On voit que M. Grôber est loin de juger comme M. Bréal
géographique de l;i prononciation gutturale (explosive sourde simple), palatale (ts), sifflante Qs'), concorde si exactement avec les dates de la romanisation que le hasard paraît exclu. » D'après cela, le c latin était intact lors de la conquête de la Sardaigne et de l'Illyrie, était devenu ts lors de la conquête de l'Espagne et de la Gaule, et ts lors de la conquête de la Rétie et de la Dacie. Si cependant nous nous reportons au résumé chronologique que donne M. Meyer-Lûbke lui-même (p. 351), nous voyons que laSardaigne a été conquise en 238, l'Espagne en 197, l'Illyrie après 167, la Gaule du sud en 120, celle du nord en 50, la Rétie en 15 avant J.-C., la Dacie en 107 après J.-C. Laissant de côté cette dernière province, dont il est très douteux que la langue survive dans le roumain, nous voyons que la romanisation de l'Illyrie se place entre celle de l'Espagne et celle de la Gaule, que, par conséquent, conformément à la théorie, on devrait trouvère intact en Espagne aussi bien qu'en Sardaigne et en lUyrie. Bien d'autres objections se présentent, qu'il est inutile de fliire valoir ici. Ce qui est, pour la question qui nous occupe, d'un intérêt plus direct, c'est la note ainsi conçue : « Que la notation x'Çt = ce n'apparaisse qu'au vi^ siècle dans les chartes de Ravenne ', cela ne veut rien dire. C'était une tradition des scribes d'écrire ■/,£ en grec pour ce latin ; elle dura jusqu'à ce qu'arrivât une école qui, pour une raison quelconque, rompit avec elle. » Diez avait prévu cette explication des graphies gréco-latines de Ravenne (qui est aussi, comme on l'a vu, celle de M. Schuchardt), mais il y avait opposé un rai-, sonnement très valable : « La lettre grecque représente-t-elle simplement le signe latin c ou exprime-t-elle le son guttural? Comme les scribes (de ces chartes) s'appliquaient visiblement à indiquer partout la prononciation vivante, et écrivaient par exemple avvoij.spa-ucu;, ffocy-pi-V., ASYiicp, sans s'occuper de l'orthographe latine, la première alternative est difficilement admissible. » Quoi qu'il en soit, on voit que dans l'opinion de l'auteur de l'esquisse du latin vulgaire l'altération romane de la prononciation du c remonte très haut : elle est au moins du II'' siècle avant notre ère. — Dans sa Grauiiiiaiir des langues
I . Je renvoie pour ce fait à mon étude épigraphique et paléographique.
romanes, en 1889, M. Meyer-Lùbke n'a pas reproduit les idées qu'il avait émises l'année précédente. S'est-il aperçu que les dates de la romanisation de l'Espagne et de l'Illyrie ne coïncidaient pas aussi exactement qu'il l'avait dit avec la façon dont ces pays traitent le c ? A-t-il remarqué que le picard-normand a ts tout comme l'italien et le roman oriental et que d'autre part ts n'est inconnu ni au réto-roman ni au roumain, ce qui rend bien invraisemblable la stratification qu'il avait admise ? Toujours est-il qu'il se contente de dire (§ 403) que « l'histoire de la palatalisation du f est enveloppée dans une obscurité complète ». Des raisonnements d'un autre genre que ceux que nous avons examinés jusqu'ici ont amené récemment M. Pogatscher à conclure que l'assihilation du c en gallo-roman était postérieure à la sonorisation des explosives sourdes intervocaliques : l'ancien saxon acid = acetum notamment nous montre le c intact et le / changé en d (p. 201). Il est vrai qu'il ajoute que le son « que les Saxons entendaient et notaient comme k » était cependant h/i, et qu'il faut remonter, « pour les tout premiers et très légers commencements de l'assihilation, assez haut dans l'époque républicaine ». Son principal argument, dû évidemment à la théorie de M. Grôber, est que l'Espagne connaît, comme la Gaule, l'assihilation encore inconnue à la Sardaigne; mais rien n'empèclie, comme on le verra, que ces deux développements ne soient indépendants. Il ajoute, ce qui paraît plus frappant, que si c n'avait pas été h/i quand les explosives sourdes intervocales sont devenues sonores {p'^-h, t^ d, c'^ g), il aurait dû passer comme elles à la sonore : placère serait devenu plagêre, d'où n'aurait pas pu sorth plaisir. Mais ce raisonnement prouve seulement que c était cj avant la sonorisation des explosives sourdes : plaisir (d'un plus ancien pladsir ") remonte sans doute à plagjère, où le cj s'était affiiibli en gj tandis que le cj de cjervu s'était maintenu, d'où Iserf. Ces questions concernent d'ailleurs le mode de l'altération du c dans les différents domaines romans, auquel je ne m'arrête pas ici; je veux seulement faire remarquer que h ïormt acid est suspecte % étant complètement seule de son