Ibid., textes C, D, E, F, K
3. Voy. Charte de Bouchart seigneur de Marly en 1209 (Arch. nat., Cartul. blanc, LL 1157, p. 500). Confirmation par le roi Louis VIII, en juin 1224, de l'accord par lequel Bouchard de Marly reconnaît à Saint-Denis la seigneurie de la rivière de Seine depuis la léproserie de Challevainne jusqu’à Chambry. (Ibid., Orig. seell., L 857, n° 1134.) — Cf. la renonciation faite par Pierre de Marly, en juin 1234, de ses prétentions sur la Seine dans les mêmes limites, citée plus haut, p . 696, n .
4. A l’occasion d’un procès sur la juridiction de Gennevilliers : « audita eciam « et diligenter inspecta quadam carta regia ipsorum abbatis et conventus « per quam videtur eis concedi justicia inter fluvium Saure et Chambreias. » ( Olim , éd. Beugnot, t. I, p. 301, xii.)
5. « Possessionem suam quae dicitur Ruoilum cum appendiciis, sigillis aureis « eonfirmavit » (De administratione, XXXIII: Œuvres, p. 202).
A L’ABBAYE DE SAINT-DENIS
certainement disparu déjà au commencement du xvne siècle, car Doublet, qui n’omet jamais de signaler, lorsqu’ils existent, les sceaux des documents qu’il publie, n’en fait aucune mention. O11 a d’autres exemples d’actes de Charles-le-Chauve scellés en or, et il est probable que le faussaire n’a point imaginé ce mode de scellement exceptionnel. On se rappelle que le texte du diplôme authentique se terminait par l’annonce d’une bulle et que l’on peut constater sur l’original la trace d’un sceau pendant qui a disparu. N’est-il pas vraisemblable que le faussaire a emprunté à ce document, avec l’annonce de la bulle, la bulle elle-même, qu’il aura transportée au bas du diplôme remanié, où l’ont vue Suger, les évêques réunis en 1221, et le rédacteur du vidimus de 1470?
Il est donc certain dès maintenant que le diplôme interpolé a été fabriqué entre 875, date du diplôme authentique, et 1140, date de la charte de l’abbé Suger où l’on en trouve la plus ancienne mention. Il faut essayer de préciser davantage.
On a dit déjà que les caractères paléographiques du document remanié accusent la fin du xe ou le commencement du xie siècle. On sait d’autre part que pendant toute la fin du ixe siècle et les premières années du xe, le cours de la Seine jusqu’à Paris fut complètement à la merci des Normands. Il est donc probable que ce ne fut point pendant cette période que les religieux de Saint-Denis durent songer à y revendiquer des droits qu’ils auraient été dans l'impossibilité d’exercer.
Réfugiés pendant le siège de Paris dans l’abbaye de Saint-Denis de Reims, il semble que ce ne fut que sous le règne d’Eudes qu’ils purent songer à reprendre possession de leur monastère l. En l’absence de tout témoignage direct, on peut imaginer l’état pitoyable dans lequel ils durent retrouver leur domaine. Sans doute les bâtiments de l’abbaye et la basilique étaient restés debout, mais les fortifications élevées par Charles-le-Chauve 2 avaient été détruites
1. Flodoard, Hist. eccl. Rem., üv. IV, c. ym. — Ann. S. Dionysii Remenses, dans Mon. Germ. SS., t. XIII, p. 82.
2. Ann. Bertin. à 869 : « Castellum in giro ipsius monasterii ex ligno et « lapide conficere coepit. »
A. GIRY
LA DONATION DE RUEIL
et il fallut se hâter de les rétablir1. Quant aux propriétés de l’abbaye, voisines ou éloignées, elles avaient subi le contre-coup de l’invasion ; celles même qu’avaient épargnées la dévastation et le pillage avaient été usurpées par suite de l’abandon où elles avaient été laissées. Très appauvrie par ce qu’un diplôme de 905 appelle la paganica rabies 2 3, la communauté, probablement fort réduite, qui s’était réinstallée à Saint-Denis se fit rendre quelques-unes de ses anciennes possessions et fit renouveler quelques-uns de ses droits.
Toutefois l’œuvre de réparation et de reconstitution du patrimoine de l’abbaye semble être restée alors fort incomplète. En effet le péril normand demeurait redoutable, l'état du royaume rendait fatalement infructueuses beaucoup de revendications, mais surtout les religieux n’avaient plus à leur tète d’abbés particuliers, dévoués aux intérêts du monastère. A Goslin, le défenseur de Paris, avait succédé son neveu Ebles, guerrier et chancelier comme son oncle, à la mort duquel (2 oct. 891) le roi Eudes paraît s’être réservé l’abbaye qui devint depuis lors une sorte de bénéfice dans le patrimoine des Robertiens. Robert, Hugues-le-Grand, Hugues Capot, successivement abbés de Saint- Denis au xc siècle, ne durent songer à lui restituer aucun de ses anciens domaines de la vallée de la Seine, qu’ils possédaient directement ou par leurs vassaux, comme comtes de Paris; ils semblent avoir borné leurs efforts à faire rendre par les seigneurs, quand leurs relations avec eux le permettaient, les domaines situés en dehors de leurs possessions.
Déchue du rang éminent qu’elle avait occupé jusqu’à la fin du ixe siècle, réduite sous ses puissants abbés laïques
1. Diplôme de Charles-le-Simple confirmant, le 8 février 898, les droits de Saint-Denis « infra castellum ejusdem loci a novo constructum » (J. Tardif' Monum. hist ., n° 219.)
2. Restitution de Patriacum en Limousin par Charles-le-Simple, le 9 février 905, « ut quae eis pro paganica rabie deerant... suppleantur atque restaurentur. » ( Rec . des hist. de la France, t. IX, p. 500.)
3. Depuis cette époque jusqu’en 903, les rares diplômes de Saint-Denis qui se sont conservés ne font plus mention d’abbés.
A L’ABBAYE DE SAINT-DENIS
au rôle de simple bénéfice de leur maison, l’abbaye de Saint-Denis paraît avoir obscurément végété pendant tout le cours du xc siècle. C’est à peine si l’on en trouve dans les chroniqueurs et les écrivains du temps quelques rares mentions. Il en fut ainsi jusqu’au jour où Hugues Capet se décida à lui rendre quelque indépendance, d’abord en y rétablissant, vers 968, des abbés réguliers, puis surtout en provoquant une réforme, qui fut accomplie après sa mort par Odilon de Cluny L L’esprit séculier s'y était en effet substitué à la discipline monastique. On a déjà vu que ce fut précisément à la prière d’Odilon que le roi Robert renonça, vers l’an 1000, aux droits qu’il exerçait abusivement sur plusieurs possessions de l’abbaye et notamment sur Rueil1 2.
A Odilon succéda un abbé du nom de Vivien 3 qui paraît avoir le premier sérieusement entrepris la reconstitution de l’ancien patrimoine de l’abbaye. Un diplôme du roi Robert, promulgué à Chelles, le 17 mai 1008, dans une assemblée ecclésiastique solennelle, pour concéder à Saint-Denis des droits et des privilèges, rappelle l’abandon de l’abbaye depuis le temps de Charles-le- Chauve, la dévastation, le pillage et la dispersion de ses domaines, la restauration et la réforme de Hugues Capet , et enfin la nomination de l'abbé Vivien, vir magnae prudentiae et industriae atque sedulus investigator bonorum loci sibi commissi intus ac forts 4.
1. Odilo, Vita Maioli. (Mabillon, Acla SS. O. S. B., t. V, p. 809). — Jotsauld, Vita Oclilonis ( Rec . des hist. de la France, t. X. p. 581). — Chronicon S . Maxentii (Marchegay et Mabille, Chroniques des égl. d’Anjou, p. 384).