADI · texte numérisé non relu

DE LA VITA S. EPTADI

s’envier ou à se reprocher l’un à l’autre. Labbe a interverti, altéré, ajouté ou omis quelques mots; mais Papebroch a aussi ajouté et omis, et il s’est rencontré avec son prédécesseur pour lire de travers quorandam au lieu de quorimdam \ gentis an lieu de ' génies , a rege au lieu de liée rege 1 2. La seconde impression est de la perplexité : on se demande, en effet, si le texte tout cru du ms. latin 17002 n’est pas plus inintelligible que celui des éditeurs, et s’il ne faut pas à tout le moins, comme ils l’ont fait instinctivement et sans s’ètre donné le mot, lire quo se, au lieu de quosse, et suppléer est après super sticiosa. Il importe de couler à fond cette conjecture pour que le lecteur qui aurait quelque hésitation à nous suivre où nous voulons le mener ne songe pas à s’y réfugier avec l’illusion de s’y croire en sûreté. En lisant : eodem tempore quo se et en suppléant un verbe, Labbe a voulu faire dire au biographe : « Au temps où etc. » Il saute aux yeux non prévenus que c’est faire violence au sens de eodem lequel normalement se rapporte à ce qui précède et non à ce qui suit, que de le construire avec quo. Pour signifier « au temps où » il faudrait eo tempore quo et non eodem tempore quo. Si l’on prend la peine de lire la phrase qui précède immédiatement, dans la Vita, celle qui nous occupe, on acquiert la conviction que eodem tempore est une locution adverbiale se rapportant à ce qui vient d’être dit dans cette dernière phrase, et non l’antécédent d’un pronom relatif. Yoici cette phrase d’après le manuscrit :

1. Par une distraction inverse, Roget de Belloguet a imprimé Quorundam (ce qui ne résulte pas, comme on pourrait le croire à première vue, d’une étude directe du manuscrit); il se figure que telle est la leçon donnée par les Bollandistes et il approuve Dom Bouquet d’avoir corrigé Quorundam en Quorandam.

2. Un texte un peu moins éloigné du manuscrit avait été imprimé dès 1665, par Le Cointe, dans ses Annales ecclesiastici Francorum, p. 211, mais les érudits contemporains qui ont raisonné sur ce passage ne semblent pas avoir connu le texte de Le Cointe. Le voici : « Eodem tempore quo se ad fluuium quorumdam pacis mediante concordià duorum Regum, superstitiosa complexa potentia Burgundionum gentis et Francorum, a rege Gundobado praecellentissimus Rex Francorum Clodoveus suppliciter exoravit, ut hune beatissi. mum virum Eptadium ciuitatis suae Autissiodorense præstaret antistitem ordinandum. »

A. THOMAS

UN PASSAGE

At ubi tanta ubique ejus fama preclaruit, hune sancte recordacionis Flavichonus pontifex presbiterii voluit honore pro vehere ; cujus fama audita sacerdotii dignitatem (sic), ita liuic 1 honore respuit se implicandum , ut nullus ei omnino exinde ullus (sic) sermone loqui auderet 2.

Ainsi, au moment même où saint Eptade refusait par humilité la prêtrise que voulait lui conférer l’évêque d’Autun, un roi, le roi des Francs, Clovis, songeait à lui pour l’évêché d’Auxerre : voilà manifestement la pensée du biographe. Ceci étant solidement établi, j’espère que le lecteur sera d’accord avec moi pour lire ainsi qu’il suit l’énigmatique passage, car il remarquera que je ne change rien à la leçon du manuscrit et que je me borne à mettre des virgules et des majuscules là où il en faut :

Eodem tempore, Quosse ad fluvium, quorundam pacis raediante concordia duorum regum, supersticiosa complexa potentia, id est Burgundionum genus et Francornm, hec rege Gundobado precellentissimus rex Francornm Olodoveus suppliciter exoravit, ut hune beatissimum virum Dei Eptadium civitatis sue Autisioderense prestaret antestitem ordinandum.

Comme on le voit, la mystérieuse rivière de Quorqnda disparaît pour faire place au génitif pluriel du pronom relatif quidam; en revanche, ce sont deux soi disant pronoms du texte Labbe-Papebroch qui nous fournissent le nom propre nécessaire. L’orthographe Quossa a travesti, jusqu’à

1. Le premier scribe avait écrit uic ; le correcteur a inséré au-dessus de Vu un esprit rude carré pour indiquer qu’il fallait un h; la lecture liuic est appuyée par la même formule qui revient un peu plus loin : et huic honore non esse implicandum dicit.

2. Ici encore les éditions ne donnent qu’un texte arrangé, au moins en ce qui touche le second membre de phrase :

Labbe. Papebroch.

« Cuius fama audita sacerdotii dignitatem ita respuit vt nullus ei omnino ex inde vllo sermone loqui auderet. »

« Cujus famà audita, sacerdotii dignitatem ita fugit et honore respuit se implicandum, ut nullus ei omnino exinde ullo sermone loqui auderet. »

Labbe a supprimé ce qu’il ne comprenait pas; Papebroch a corrigé au jugé. 11 faut entendre cujus fama audita sacerdotii dignitatem, comme s’il y avait dignitatis : « ayant entendu parler de cette dignité du sacerdoce (qu’on voulait lui conférer) »,

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