‹ Mélanges Julien HavetChapitre 467 sur 567 · Rajna, I Reali, I · texte numérisé non relu

Rajna, I Reali, I

4. Plusieurs testes d’origine italienne qui se rattachent à cette tradition ont eu l’idée de faire simplement d’ « Agnolo » le père de Pépin . C’est ce que fait déjà le célèbre manuscrit XIII de Venise, où Buovo d’Antona appelle Pépin ceste fils d’Angelo, et dit de lui : Jamais li rois Angelo, li quai si fu son per, Si como ep>oso oldir e derasner, Ne li plage mais traimento user(\e manuscrit porte ici ser au lieu de per , ce qui avait d’abord induit M. Rajna en erreur : voyez I Reali, I, p. 54 et Zeitschrift für romanische Philologie, XII, 488). Probablement le compilateur s’était refusé à séparer les « royaux de France » en deux lignées et à faire de Charlemagne le petit-fils d’un simple sénéchal. 11 en est de même dans la mise en prose toscane d’une compilation analogue, sinon identique, dont le début a été récemment découvert : Fieravante [sic) a un fils appelé re Agniolo, « ello re Agniolo si rimane in Parigi, e àne un suo damigiello, el quale si chiama Pipino » ( Zeitschr.f . rom. Phil., XV, 60) : il n’est pas ici question de Gisberto, et nous ne savons pas s’il en était parlé dans la compilation franco-italienne de Venise, à laquelle manque toute la première partie. — Il est possible que l’idée de rattacher directement Pépin à la race de Fioravante soit venue spontanément au rédacteur du manuscrit d’où procèdent le ms. de Paris et le ms. Laurentien de Fioravante : tous deux disent : E del re Agnolo nacque Pippino (Reali, 1, 489; A. Darmesteter, De Floovante, p. 180). Gherardo, l’auteur du Ruovo d’Antona en octaves souvent imprimé, a dû avoir pour source un manuscrit semblable de Fioravante, puisqu’il donne pour père à Pépin Re Agnolo Michèle de gran possanza (Rajna, I Reali, I, 273). Andrea da Barberino, le rédacteur des Reali di Francia, a eu sans doute aussi un texte pareil sous les yeux ; mais il s’est avisé de le modifier en dédoublant Y Agnolo Michèle de son modèle : d’après lui Michèle est fils de Gisberto et règne après lui, sans que d’ailleurs on nous dise absolument rien de son règne (1. III, ch. 15), puis il meurt, « e di lui rimase un figliuolo che

notre tradition française, « la geste de Pépin et de l’ange »? On peut peut-être s’en rendre compte si on admet, sur le « roi ange », la conjecture fort plausible de M. Wesselofsky *. Nous savons par les allusions de deux poèmes français et par le récit de Fioravante (suivi par les Reali di Francia ) qu’il existait une ancienne chanson sur le roi Girbert (le Gisberto italien) : Girbert, enflé d’orgueil, avait déflé Dieu lui-même ; Dieu l’avait puni en le privant pendant plusieurs années de son trône, où il était remonté après avoir fait pénitence 2. Or cette histoire n’est probablement qu’une variante d’une légende extrêmement répandue, dans laquelle un roi orgueilleux est dépouillé pour un temps de sa dignité et réduit à la plus grande détresse, pendant qu’un être surnaturel, qui a revêtu sa ressemblance, règne à sa place. Cet être surnaturel, dans toutes les versions occidentales de la légende, est un ange 3, et Jean de Coudé, qui a rimé au xive siècle une de ces versions, l’appelle à plusieurs reprises « le roi ange » \ C’est lui qu’il faut reconnaître dans le « roi ange » du Pépin et Charlemagne de Venise, dans « l’ange » de la tradition française 5. Mais dans quel rapport cet ange

ebbe nome Costantino. Costui lu tanto benigno e tenne il reame di Francia in tanta pace, che i Francesi lo chiamarono l’Agnolo. Questo nome andô e fu tanto innanzi che in moite scritture non fu menzionato Costantino, ma in moite scritture istoriografe dei gesti di Francia lo chiamarono l’Agnolo. Costui fu imperatore di Rorna ed ebbe due figliuoli, l’uno ebbe nome Lione e l’altro Pipino. » Sur ce Léon, inventé par Andrea, et sur les raisons de cette invention, voy. Rajna, I Reali, I, 274. Le nom de Constantin lui appartient aussi et se rattache à toute sa conception généalogique.

1. Archiv fur slavische Philologie, VI, 570-73. J’avais proposé de mon côté la même explication ( Romania , XUI, 609), tandis que M. Rajna parait ne voir qu’une coïncidence fortuite dans les ressemblances de la légende de Girbert avec celle de Nabuchodonosor (Z Reali, I, 84) ou de l'Empereur orgueilleux (Le Origini dell’ epnpea francese, p. 172).

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