‹ Mélanges Julien HavetChapitre 483 sur 567 · Évangiles de Saint-Thierry , fol · texte numérisé non relu

Évangiles de Saint-Thierry , fol

P. DURRIEU

l’origine

vèque de Reims. 11 va jusqu’à décrire le livre d’Évangiles en lettres d’or et d’argent sur pourpre, revêtu alors d’une somptueuse reliure d’orfèvrerie, hélas! aujourd’hui disparue, sur laquelle Hincmar avait fait graver des vers : « Evangelium « aureis argenteisque describi fecit litteris, aureisque muni- « vit tabulis et gemmis distinxit pretiosis ; bis quoque ver- « sibus insignivit :

« Sancta Dei genitrix et semper Virgo Maria,

« Hincmarus presul defero dona tibi ;

« Hec pia que gessit docuit nos Christus Iesus « Editus ex utero, casta puella, tuo h »

J’ajoute que l’examen des manuscrits d’Hincmar à la bibliothèque de Reims achève de prouver que les Évangiles dits de Blois et de Loysel ont bien été légitimement rattachés au groupe rémois. La parenté de ces divers volumes entre eux est frappante. Il est impossible, notamment, de rêver ressemblance plus absolue que celle qui existe pour la décoration des canons entre les Évangiles donnés au monastère de Saint-Thierry et les Évangiles dits de Loysel1 2.

Tous ces volumes de même origine rémoise, où apparaît la même formule paléographique de l’onciale, présentent

1. Flodoard , Historiæ ecclesiæ Remensis libri quatuor, lib. III, cap. v. — Cf. Gallia christiana, t. IX, col. 41.

2. Sans vouloir greffer ici une seconde question sur la première, j’ajouterai que l’étude des manuscrits d’Hincmar me paraît également fournir les plus forts arguments pour rattacher encore à l’école rémoise un autre manuscrit célèbre, sur lequel on a aussi beaucoup rêvé, sans jamais arriver à rien de précis, le fameux livre d’ÉvANGiLES dits de Charlemagne ou «Évangiles du sacre », en or, sur pourpre, du trésor impérial devienne. J’ai été le premier, je crois (voir Samuel Berger, Histoire de la Vulgate, p. 276), à indiquer les relations des images du manuscrit de Vienne avec celles des Évangiles dits de Blois. Mais, bien auparavant, M. deBastard avait déjà été frappé des rapports existant entre ce même manuscrit du Trésor de Vienne et les Évangiles d’Ebbon (. Bulletin du Comité de la langue, de l’histoire et des arts de la France, t. IV (1857), p. 723). Il est évident en effet, par exemple, que l’évangéliste imberbe qui est représenté, dans le ms. de Vienne, penché sur le livre qu’il écrit, la plume dans une main, l’encrier dans l’autre ( Ada-Handsclirift , pl. 20) dérive absolument du même modèle que le saint Mathieu du ms. d’Épernay. La ressemblance des initiales ornées du livre de Vienne avec celles de la Bible d’Hincmar achève de constituer un faisceau de preuves concordant à établir l’origine rémoise des prétendus Évangiles de Charlemagne.

DU PSAUTIER D’UTRECHT

encore une remarquable unité de style d’école pour le tracé et l’ornementation des grandes lettrines. Ces lettrines peuvent être dessinées d’une main plus ou moins ferme, elles peuvent être surtout plus ou moins luxueuses, ici toutes éclatantes d’or et de couleurs, là très modestement exécutées à l’encre, avec à peine quelques rehauts d’aquarelle. Mais ce sont toujours les mêmes principes de composition, le même genre d’agencement. Ce style pour les initiales, que l’on peut appeler le style rémois , est caractérisé par la manière d’orner le haut des lettrines exclusivement avec des entrelacements de listels, aux combinaisons chaque fois variées, mais toujours régulières et symétriquement balancées, et qui se terminent à l’extérieur par des espèces de crosses se répondant deux par deux 1 .

J’ai dit qu’à côté du groupe de Reims la formule de l’A à panse triangulaire se retrouve dans un groupe de manuscrits venant de Metz. Le type du groupe est le Sacramentaire de Drogon, si connu par ses peintures à petits personnages, exécuté pour Drogon, fils naturel de Charlemagne, évêque de Metz de 826 à 855 (Bibl. nat., ms. latin 9428) 2. Il faut en rapprocher deux autres manuscrits, conservés, comme le précédent, de temps immémorial dans la cathédrale de Metz, avant d’arriver dans notre grande collection nationale, les Évangiles dits de Louis le Débonnaire (ms. latin 9388) et un livre d’ÉvANGiLES en lettres d’or sur pourpre (ms. latin 9383) 3. Entre le groupe de Metz et celui de Reims les rapports sont étroits. Ils ne se bornent pas à l’identité de la formule paléographique de l’onciale. On a encore à constater une évidente parenté pour la facture et le style de dessin entre les illustrations du Sacramentaire de Drogon et des Évangiles dits de Louis le Débon-

1 . On trouvera des exemples de ce style rémois dans le grand ouvrage du comte de Bastard, pl. 122 et 124.

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