ET LES ANNALES EINHARDI
(il
Et l’on s’imagine qu’Éginhard, dont les ressentiments se montrent si mal apaisés dans la Translatif), écrite en 830, aurait, en 828, dissimulé sa rancune au point d’exalter les mérites do saint Sébastien au détriment de ses propres saints, qu’il avait eu tant de peine à lui arracher? Après toutes les misères que lui avait faites ce prélat magnifique et orgueilleux qu’il nous représente couchant devant la porte de l’empereur pour empêcher les autres d’y pénétrer, il aurait parlé en termes aussi exagérés des miracles du sanctuaire de Saint-Médard? Ce n’aurait plus été de la modestie, ni de la grandeur d’âme; ç’aurait été une naïveté touchant à la sottise, une trahison envers les saints dont l’honneur lui était confié et, de plus, une hypocrisie.
Supposons, au contraire, que c’est Hilduin qui a écrit les Annales de 820 à 829, tout s’explique sans peine : la sécheresse et la brièveté du passage relatif aux reliques des saints Marcellin et Pierre, la prolixité et l’emphase du passage relatif à saint Sébastien. Ce style échauffé et redondant, qui jure avec la simplicité concise des Annales, ne s'explique que par l'intervention d’une passion personnelle. On y reconnaît l’accent de l’homme à qui ces reliques appartiennent, qui identifie leur gloire avec la sienne, qui tient à* ce qu’on sache qu’elles valent mieux que les autres, qui est secrètement vexé que des reliques nouvelles soient venues, les intruses, après un an à peine, leur disputer l’attention du public, les faveurs du ciel et les générosités des princes. Car l’empereur leur a donné une terre de quinze manses avec neuf arpents de vigne, et l'impératrice sa propre ceinture d’or ornée de gemmes et pesant trois livres 1 . Sans doute les nouvelles reliques ont été « multis signis et virtutibus clarificata ». Hilduin ne peut le nier, puisqu’elles attiraient déjà la foule à Saint-Médard ; mais qu’est-ce que cela auprès des siennes, « tanta prodigiorum multitudo, tanta virtutum
vis ut liumanae inbecillitatis fidern excederent »? Il a
bien soin de faire remarquer que les reliques de saint Sébastien ont été officiellement concédées par le pape « adnuente