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L. Delisle, Mémoire sur d’anciens sacramentaires, p

3. C’est à tort que l’on a été porté à rajeunir le premier de ces manuscrits et à trop vieillir au contraire l’autre. La répétition identique de certains détails matériels dans la décoration, d’un caractère très particulier, prouve que les deux livres d’Évangiles en question sont du même temps et du même atelier que le Sacramentaire de Drogon.

P. DURRIEU. — L’ORIGINE

naire, d’une part, et, d’autre part, les petites figurines qui décorent les canons dans les Évangiles d’Ebbon. La proximité relative des deux diocèses suffirait à expliquer le fait. Ebbon et Drogon ont occupé à la même époque, le premier, le siège de Reims, le second, celui de Metz. On comprendrait très bien que des calligraphes ou des artistes décorateurs aient franchi la distance séparant les deux villes pour prêter successivement aux deux prélats le concours de leur habileté, ou se soient mutuellement influencés. Cependant il est un point sur lequel les deux groupes des manuscrits de Reims et de Metz se différencient d’une manière nettement tranchée. C’est l'agencement et la décoration des grandes lettrines. Dans les trois volumes venus de Metz on ne trouve jamais ces entrelacements symétriques de listels avec des terminaisons en crosses, qui constituent au contraire toujours une des caractéristiques des manuscrits de Reims.

Revenons au Psautier d’Utrecht, pour examiner les deux autres éléments de critique, la lettrine ornée et le style du dessin.

Lettrine ornée. — La paléographie dans le Psautier ferait hésiter pour la question d’origine entre les groupes de Reims et de Metz. La lettrine qui ouvre le premier psaume, en tête du manuscrit, tranche la question. Cette lettrine, dont voici la reproduction, est du plus pur style rémois.

On voit, dans sa partie supérieure, les mêmes entrelacements réguliers de listels, aboutissant à des crosses, que l'on trouve dans les Évangiles d’Ebbon, les Évangiles de Saint-Thierry, et les autres volumes de Reims.

DU PSAUTIER D’UTRECHT

Style des dessins. — M. Delisle, comme je l’ai dit plus haut, a déjà indiqué un rapprochement à faire sous ce rapport, entre le Psautier d’Utrecht et le Sac rame ntaire de Drogon. Mais il est surtout un autre manuscrit où l’on retrouve absolument le même caractère du dessin; et ce manuscrit, c’est encore un de ceux du groupe de Reims, le plus célèbre d’entre eux, les Évangiles d’Ebbon de la bibliothèque d’Épernay.

Rien de plus frappant que de placer côte à côte le manuscrit d’Épernay et la reproduction par la photographie du manuscrit d’Utrecht.

L’illustration dans les Évangiles d’Épernay comprend quatre grandes miniatures, représentant les évangélistes, et de beaux canons placés sous des portiques à frontons de style corinthien, avec de petites figurines d’hommes, d’animaux ou de plantes disposées au-dessus des rampants du fronton. Toute cette décoration est peinte d’or et de couleurs, mais le coloriage n’empêche pas d’apprécier le dessin, et dans celui-ci il est impossible vraiment de ne pas reconnaître le style, j’oserais presque dire, pour certains endroits \ la main même de l’auteur des illustrations du Psautier d’Utrecht. C’est, en effet, ce même caractère, d’autant plus frappant qu’il est plus personnel et plus original, cette même manière de jeter le trait de plume, cette même apparence des draperies et des figures comme fouettés par un violent courant oblique. Plus on descend dans le détail, plus les analogies se multiplient. On pourrait dresser une table de points de comparaison, qui serait absolument éloquente, entre des personnages, des animaux et jusqu’à des constructions et des arbres, ici peints dans les évangiles d’Ebbon et là tracés à l’encre dans le Psautier d’Utrecht.

Nous nous bornerons à quelques exemples.

Voici, sur la première des planches jointes à ce travail (n°l), une figure d’évangéliste prise dans le Psautier. Pour la

1. Ainsi pour deux figurines d’hommes assis, sur un des frontons des canons (fol. 14b du ms.) et surtout pour les motifs esquissés clans le fond de la peinture de saint Mathieu (fol. 18b ).

P. DURRIEU. — L’ORIGINE

pose, cette figure, rappelle de très près le saint Mathieu du ms. d’Épernay. Quant au rendu des détails et au jet des draperies, on peut la comparer avec le saint Marc d’Épernay, que nous mettons en regard sur cette même planche (n° 3) . Entre les deux (n° 2) est une petite figure de Christ glorieux, tirée du Psautier. Cette figurine ne semble-t-elle pas, tant il y a d’analogie, être comme l’esquisse du saint Marc d’Épernay?

Sur la seconde de nos planches, nous réunissons des personnages, les uns venant du Psautier, les autres calqués jadis par M. de Bastard sur les canons des Evangiles d’Épernay. On pourra étendre la confrontation avec la reproduction photographique du Psautier d’Utrecht, à l’aide de trois des planches de l’ouvrage de M. Bastard, et des dessins jadis relevés par M. Aubert pour la Société nationale des Antiquaires de France b Mais il faudrait surtout pouvoir montrer, sur l’original même du manuscrit d’Épernay, les petits motifs placés dans le fond de la peinture de saint Mathieu, au-dessus de la tête de l’évangéliste. Ces motifs, dont la légèreté d’exécution ne se prête malheureusement pas à la reproduction, ne sont en quelque sorte qu’indiqués, d’une manière sommaire. Par là, ils se rapprochent de ce caractère d’esquisse qui domine dans le Psautier. Aussi la ressemblance y devient-elle extraordinaire. Il y a là un ange à mi-corps, deux édifices à frontons, de style antique, avec les tuiles des toits marquées par des lignes se coupant à angle droit, des plantes, un arbre en parasol, qui ne diffèrent de représentations similaires existant dans le Psautier d’Utrecht que par la seule nuance du trait, rose et or avec quelques rehauts de gouache, au lieu d’être simplement à l’encre.

Ainsi cette question du Psautier d’Utrecht, qui a si fortement divisé les érudits, nous paraît maintenant s’éclaircir singulièrement. Par les caractères paléographiques de l’écriture onciale, le Psautier d’Utrecht se rattache aux deux groupes des manuscrits de Reims et de Metz. L’agen-

1. Voir les indications bibliographiques.plus haut, p. 649, note 2

i & 2. — Dessins dans le Tsautier â’Utrecht. Peinture de Saint PCarc dans les Évangiles d’Ebbon.

i, 2 & 7. — Figures sur les frontons des Canons dans les Evangiles d’Ebbon (calques du Cte de Bastard).

3 à g. — Dessins dans le F sautier d’ Utrecht .

DU PSAUTIER D’UTRECHT

cernent décoratif de son initiale historiée le classe décidément parmi les manuscrits de Reims. Enfin, entre tous les manuscrits de Reims, le caractère du dessin l’apparente d’une façon plus particulière avec les Évangiles d’Ebbon. Entre ce dernier manuscrit et le Psautier d’Utrecht, sauf que dans celui-là les figures sont peintes et dans celui-ci seulement tracées à la plume, il y a véritablement identité sur tous les points : paléographie, ornementation des initiales, illustration. Dans les cas analogues, la science admet, et l’expérience a confirmé, que de la ressemblance matérielle on peut conclure à la communauté d’origine. Il ne serait que strictement légitime d’appliquer ici le principe . Le Psautier d’Utrecht est lié de la façon la plus étroite aux Évangiles d’Ebbon. Or, sur l’origine de ce manuscrit nous sommes renseignés d’une façon certaine. Il a été exécuté dans le diocèse de Reims, pendant la première moitié du ixe siècle, exactement entre 816 et 845. Si l’on admet nos conclusions, nous aurions dans cette indication de contrée et de date la solution définitive pour le problème posé jusqu’ici par le Psautier d’Utrecht.

UN ABRÉGÉ JURIDIQUE

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