Voy. Sachs, Beitrcige , p
5. Voy. Doon de Maience , p. 193, 230. Le tout est sans doute inventé par le poète pour rehausser la gloire de Doon.
6. Serait-ce le nom de cet ennemi des Francs, transformé naturellement en « païen », qui aurait passé au célèbre Tibaud, premier mari d’Orable-Guibourg et adversaire acharné de Guillaume d’Orange? On peut le supposer, comme l’a déjà fait M. O. Schultz (Zeitschr. für rom. Philol., XVIII, 127). Toutefois
Avec les guerres d’Allemagne, c’est la guerre d’ Aquitaine, contre Waifar ou Gailler, qui tint la plus grande place dans la vie de Pépin. Pendant huit ans les expéditions se succédèrent en Aquitaine, et, malgré les victoires et les dévastations de Pépin, la résistance opiniâtre de Gaifier ne cessa qu’avec sa vie. Le souvenir de Gaifier paraît avoir été entretenu par des bracelets d’or incrusté de pierres précieuses, provenant de lui, que Pépin avait offerts à l’église de Saint-Denis, et qu’on y montrait encore au xiii' siècle, les bous Gaifier *. De là sans doute, l'origine de ces dépouilles étant oubliée, la renommée qui s’attacha à Gaifier d’avoir été simplement un roi extrêmement riche : le trésor Gaifier est souvent mentionné dans les poèmes. Bientôt Gaifier de Bordele fut considéré comme un roi ami de Charlemagne : un poème qui a laissé ses traces à la fois dans Turpin et dans Gaidon (v. 232-234) le faisait mourir à Roncevaux et pleurer par Charles. Il n’est donc pas sûr que son nom renvoie à des poèmes perdus sur les guerres de Pépin en Aquitaine, où il n’aurait pu jouer que le rôle d’un ennemi. — Il est plus admissible, quoique douteux, que la défection du duc Tassilon de Bavière dans une des campagnes de Pépin contre Gaifier (763) ait laissé son souvenir, provenant évidemment d’un poème, dans la locution qui fait de la compagnie Tassel le synonyme d'une association où l’un des associés est de mauvaise foi \
il y a fort peu de communication entre la partie réellement méridionale de la geste de Guillaume, à laquelle appartiennent Tibaud et Guibourg, et l'épopée royale proprement dite.
1. « Le roy prist un aournement d’or et de pierres précieuses qu’il mettoit en ses bras aux festes solempneles, que on apelle encore les bous Gaifier, et les flst pendre en signe de victoire en l’eglise Saint Denis de France devers le maistre autel, qui encore y sont ; mais il pendent maintenant dessoubs le bras du crucifis d’or ( Chron . de S. Denis, éd. P. Paris, t. Il, p. 52). » Pour d’autres exemples de bou (prov. bauc), « bracelet », voy. le Dictionnaire de M. Godefroy.
2. C’est la conjecture qu’avait jadis émise Jacob Grimm ( Reinhart Fuchs, p. cxxm), et que M. O. Schultz a exposée d’une façon fort savante et ingénieuse dans un article de YArchiv fur das Studium der neueren Sprachen (t. XCI (1893), p. 241-247). La forme du nom, Tassel au lieu de Taslon qu’on attendrait, et l’expression compagnie, qui parait ne pas s’appliquer ici avec une parfaite justesse, empêchent de la considérer comme assurée.
Le roman du Comte de Poitiers, qui place à la cour de Pépin la scène de son récit, lui attribue du côté des Pyrénées une expédition à laquelle l'histoire ne paraît fournir aucune base h C’est évidemment d’après un poème que, faisant l’éloge de Pépin « le nain », il résume ses merveilleuses prouesses dans les Pyrénées :
Onques par cop de chevalier Ne guerpi sele ne estrier.
Entre les pors de Pampelune,
Par nuit, si con luisoit la lune,
Ocist quatre freres gaians :
Encor pert lés les desrubans Par ou Taillefers s’en ala,
Li bons cevaus que li dona Grains d’or, li fix de sa seror :
Cent lieues coroit en un jor (v. 13-22)1 2.
Ce poème, qui devait être fort aventureux et romanesque, et par conséquent assez peu ancien, n’a laissé aucune trace dans la littérature.
Un moine de Lérins, qui écrivit, sans doute dans la première moitié du xme siècle, une vie latine de saint Honorât, patron de son abbaye, qui n’est qu’un tissu de fables ou d’impostures, y fait figurer Pépin d’une façon fort singulière :
Clinique exaucta seductio Johannis 3 et Machometi existeret pluribus furiosis et potentibus principibus convallata, et contra Pipinum Bavarie principem, qui Ludovicum regem Gaunorum 4 expugnaverat et errorem illorum nitebatur totis viribus demo-
1 . Pépin, dans ses guerres d’Aquitaine, ne s’avança pas au midi plus loin que Bordeaux et Périgueux.
2. Le poète ajoute que Pépin conquit quatre royaumes, cinq duchés et dix comtés .
3. Ce personnage, appelé antérieurement « Johannes Gaunus », est présenté comme le complice de Mahomet dans la fondation de son « hérésie ». On ne devine pas où notre auteur a pris ce nom.
4. Ces Gauni paraissent bien être les sectateurs de Gaunus, ou les mahométans; cependant le ms. cité plus loin porte en marge Germanorum.
liri, acies direxissent, eum apud Carnotum debellantes, vix ab eorum faucibus est ereptus
L’hagiographe raconte ensuite comment saint Honorât réussit à délivrer Charles des prisons de Tolède où le retenait « Aygoland ». Quel est ce Louis, roi des « Garnies » ou mahométans, que Pépin avait vaincu? Que signifie cette bataille livrée à Chartres par un prince de Bavière? Et comment Pépin et son fils Charles, plus tard empereur, sontils devenus des princes de Bavière? Ce sont des mystères que l’hagiographe de Lérins aurait seul pu nous dévoiler. Il est probable d’ailleurs que son invention joue dans tout cela le rôle principal, et qu’il n’a guère pris à la tradition que des noms qui ne lui représentaient rien de précis 1 2.
L’expédition de Pépin en Italie, qui fut un des grands événements de son règne, et qui, en constituant définitivement le pouvoir temporel des papes, eut des conséquences d’une si grande portée, ne paraît avoir laissé aucune trace dans la tradition épique. Le souvenir s’en est sans doute absorbé dans celui du secours que Charlemagne, comme son père, prêta à la papauté, et de la grande guerre qui mit fin à l’existence du royaume lombard. Il en est de même des guerres de Pépin contre les musulmans de la Provence et du Languedoc, où il continuait son père et précédait son fils.
1. Ce texte a été imprimé par M. P. Meyer dans la llomania, t. VIII, p. 498 il se lit au fol. 8 d’un ms de la Vila Scincti Honorati récemment acquis par la Bibl. Nat. (N. acq. lat. 575,). On trouvera dans l’article de M. Meyer tous les renseignements sur la vie latine de saint Honorât et la traduction provençale qu’en a donnée Raimond Féraut. Le passage du poème de Féraut correspondant à celui-ci, et qui n’ajoute rien d’essentiel, a été imprimé dans l’appendice (p. 496) de Y Histoire poétique de Charlemagne ; il forme le chapitre xvm du livre Ier de l’édition de la Vida de Saut Honorai donnée par M. Sardou.
2. Peut-être, cependant, y a-t-il quelque rapport entre cette attribution des Carolingiens à la Bavière et les versions allemandes de Berte, d’après lesquels Pépin, bien que roi de France, résidait à Weihenstephan en Bavière. On peut rappeler aussi (voy. ci-dessus, p. 618, n. 1) que le poème où on lait de Pépin le fils du roi Rother est essentiellement bavarois. Karlemaynes lo bavier dans Daurel et Béton (v. 139) est, comme le remarque l’éditeur, une faute (pour lo ber ou lo fier) qui détruit la mesure du vers.