Voy. plus haut, p. 700, n
A L’ABBAYE DE SAINT-DENIS
21 janvier 845, l’abbaye (le Saint-Denis devait jouir de l’exemption des droits royaux sur tous les fleuves du royaume \ mais contre les prétentions seigneuriales nouvelles elle avait besoin d’un titre qui lui faisait défaut. Ce fut alors qu’on dut avoir l’idée d’intercaler une concession de droits sur le cours de la Seine, sous forme de clause spéciale, dans un diplôme authentique, qui ne comportait rien de semblable. Grande habileté, puisque l’on pouvait disposer d’un original authentique pour servir de modèle et fournir le sceau destiné à valider le document, puisque la réalité de l’une des deux concessions devait appuyer l’existence de l’autre, puisque de nombreuses fondations pouvaient sembler autant de preuves matérielles des libéralités du souverain.
Il n’est pas hors de propos de rappeler que l’abbaye de Saint-Germain, qui avait joui des mêmes exemptions que Saint-Denis, usait pour les maintenir d’artifices analogues, et cela précisément au début du xie siècle. On a déjà cité plus haut, le prétendu diplôme de Louis le Pieux, de 816, refait et interpolé sinon complètement fabriqué à l’époque féodale, où l’on mettait dans la bouche du roi cette déclaration de principes, évidemment destinée à servir d’armes contre les prétentions seigneuriales : quels que soient les seigneurs des rives, l’eau appartient au roi 1 2. On sait qu’il y avait alors une tendance à attribuer au souverain les choses communes3 4. Enfin, le diplôme du roi Childebert, récrit et refait au début du xie siècle \ attribuait à Saint-Germain les pêcheries de la Seine, depuis le Petit-Pont de Paris jusqu’au ruisseau de Sèvres. C’est précisément à partir de ce point que l’abbaye de Saint-Denis voulait se faire attribuer les pêcheries et les péages. Elle trouva en effet dans le diplôme qu’elle fabriqua le moyen de lutter victorieusement contre les prétentions rivales, elle put s’en servir à son tour pour établir
1. Rec. des hist. de la France, t. VIII, p. 454; Bôhmer, Regesta, n° 1574.