‹ Mélanges linguistiques (volume 2)Chapitre 2 sur 60 · ROMANI, ROMANIA · texte numérisé non relu

ROMANI, ROMANIA

LINGUA ROMANA, ROMANCIUM.

Le nom de langues romanes, actuellement reçu dans la science, rend sensible à tous le lien qui réunit les idiomes auxquels on l'applique et l'origine de leur communauté. Ce nom ne leur est attribué que depuis assez peu de temps ; le mot roman luimême, avant d'être réservé à l'usage auquel nous l'appliquons, a reçu souvent des significations plqs ou moins spéciales. L'objet des pages qui suivent est d'étudier l'histoire, le sens primitif, les applications successives et les formes diverses du mot roman et de ceux qui s'y rattachent, et de justifier ainsi le titre que nous avons donné à ce recueil.

Les habitants de Rome se sont appelés de tout temps, dans leur langue. Romanis Ce mot est formé du nom Roma et du

I. M. Moniniscn (Kwinische Geschichte"^. I, 43) admet encore la parenté du nom des Ravines avec celui de Rome, et elle a été également acceptée par M. Cun'ms {Griitidifige der griechischcn Etyiiiologie ', p. 621). M. Schuchardt {Vokcilisimis des Viilgaerlateins, III, 264) semble aussi y accéder, bien qu'avec une autre explication. Je me range beaucoup plus volontiers à l'opinion de M. Corssen (Ueber Atissprache, Vohûisiuus inid Betonwig \ II, 85), qui regarde Roiiia et Raniiws comme deux mots tout à lait différents. En dehors de la très grande difficulté phonétique, il y a au rapprochement de ces deux noms une difficulté historique. M. Mommsen présente le nom de Ramnes

suffixe -aiw-, un de ceux à l'aide desquels la langue latine tirait du nom d'un pays ou d'une ville celui de ses habitants. Longtemps après la soumission de l'Italie et des autres provinces qui composèrent leur empire, les Romani se distinguèrent des peuples qui vivaient sous leur domination. Ceux-ci conservaient leur nom originaire; ils étaient Sabins, Gaulois, Hellènes, Ibères, et n'avaient pas le droit de s'appeler Romains, nom réservé à ceux qui tenaient le droit de cité de leur naissance ou qui l'avaient reçu par une faveur spéciale. Insensiblement cette distinction s'effaça, surtout après que l'édit célèbre de Caracalla eut fait des citoyens romains de tous les habitants de l'empire : In orbe romano qui siint, dit Ulpien, ex constitutione Iinperaioris Antmiini cives Romani effecli siint ' . Le voisinage menaçant des Barbares, qui pressaient l'empire de plusieurs côtés, rendit bientôt plus général l'emploi du mot de Romani pour désigner les habitants de l'empire par opposition aux mille peuples étrangers qui en bordaient et qui déjà commençaient à en franchir les frontières. Les écrivains du iv" et du V siècle parlent avec orgueil de cette nouvelle nationalité ïomaine, de cette fusion des races dans une seule patrie. Oiiis jam cognoscit, dit S. Augustin, ^c/z/^j in imperio Romano qiiae qiiid erant, qiiando omnes Romani facii sunt et omnes Ronmni dicimtiir-. C'est en parlant de l'empire qu'Apollinaris Sidonius écrivait : In qua unica totius orbis civitate soli Barbari et servi peregrinanturK Les poètes ne manquèrent pas de célébrer cette grande œuvre. Les vers de Rutilius Namatianus sont célèbres :

Fecisti patriam diversis gentibus unam ; Urhem fecisti quae prius orbis erat+.

comme plus ancien que la ville (p. 46) et signifiant peut-être « homme des bois ou des forets ». Mais si on peut comprendre (malgré rirrégularité phonétique) que RlIiiiiu's soit dérivé de Roiiia, je ne vois pas comment on peut tirer Ronia du nom des Ramnes, et je ne me rends pas bien compte de la manière dont Féminent historien s'explique le rapport de ces deux mots.

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