Pertz, SS., I
4. Sigebert de Gembloux, au commencement du xne siècle, nous apprend que Gondouin était un enfant trouvé, élevé et fait chevalier par Anseïs, qu’il avait ainsi récompensé de ses bienfaits (Pertz, SS., VI, 327). J’ai vu quelque part, mais je ne puis me rappeler où, que Gondouin tua Anseïs à une partie de chasse. C’est ainsi que le traître Doon tue le père de Bovon dans Bovon de Hanstone, et Pépin venge ensuite son père comme Bovon venge le sien. On peut encore rappeler, comme exemple de la vengeance tirée par un fils du meurtre de son père (sans parler de Daurel et Béton, imité de Bovon de
petit David en face de l’immense Goliath, que nous retrouvons ici \ tend encore à faire croire que c’était bien l’aïeul du roi Pépin qui avait le surnom de « petit » et le renom d’une hardiesse extraordinaire 2.
Le trait capital du rôle de Pépin dans l’histoire, le fait d’avoir été le fondateur d’une nouvelle et glorieuse dynastie, paraît généralement effacé dans la légende. Elle n’a pas oublié complètement le grand événement de la substitution d’une race régnante à l’autre, mais, comme on l’a vu plus haut, elle l’a placé antérieurement et l’a simplement attribué à l’extinction de la lignée mâle de « Floovent ». Peutêtre, cependant, faut-il voir une représentation légendaire de l’avènement de la famille carolingienne en la personne de Pépin dans une mention qui nous reste obscure et qui serait susceptible d’autres explications encore.
Au commencement du xme siècle, l’auteur saintongeais d’une chronique des rois de France, qui a généralement traduit du latin, mais qui s’est, permis quelques interpola-
Hanstone), l’histoire de Jourdain de Blaie. Il est impossible de savoir si les récits des Annales Metteuses et de Sigebert ont une base historique ou remontent uniquement à une ancienne fiction épique.
1 . M. Ed. Bonnell ne voit dans le récit des Annales Metteuses qu’une fabrication de l’auteur suggérée (?) par le récit de Notker relatif au combat du roi Pépin contre le lion ( Die Anf ange des Karoling. Hanses,]). 119). Le témoignage indépendant de Sigebert de Gembloux prouve qu’il n’en est rien, et d’ailleurs cette méthode de critique, qui ne tient aucun compte des légendes populaires, ne saurait être appliquée à des récits si visiblement apparentés à l’épopée.
2. Un autre texte du xe siècle, indépendant des Annales Metteuses, la Vita Chrodegangi, nous raconte un exploit de Pépin « le Moyen », qui rappelle celui-là, mais qui en diffère assez pour qu'on y voie non une variante mais un autre épisode. L’auteur emprunte d’abord à Paul Diacre la formule citée plus haut (Anchises Pippinum genuit, quo nihil unquam potuil esse audaciusj, puis il ajoute : « Erat hic Pippinus sub nomine ducis Galliae universae praesidens, habebatque adversarium satis crudelem in Alemannia. Quanti autem hune faceret, res quam dico indicio fuit. Certe dux incomparabilis gloriae, dum die una sedens quid a barbaro passus esset recordaretur, nemini suorum aliquid dicens, arma sumit, iter arripit, Renum solus transmeat, Sueviam ingreditur, domum cruentissimi adit, constanti animo gladio viscera illius patefecit viaque quavenerat patriam redit (Pertz, SS., X, 556). »
tions d’origine épique, nous dit, évidemment d’après une chanson : « Très gestes ot en France, l’una de Pépin e de l'angre 1 . » La chanson de Doon de Maience (xm° siècle) nous donne le même renseignement : énumérant les trois gestes, elle ajoute :
La premeraine fu de Pépin et de Vange1 2.
On voit qu’ici Pépin, et non Charles Martel ou Anseïs, est donné comme le chef de la geste royale. Mais que vient faire là l’ange ? L’auteur de Doon nous l’explique à un autre endroit de son poème, mais d’une façon qui ne nous inspire pas grande confiance. Reprenant en détail les trois gestes de France, il fait ici de celle du roi la troisième, et nous dit :
La tierche geste après, chele qui miex valoit,
Chele fu de Pépin, qui l’empire tenoit,
A qui li angres dist que un enfant aroit Qui sus les Sarrasins de terre conquerroit Deus tans et plus assés que Pépins ne tenoit.
Chen fu Ohalles li ber : li angres voir disoit (8015 ss.).
Une semblable prédiction suffît-elle pour justifier le nom de « geste de Pépin et de l’ange » ? On en doute, et il semble plutôt que le poète ait développé d’une façon banale une allusion traditionnelle qu’il ne comprenait pas 3.
Ce qui porte encore à le croire, c’est que cette allusion se trouve ailleurs expliquée d’une tout autre façon. Le roman en prose toscane de Fior rivante, qui repose sur une compilation franco-italienne plus ancienne, nous dit que le roi Gisberto étant mort, « dello re Gisberto non rimase se none uno figliuolo ch’ebbe nome il re Agnolo Michèle. E del re