‹ Mélanges linguistiques (volume 2)Chapitre 34 sur 60 · Je désigne ainsi la fricative souvent notée par y · texte numérisé non relu

Je désigne ainsi la fricative souvent notée par y

5. Cette phase première de l'évolution se remarque bien nettement dans la façon de parler non seulement des paysans, mais de la plupart des personnes cultivées du haut Cotentin : on y \-^vononcc paqi/jet, qiijitter pour paquet, quitter {Q{. plus loin, p. loi.j

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ment dental : qe devient tje, Puis, souvent, dans le groupe ije le / se change en s (jse) ou en s (jse), et très souvent par la suite l'élément explosif est éliminé, en sorte qu'on a simplement i (je) ou s (^se). Bien d'autres combinaisons se produisent encore rien que dans les langues romanes. Le c en position faible est exposé à des altérations particulières '.

On est habitué en philologie romane à désigner l'ensemble de cts phénomènes sous le nom d' « assibilation ». C'est un terme qui me paraît inexact, équivoque et dangereux. La première phase de l'évolution du c, la plus importante et la seule essentielle, cj, ne présente aucun élément sibilant, et il en est de même de la seconde (/y). L'élément sibilant (ou chuintant), quand il s'est produit, ce qui n'est pas toujours le cas, s'est substitué à la fricative palatale qui était venue s'adjoindre à l'explosive; c'est donc un phénomène secondaire. Je ne vois pas de mot unique qui puisse désigner clairement l'ensemble des phénomènes les plus habituels de l'évolution du f ; le terme d' « aôVication » en désignerait bien le point de déport, mais seulement le point de départ. Je crois qu'il est plus sage de s'en tenir à une expression tout à fait générale comme celle que j'ai choisie pour en faire le titre de ce mémoire : raltération (romane) du c (latin). C'est sous le bénéfice de cette remarque que je prie les lecteurs d'interpréter le mot d' « assibilation » qu'ils verront employé plus d'une fois par les auteurs dont je rapporte les opinions.

Le fait, constaté par l'observation phonétique, que l'altération du c, avec toute la variété de ses phénomènes, a pour point de départ une affrication qui a dû commencer par être à peine sen-

I. Il serait très intéressant de rechercher pourquoi le c est sujet à l'affrication dans tant de langues diverses, et comment elle se produit ; mais cette recherche m'entraînerait sur un terrain encore bien incertain et n'aboutirait sans doute pas à un résultat assuré; à plus forte raison en est-il ainsi de l'explication de la substitution si générale de t à c dans le groupe cj. On trouvera sur ces points des remarques précieuses, sinon tout à fait décisives, dans les derniers ouvrages de phonétique, et notamment dans le livre de M. Paul Passy, Etude sur les changejueuts phonétiques, §§ 504-506. En somme ces phénomènes, comme la plupart des altérations phonétiques, sont dus à une influence de contiguïté jointe à un relâchement dans l'énergie.

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sible, détermine le point de vue auquel doit aujourd'hui se placer la grammaire historique. On ne peut plus songer à fixer le moment où le c s'est « assibilé », la transformation de cette consonne s'étant opérée par une série continue et plus ou moins riche et rapide de changements insensibles. Pour que des changements de ce genre arrivent à se manifester dans l'écriture, il faut certaines circonstances qui sont loin de se présenter toujours : il faut ou que l'alphabet oftre des caractères qui aient pour fonction habituelle d'exprimer la nouvelle valeur atteinte par le phonème altéré, ou que les scribes sentent le besoin d'introduire une notation nouvelle pour représenter une prononciation qui, en certains cas, éloigne trop sensiblement le phonème de la valeur ordinairement notée par le caractère qui l'exprime. Ce besoin a été ressenti pour le français quand le k en position forte est devenu ts, et l'on a introduit la notation ch. Pour le c au contraire l'altération variée de la prononciation n'a empêché ni en France, ni en Italie, ni en Espagne le maintien de l'ancienne -notation : le fait que £: se prononçait autrement devant e (/) que devant 11 (0) a semblé suffisamment marqué par la présence même de ces voyelles ; il n'y avait de difficulté que quand, par suite de la chute d'un e (/) intermédiaire, le c prenait devant u (0), a, la valeur qu'il ne devait avoir que devant e (i) : on s'en est tiré de diverses façons (r/, ce, c^, :(, ts, ç, es, ss, s) ou l'on ne s'en est pas tiré ' ; mais on n'a pas eu, sauf quelques essais isolés, l'idée de créer un signe spécial pour noter la valeur prise par le c devant e (/). L'arrivée du c, dans certains lieux et certains temps, à la valeur exprimée d'ordinaire par ^ ou par s a donné lieu à des notations du c par ces lettres, qui sont précieuses pour l'histoire phonétique, mais qui n'appartiennent pas aux phases anciennes de l'évolution. Ces phases pouvaient difficilement laisser leurs empreintes dans l'écriture, sauf peut-être la dégradation de c h cj : celle-ci

I. On sait que le plus souvent au moyen âge on écrit, dans ce cas, simplement ai, co, CH (pieca, façon, recul); c'était au lecteur à se guider d'après le sens. Nous en faisons autant aujourd'hui, avec notre prétention à une orthographe « intellectuelle », quand nous écrivons par exemple /'o///o»5 : le contexte seul décide s'il s'agit de portioiies ou de portahamus (de même couvent est aussi bien co)ivenlnm que cubant).

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pouvait trouver une expression dans la notation ci, qui en latin, après avoir partout représenté c suivi d'un i syllabique, avait de bonne heure, dans les groupes cia, cie, cio, ciu, pris la valeur de c suivi d'un /. Mais en somme nous ne devons pas nous attendre à trouver beaucoup de renseignements dans l'écriture sur les transformations de l'explosive prépalatale sourde.

Ces notions préliminaires nous permettront de mieux comprendre le problème que pose au philologue ce point particulier de l'évolution phonétique du latin, et de nous rendre mieux compte de la valeur des solutions qui en ont été données.

Les Romains ne remarquaient aucune différence entre g, ket c, et en effet la distinction entre ces trois variétés de l'explosive palatale sourde, incontestable au point de vue de leur formation, est presque nulle au point de vue de leur effet acoustique. Un Français non phonéticien ne trouvera pas de différence entre les initiales de corps, car, quel. Les témoignages des grammairiens latins sur ce point sont unanimes ; ils ont été souvent rapportés, et il est inutile de les reproduire de nouveau'. Aussi n'a-t-on pas vu sans quelque étonnem.ent M. Bréal, dans un récent mémoire ^, sembler s'attaquer à un des faits les plus assurés de la phonologie du latin, celui de la prononciation du c comme explosive sourde simple. Le savant linguiste a, il est vrai, dans certains passages, atténué sa thèse de façon à lui enlever ce qu'elle aurait eu, d'après d'autres passages, de paradoxal, mais aussi de nouveau. Après avoir dit : « Nous ne croyons pas que le son palatal', pour se former, ait attendu l'époque où ont

1 . On peut les voir dans Seelmann et ailleurs. Je citerai seulement le passage si caractéristique de Velius Longus sur les graphies cocit et coqiiit, où il remarque : « decentius legitur... coquit, secunda syllaba per </ scripta, quani ut utraque per c scripta enuntietur ».

2. Mânoires de la Société de linguistique de Paris, VII, 152-156. — Je laisse de côté la première partie du mémoire de M. Bréal, où il s'occupe du c devant e, i en hiatus.

3. On voit combien il serait nécessaire de s'astreindre, en traitant des questions de phonétique, à donner aux mots qu'on emploie une valeur précise.

commencé les langues romanes' », M. Bréal se contente de dire en terminant : « Nous croyons pouvoir conclure qu'on a trop simplifié les faits et qu'on a supposé sans raison pour le latin une exception invraisemblable % en affirmant que le ^ a partout la valeur d'une gutturale vélaire. » Mais personne, à ma connaissance, n'a jamais affirmé cela; M. Charles Joret a fondé toute son histoire de l'évolution romane du c latin sur la distinction entre le c qu'il appelle « vélaire » (devant u, o, a) et le c qu'il appelle « palatal » (devant e, /). M. Bréal ralliera donc tout le monde à une conclusion aussi raisonnable, de même qu'à la claire explication qu'il donne de la différence de formation entre g et c. iMais ailleurs il semble aller beaucoup plus loin, et la pensée qu'il parait avoir eue le plus souvent, sinon à tous les instants de son travail, c'est que le ^ latin avait à peu près la valeur de cj K C'est une opinion qu'il est fort difficile de combattre en elle-même, le mot « latin » étant pris ici dans un sens absolument indéterminé, et l'altération du c en cj ayant été, comme on l'a vu, la première étape de sa multiple

Qu'est-ce ici qu'un son « palatal »? M. Bréal dit de même un peu plus haut que le c latin avait « pris de bonne heure une prononciation plus ou moins palatale ». Or, en décrivant le k (c'est-à-dire l'explosive sourde en général), immédiatement après, il dit qu'il se forme <( dans le fond du palais », mais qu'entre ce li: et un e ou / s'intercale un; (= ;), et ce phénomène « représente le commencement de la modification subie par la gutturale, laquelle est dès lors en voie de devenir une palatale, soit qu'elle aboutisse à un kj (= cj), un Ich (= ts) ou un is ». Il est singulier d'appeler « gutturale » une consonne qui se forme « dans le fond du palais » ; mais en outre dans cj cette « gutturale » n'est pas à vrai dire modifiée : il y a seulement un phonème adventice qui s'y ajoute; dans /5 il y a une dentale suivie d'une sifflante, il n'y a aucune palatale.

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