UN DIPLÔME INTERPOLÉ
utiles. Le vicomte, après quelques hésitations, l'ait, droit à cette réclamation, prête serment de vasselage à Guifred et s’engage à lui être fidèle, sic ut homo débet esse ad seniorem suum *. Désormais, et malgré d’ardentes disputes, plus d’une lois renouvelées, les vicomtes resteront vassaux des archevêques et ceux-ci ne perdront cet hommage que le jour où la vicomté aura été acquise par le roi Louis XII, en 1507.
Guifred était donc arrivé à ses fins ; il était suzerain de ce vicomte, dont le pouvoir s’était jadis si durement fait sentir aux prélats, ses prédécesseurs. Il n’aurait pu prendre le titre de duc de Narbonne sans se brouiller avec son propre allié le comte de Saint-Gilles, mais plus tard, quand les descendants de ce dernier auront été dépouillés de leurs domaines par les légats apostoliques, l’un des successeurs de Guifred, le célèbre Arnaud-Amauri, cherchera à profiter de la circonstance, et non content de se faire prêter serment do fidélité par le vicomte, il se parera du titre de duc de Narbonne. On sait que cette affaire lit quelque bruit en son temps; Simon de Montfort, qui n’avait aucun désir de se laisser priver de la moindre partie des dépouilles du vaincu, déploya contre son ancien allié et ami sa vigueur et son énergie habituelles et n'éprouva aucun scrupule à employer contre un prince de l’Église les mêmes procédés dont il avait usé envers les seigneurs méridionaux. Arnaud-Amauri eut beau se plaindre aux papes Innocent etHonorius, il n’en perdit pas moins son procès, et le titre de duc de Narbonne définitivement dévolu à son adversaire. Mais ce sont là, à vrai dire, des événements étrangers au sujet du présent mémoire; il ne semble pas au surplus qu’ Arnaud-Amauri ait jamais allégué à l’appui de ses prétentions le diplôme de 844, dont nous avons voulu critiquer le texte.