I. De Doctr. cl]iist
VERSION LATINE DE l'hEPTATEUQ.UE 63
étrange que cela paraisse, que Yltala ait été composée en Afrique. Il est bien clair, au contraire, que, si ce nom d'Itala a été donné à cette traduction en Afrique (et peut-être dans d'autres provinces), c'est précisément parce qu'elle était étrangère au pa3's, qu'elle venait d'Italie. Elle n'avait pas dû être composée à Rome, car on l'aurait appelée Romana : elle était née dans quelqu'une des communautés chrétiennes de ce qu'on appelait au sens propre l'Italie, c'est-à-dire la partie de la péninsule située entre la Gaule cisalpine et la. Sicile '.
Notre version du Pentateuque n'est donc pas Vltala. Est-ce à dire qu'elle ait été faite en Afrique ? De prime abord, rien ne nous engage à l'admettre ; car ni Tertullien ni Cyprien ne l'ont connue, et, quand même saint Augustin l'aurait eue dans sa bibliothèque, cela ne prouverait absolument rien : l'usage que .paraissent en avoir fait Lucifer et saint Ambroise ne prouve pas non plus qu'elle fût originaire de la Sardaigne ou de l'une des Gaules. Nous devons donc l'étudier en elle-même pour voir si elle porte des traces d'une origine africaine, ou autrement d'une origine locale. Nous avons d'abord à examiner le manuscrit, en ne laissant à l'auteur que ce qui ne peut être attribué au copiste; puis nous verrons ce qu'on peut tirer de la langue elle-même pour la solution du problème. Il va sans dire que les deux questions ne sont pas absolument connexes : si le manuscrit était atricain, à la vérité, il y aurait bien des chances pour que le texte le fût aussi ; mais la réciproque n'est pas vraie : une version faite en Afrique, pays où la littérature chrétienne a eu longtemps son foyer le plus actif, a fort bien pu être copiée ailleurs.
Nous avons vu précédemment que M. Robert ne se prononce qu'avec réserve sur la date du manuscrit deL3^on. Nous sommes tenu à plus de circonspection encore que lui; nous dirons cependant que les paléographes les plus compétents ne voient aucune objection à faire remonter \q Codex Lugdunensis jusqu'au v^ siècle ^ Nous serions porté à accepter cette date : il semble
1 . Ces remarques avaient déjà été présentées, en ce qu'elles ont d'essentiel, dans le compte rendu de la publication de lord Ashburnham, rappelé dans notre premier article.
2. Ce n'est pas l'opinion de M. Ziegler, qui, encore dans son dernier écrit.
qu'au VI'-' siècle on n'a guère dû copier, surtout M'une façon aussi coûteuse, une version antérieure à la Vulgate, qui avait alors pénétré partout. Son triomphe, on le sait, n'eut pas lieu sans résistance ; on a conservé le souvenir de la guerre héroïcomique qui s'engagea dans une église^d'Afrique, parce que le prédicateur, pour traduire le fameux kikajon de Jonas, resté énigmatique jusqu'à nos jours, employait Vhedera de saint Jérôme au lieu du cucurbita auquel on était habitué'. On peut donc croire qu'on copia les anciennes versions en Afrique plus tard que dans le reste de l'empire d'Occident, et il est certain que beaucoup de manuscrits africains passèrent sur le continent. Il serait fort intéressant de réunir ceux qui peuvent être arrivés jusqu'à nous, de les comparer, et de déterminer les caractères communs qu'ils doivent présenter; mais ce travail n'est pas fait, et la paléographie ne peut, jusqu'à présent, rien nous apprendre sur la patrie du Codex Lugdunensis. L'examen de la langue, au point de vue de l'orthographe, pourra peut-être nous donner plus de résultats. Les fautes que le scribe a commises ^ (en dehors de simples lapsus calami, parmi lesquels nous rangeons JHstitix = justifia, deniialum = deiiiixtuiii, itholas = phioîas (^phialas), curare = crurale, oppans =■ oppansa, excoribunt = excoriahunt , heœ = hœ, feniinum = femineum, senientiuin = semcntivum, intuaris = intuearis, tabulas = tubulas, alienigina = alienigena, proie = proice, fabricatio = fabricato, amplus = amplius, depositio = deposito, unus = unius, porficati = piirificati, lapidari = lapidaria, patruum = patrum, holera = choiera, ve — vel, i = in, no = 7ion, émet = semet, pleb=plebs, mandratora = mandracora {inandragora^, ohlatio = ablatio, opugnani = pugnam, etphycarma = cpicharma, e = et, es = est, porfices = forpices, juçunculum = hicunculum, conjuges = conjunges'', etc.)
penche à faire descendre le manuscrit de Lyon jusqu'au vue siècle; mais il ne donne pas d'arguments à l'appui de cette opinion. Voy. Brtichstûcke eiiwrvorhieroiiymianischen tjehersi't~ung des Peiitateiich (Munich, 1885, p. xx).