‹ Mélanges linguistiques (volume 2)Chapitre 15 sur 60 · C'est ce que Fuchs essaie en vain de contester (p · texte numérisé non relu

C'est ce que Fuchs essaie en vain de contester (p

en Italie, le reste s'absorba plus ou moins lentement dans le peuple conquérant ' ; un petit noyau persista dans quelques vallées des Alpes. — Dans les provinces plus orientales, l'élément indigène s'était maintenu comme en Angleterre; mais la population romaine y avait pris plus de consistance, si bien qu'au milieu des anciens habitants (Albanais) et des masses d'envahisseurs successifs (Germains, Slaves, Hongrois, Turcs), les Roumains réussirent à se maintenir d'une part en corps de population considérables, d'autre part en petits groupes disséminés très nombreux, et parvinrent même à réoccuper la Dacie de Trajan, qu'Aurélien avait fait évacuer à tous les Romani dès le iii^ siècle. — En Afrique, ce ne furent pas les Vandales qui mirent fin au romanisme; il paraît au contraire probable que là comme en Espagne et en Gaule les Germains finirent par se fondre avec les vaincus % et il se serait sans doute formé dans le royaume de Genseric une langue romane particulière, si l'établissement vandale n'avait pas été détruit par les Grecs, et surtout si la funeste invasion des Musulmans n'avait arraché ces belles contrées au monde chrétien. Il est vraisemblable que quand les Arabes arrivèrent il restait encore de nombreux Romains dans le pays; toutefois l'élément indigène n'avait jamais disparu même du temps de la domination romaine ' et dans le cœur des provinces qu'il entourait de tous côtés; il

1. Vov. les détails donnés plus haut sur ce point. Sur la romanisation ancienne des pays riverains du Danube, on peut voir Mamertin, Gratiantiu actio Jidiano, c. 7, bien qu'il y ait sans doute de l'exagération dans les paroles du rhéteur. Sur Toccupation rapide des bords du Danube (et du Rhin) par les Barbares, voy. S. Jérôme, Epi'st. ad Agenichiam (éd. Mascou, I, 349). Voyez aussi, pour la dépopulation de ces contrées lors des guerres germaniques, les témoignages réunis par Rudhart, Aelteste Geschichte Baienis, p. 201 ss.

2. Papencordt, dans son Histoire de la domination vandale en Afrique, représente la séparation des Romani et des Vandales comme un peu plus complète et plus durable qu'elle n'a été. Il est certain cependant que les vainqueurs et les vaincus se sont assimilés moins facilement en Afrique qu'ailleurs, et Papencordt en a fort bien donné les raisons. [* Cf. Rev. crit., 1902, II, 27.]

3. Voyez les preuves de ce fait dans Papencordt, /. /., p. 36, note.

s'allia étroitement avec les Arabes, et les derniers vestiges du romanisme disparurent bien vite de l'Afrique. — L'Espagne au contraire, où la fusion des Goths avec les Romains était complète, conserva son caractère même sous la domination arabe et parvint finalement à s'en affranchir tout à fait. — Il en fut de même en Sicile : là le romanisme a non seulement chassé complètement l'élément arabe, mais encore fait disparaître l'élément grec qui sans doute y était encore assez abondant au commencement du moyen âge. Cet élément grec s'effaça aussi du sud de l'Italie où il s'était maintenu depuis la colonisation hellénique [']; dans le midi de la Gaule, il s'était absorbé de très bonne heure dans la civilisation romaine. — La Romania perdit cependant en Gaule une province qui certainement lui avait appartenu, la péninsule à laquelle les colons venus de l'autre côté de la Manche firent donner le nom de Bretagne ; mais on ne peut douter que cette province, à l'époque de leur débarquement, n'ait été presque tout à fait dépeuplée.

Les pertes que la Romania a faites il y a quatorze siècles ne sont pas sans compensations. Non seulement elle a absorbé toutes les tribus germaniques qui ont pénétré dans le cœur de son territoire, mais elle a reculé de tous côtés les frontières que lui avait faites l'époque des invasions. Sur presque tous les points où elle s'est trouvée en contact avec l'élément allemand, en Flandre, en Lorraine, en Suisse, en Tyrol, en Frioul ^, elle a opéré un mouvement en avant qui lui a rendu une partie plus ou moins grande de son ancien territoire. En Angleterre, les Normands romanisés ont reconquis le pays pendant des siècles pour le monde roman, et leur langue n'a cédé <à celle des Saxons qu'en s'y mêlant dans une proportion telle que l'étude de la langue et de la littérature anglaise est inséparable de celle des langues et des littératures romanes. J'ai déjcà parlé de la suppression du grec en Italie, de la Dacie reconquise par les Roumains. Dans le Nouveau-Monde la Romania s'est annexé d'immenses territoires; elle a commencé à reprendre possession

[*i. Voy. Wesselofsky, Tauromenium.~\

2. Nous avons l'intention de donner dans la Romania des études détaillées sur la délimitation des langues dans ces divers pays depuis les invasions jusqu'à nos jours.

d'une partie du Nord de l'Afrique. Le latin, dans ses différents dialectes populaires, — qui sont les langues romanes, — est parlé aujourd'hui par un nombre d'hommes bien plus considérable qu'au temps de la plus grande splendeur de l'empire.

Ces conquêtes de la Romania sont de deux genres. Les unes sont la simple conséquence des conquêtes matérielles faites par les nations romanes : telle est avant tout l'annexion d'une si grande partie de l'Amérique '. Les autres, bien moins considérables, mais plus intéressantes, sont des victoires de la langue. Une langue romane placée à côté d'une autre langue, — et spécialement d'une langue germanique, — prend presque fatalement le dessus, à moins que, comme en Rhétie et en Norique, le nombre des luckhes ne soit par trop inférieur à celui des Allemands qui les entourent. A quoi tient ce phénomène remarquable, cette influence destructive exercée peu à peu par les langues romanes sur leurs voisines ? Les causes qu'on peut en donner sont de trois ordres : les unes tiennent à la puissance politique, à la splendeur sociale qui à diverses reprises ont appartenu aux pays romans : la France de Louis XIV, par exemple, exerçait en Europe un véritable prestige, qui se faisait sentir jusque dans les villages où se débattent obscurément ces questions vitales, et déterminait les paysans français à être fiers de leur langue, les paysans allemands ou flamands à abandonner facilement la leur. — Une autre cause est dans la construction des langues romanes comparées aux langues germaniques : ayant eu une vie historique beaucoup plus longue, elles sont, elles étaient surtout jadis plus claires, plus maniables, parce qu'elles avaient servi à des usages bien plus variés; elles demandent moins d'efforts non seulement aux organes de la voix, mais à la pensée. — Enfin la dernière raison doit être cherchée dans ce fait indéniable : c'est que, malgré l'influence considérable, et même salutaire, de l'élément germanique dans la constitution du monde moderne, la civilisation de l'Europe est essentiellement fille de la civilisation romaine, comme le christianisme a été transmis au monde moderne par le monde

I. Les empiétements de la Gcrmaiiia sur la Roviania appartiennent exclusivement à cette première catégorie.

romain. Les langues romanes ont eu pour auxiliaire perpétuel le latin, organe de la science, de la philosophie, du droit et de la religion. Aussi voyons-nous dès le moyen âge entre les pays romans et les nations germaniques le même rapport qui se reproduit plus tard : les langues romanes, surtout le français, sont connues, parlées et lues dans le mondechrétien tout entier, tandis que les exemples de Romani connaissant une langue allemande pourraient sans doute se réduire à un nombre presque imperceptible. La raison alléguée ici est. si réelle qu'on a vu également les nations slaves, quand elles se sont mises à participer à la civilisation moderne, commencer leur éducation par apprendre le français. Cette langue est encore dans le monde entier, avec l'italien, le signe et le véhicule d'une certaine culture affinée, c'est-à-dire de ce qu'il y a de plus délicat dans la civilisation commune aux peuples modernes, venue des Romains, transmise et développée par les nations romanes.

Ces réflexions amènent naturellement à se poser une question intéressante et difficile : la Romania forme-t-elle vraiment un domaine intellectuel et moral, ou n'est-elle constituée que par l'origine commune des langues romanes ? En d'autres termes, existe-t-il entre les peuples qui parlent aujourd'hui des dialectes latins des liens réels, autres que ceux de l'unité de langage, lesquels peuvent en somme être considérés comme purement fortuits et sont actuellement fort relâchés ? Question grave, qui en engendre de plus graves encore, et qu'il ne faut aborder qu'avec une grande circonspection, si on tient à ne pas se payer de mots et à ne pas sacrifier à une idée préconçue la sincérité scientifique. Pour la traiter et la résoudre en détail, il faudrait un espace dont je ne dispose pas ici; je me permettrai seulement de proposer à ce problème capital la solution qui me paraît aujourd'hui le mieux répondre à la vérité. Je n'essaierai pas de l'appuyer sur des faits, je ne ferai que l'exposer très sommairement, laissant au lecteur le soin de compléter ce qui sera simplement indiqué.

La Romania, ou l'union des nations romanes, n'a pas pour base une communauté de race. Quand on parle des races latines on emploie une expression qui manque absolument de justesse : il n'y a pas de races latines. La langue et la civilisation romaines ont été adoptées, plus ou moins volontairement, par les races

les plus diverses, Ligures, Ibères, Celtes, Illyriens, etc. C'est donc sur le sacrifice de la nationalité propre et originelle que repose l'unité des peuples romans; elle a pour base un principe tout différent de celui qui constitue l'unité germanique ou slave. Le développement particulier de chacun de ces peuples leur a rendu, il est vrai, une personnalité nationale bien marquée, mais ce développement lui-même a pour point de départ, non la nationalité ancienne, mais la culture du monde grécoromain. Les invasions germaniques ont presque détruit cette culture ; grâce à la conversion des envahisseurs à la religion des Romani, elles ne l'ont pas complètement anéantie, et le monde moderne a pu renouer la tradition interrompue. Le moyen âge a été, surtout dans les pays romans, une lutte perpétuelle entre cette tradition et les tendances nouvelles de la société issue des conquêtes allemandes. Entre les deux courants il y a eu fusion à différents degrés : les Allemands, plus tard les Slaves, ont adopté en grande partie les idées, les mœurs, les institutions romaines, tandis que les pays romans, et surtout la France, ont fortement subi l'influence germanique. L'Europe actuelle, en tant qu'on la conçoit comme formant jusqu'à un certain point upe seule nation (à laquelle se rattachent les établissements européens du nouveau-monde), n'est qu'une autre forme de l'empire romain restauré par Charlemagne. Dans le sein de cette association, les peuples romans forment un groupe plus étroitement uni, auquel s'opposent, tenant à l'ensemble par un lien de plus en plus lâche, les deux grandes nations des Germains et des Slaves. Chez ces peuples, la nationalité est exclusivement le produit du sang; la Romania au contraire est un produit tout historique. Son rôle paraît donc être, en face des sociétés qui ne sont que des tribus agrandies, de représenter la fusion des races par la civilisation. C'est dans cette pensée que les divers peuples qui parlent encore latin, sans abjurer en rien leur individualité propre, peuvent trouver la base d'une sympathie raisonnée et même d'une action commune. Le principe des nationalités fondées sur l'unité de race, trop focilement accepté même chez nous, n'a point eu jusqu'ici de fort heureuses conséquences. A ce principe, qui ne repose que sur une base physiologique, s'oppose henrcusement celui qui fonde l'existence et l'indépendance des peuples sur l'histoire, la ^;ommunauté des

intérêts et la piirticipation à une même culture. Il oppose le libre choix et l'adhésion qui provient de la reconnaissance des mêmes principes à la fatalité de la race; il est éminemment progressif et civilisateur, tandis que Tautre sera toujours par son essence conservateur et même exclusif. Ce n'est pas que le rationalisme pur, qu'on est habitué en France à introduire dans la politique, soit moins dangereux que l'esprit de race : le jeu opposé du principe de tradition et du principe de progrès est la condition de tout développement régulier. Mais le lien qui unit entre elles les nations romanes est précisément, par sa nature, à la fois traditionnel et rationnel. Héritières de Rome, elles doivent conserver de son esprit ce qui est le plus utile à l'humanité, la tendance vers une civilisation commune, équitable et éclairée. Elles doivent tenir à honneur de se rattacher au grand effort tenté il y a seize siècles, qui échoua si misérablement au moment même où on en célébrait l'heureux succès; elles doivent viser à réaliser autant que possible ces belles hyperboles des poètes latins, qui peuvent devenir un jour des vérités; elles ont pour mission de représenter dans le monde moderne l'idée d'une cité commune, entrevue par les Romains, en la fondant sur des bases plus solides. Elles n'ont d'ailleurs pas cessé de constituer en quelque mesure, par la communauté de leur langue, de leurs souvenirs et de leurs aspirations, cette patriam diversis gentibns unam, qui enthousiasmait le Gaulois Rutilius.

La fraternité des diverses nations romanes est sensible dans l'histoire de leurs littératures autant que dans celle de leurs langues. Au moyen âge les plus importantes d'entre elles ont eu constamment les rapports intellectuels les plus étroits; plus tard elles ont pris part successivement à ce grand mouvement de la renaissance qui était réellement pour elles une restauration. Mais en même temps, grâce aux conditions diverses où elles se sont trouvées et à leur contact plus ou moins fécond avec d'autres peuples, surtout au moyen âge, l'individuahté de chacune s'est constituée. Cette individualité a même été assez marquée pour que le sentiment de la communauté ait pu presque s'effacer : il doit trouver une reviviscence durable dans l'étude des langues et des littératures romanes, à laquelle nous consacrons ce recueil, ^ous ne poursuivons, cela va sans dire, d'autre

intérêt que celui de la science : les faits seuls parleront; nous ne les choisirons ni ne les interpréterons avec aucune idée préconçue. Mais c'est précisément au point de vue purement scientifique que le rapprochement perpétuel entre les langues et les littératures des diverses nations qui composent la Romania est le plus utile et le plus fructueux. Elles s'éclairent sans cesse l'une par l'autre, au point qu'il est impossible d'approfondir l'étude d'une seule d'entre elles si on n'a des autres une connaissance familière. C'est pour cela que nous les réunissons dans ce recueil, et nous lui avons donné le beau nom, depuis longtemps oubUé, par lequel les Romani d'Italie, de Gaule, d'Espagne et d'Orient désignaient jadis la grande cité où ils étaient tous entrés à leur tour.

[Romania, I (1872), p. 1-22].

(^ suivre.")

L'APPENDIX PROBI

On sait que le manuscrit latin qui porte le n° i6 dans la bibliothèque impériale de Vienne, — manuscrit du viir ou du ix= siècle, provenant de Bobbio, — contient, après VArs minor de Valerius Probus, quelques pages qui ont été publiées d'abord par Endlicher en 1837 dans ses Anakcta grammatica, puis par Keil en 1864 dans le tome IV des Grammatici latmi (p. 193- 204), sous le titre d'Appcndix Probi. Cet appendice se compose de cinq morceaux bien distincts : 1° (p. 193,1 — 196,2) remarques sur la déclinaison; 2° (196, 13 — 197, 18) remarques sur la rection des cas ; 3° (197, 19 — 199,17) remarques orthographiques; 4°(i99, 18 — 203, } 4) différent iae ou remarques sur la différence de sens de mots homonymes ; 5 "(203, 35 — 204, 6) énumération en dix lignes de verbes déponents. Ces morceaux n'ont pas de lien entre eux; le troisième et le quatrième ont seuls de l'intérêt ; le quatrième se retrouve isolé dans le manuscrit 306 de Montpellier, où il est attribué expressément à Valerius Probus {Incipiunt âifferentiae Probi Valeriî). C'est du troisième seulement que je veux dire quelques mots.

L'importance de ce morceau pour la prononciation vulgaire du latin est considérable. Il n'est pas le seul, dans les écrits grammaticaux latins qui nous sont parvenus, qui présente des listes de graphies vicieuses mises en regard des formes correctes, mais il nous offre à la fois la plus riche de ces listes et celle qui contient les formes les plus éloignées des formes classiques, et par conséquent les plus intéressantes, surtout pour le romaniste. Aussi Diez a-t-il souvent cité dans sa grammaire le témoignage de VAppendix Probi, c'est-à-dire du troisième morceau, et M. Seelmann l'a-t-il fait passer à peu près entièrement dans son livre sur la prononciation du latin. M. Paul Meyer a fait

L APPENDIX PROBI 33

figurer, à bon droit, un long extrait de ce morceau en tête de son Recueil de textes bas-latins, français et provençaux. Je pense en donner quelque jour une édition accompagnée de commentaires étendus; je ne veux ici qu'aborder une question préliminaire, sur laquelle j'appelle l'attention des philologues.

La valeur des renseignements fournis par ce morceau dépend naturellement beaucoup de sa provenance; Il serait très important, pour l'histoire de la phonétique latine et néo-latine, de savoir où et quand la liste a été composée, et par conséquent quelle prononciation vulgaire elle représente en la combattant. Je ne sache pas qu'on ait encore tenté de déterminer la date et la patrie de ce précieux petit texte ; peut-être est-il possible, et c'est ce que je vais essayer de faire, d'arriver sur ces deux points à un résultat approximatif.

Le manuscrit est trop récent pour nous apprendre quelque chose ; on juge seulement, par les nombreuses fautes qu'il présente, que le copiste ne comprenait pas ce qu'il transcrivait; le fait qu'il a, sans doute, été écrit à Bobbio ne prouve rien non plus. Pour dater notre morceau, nous avons à l'étudier en luimême : on peut y arriver par des observations ou internes ou externes; en d'autres termes, nous pouvons chercher à déterminer l'époque et le pays où il a été écrit par la présence ou l'absence de certains traits de l'évolution phonétique ou morphologique du latin dont nous connaissons à peu près le temps et le lieu, et d'autre part il peut contenir en lui-même des éléments formels de datation. Je ne parlerai guère que des arguments de l'ordre externe.

Il y a une note qui, au premier abord, semble en fournir un aussi précis que péremptoire, c'est la suivante :

Vico Capitis Africae non vico Caput Africae ^ En effet, nous connaissons par d'autres textes à Rome - un

I . Le manuscrit porte vicocaput non vicocapitis ; dans les trois autres noms de rues qui suivent, le moi vico est également uni par l'écriture au génitif qui en dépend. On sait que dans les indications topographiques, c'est l'usage de mettre vico à l'ablatif. M. P. Meyer corrige à tort vicecaput, vice capilis.

2 Voy. Becker, HandhiicJ} dcr nvin. Alterthiimcr, t. I, p. 508 ; Jordan, Topographie der Stadt Rom., t. II, p. 588, et les auteurs plus anciens cités dans VOiwinasticiim de Forcellini-De Vit au mot Caput.

Mélangi:s g. Paris. î

viens Capitis Africae, situé dans la deuxième région, qui portait encore au moyen âge le nom que notre grammairien signale comme incorrect : viens (ou vieulus) Caput Africae '. Cette rue de Rome devait évidemment son nom à un buste, sans doute colossal, représentant l'Afrique, qui l'ornait ^ Mais ce qui est surtout intéressant, c'est qu'il y avait là un paedagogium, spécialement affecté à l'instruction des jeunes esclaves destinés au service du palais impérial ' ; diverses inscriptions nous font connaître cet établissement, dont les élèves, si l'on peut ainsi dire, portaient le titre de Capuiajricenses^ ; dans plusieurs de ces inscriptions, nous retrouvons la foute même corrigée par notre texte, et qui consiste à traiter Caput Afrieae comme un mot invariable K On est donc tout disposé à regarder ce texte comme composé à Rome, et par un pacdagogns du Caput Africae pour l'usage de ses disciples, à l'époque impériale ^. Une autre note, septi:(0)iiuin non septidoniuni, semble d'ailleurs accuser aussi une origine romaine : on connaît le septidoniuni construit par Septime Sévère et qui resta debout pendant une grande partie du moyen âge 7. Malheureusement, d'autres faits que présente

1. Gregorovius, Geschichte der Stadt Rom im Mith'Iallcr,t. V, p. 627.

2. On connaît à Rome deux autres rues qui portaient des noms analogues, le viens Capitis canterii et le viens Capitis taiiri. Pour ces deux noms nous avons également des textes où vico est suivi de Capnf indéclinable.

3. Voy. notamment Marquardt, Das Privatlebeii der Rœnter, p. 156; Orelli, nos 2685, 2934, 2955; C. /. L., V ,1039.

4. Orelli, 6371 : Alexaiider, Augustoruni serviis, Jitio dulcisiiiio eaputafricesi, qui depiitabatiir inter hestitores.

5. Orelli, 2685 : Niceratus... paedagogus a Caput Africae; de même 2935. Au contraire, au no 2934, nous voyons une liste de paedagogi pncroruiu a Capite Africae.

6. D'après Becker et Marquardt (/. c), le Caput Africae ne paraîtrait que depuis l'époque de Caracalla; cependant Cavedoni (Bulîettino delP Istitiito archeologieo Rûinano, 1850, p. 160) cite une inscription qui, portant le nom d'unM.Ulpius Agathonicus, paedagogus a Caput Africae, remonterait au temps de Trajan ; mais la preuve ne paraît pas décisive; cf. ci-dessous, p. 36, n. 4. L'établissement a dû exister jusqu'à l'époque de Constantin, à en juger par la barbarie d'inscriptions comme celle qui est rapportée ci-dessus à la note 4.

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