Voir Joret. p
c'est-à-dire que dans le parler populaire de diverses régions éparses dans le nord de la France le c prépalatal français a suivi exactement la même évolution que, bien des siècles avant et d'une façon certainement indépendante, avait suivie le c prépalatal latin en Italie et plus tard dans la péninsule des Balkans. Et de même que le roman de Sardaigne et de Dalmatie est resté fidèle à la prononciation primitive, de même que l'albanais n'est pas allé plus loin que cj \ nous vo3^ons en France l'immense majorité des parlers vulgaires conserver intacts le c prépalatal français, et nous en voyons d'autres qui s'arrêtent à f/, comme le parler vulgaire du Cotentin, d'autres qui poussent seulement jusqu'à tj, comme plusieurs patois lorrains % tandis que ceux qui viennent d'être cités vont jusqu'à ts. Le même phénomène se reproduit en ladin, où l'on a, tout comme en poitevin, tsôr, t'siil, tsiïra pour cœur, cul, curé, et d'une façon non moins spontanée dans le parler créole de la Trinidad, où nous retrouvons tsilotte, tsôr, tsin:(e '. Ces faits, dont il serait facile de citer un bien plus grand nombre '^, suffisent à montrer que l'évolution du c dans la Romania occidentale (la Sardaigne exceptée) a parfaitement pu se produire et se continuer sur divers points d'une manière indépendante ; ils montrent en outre qu'il n'est pas nécessaire, pour expliquer cette évolution, d'attribuer au c latin une prononciation différente de la prononciation normale de l'explosive prépalatale sourde, puisque dans l'ensemble du français (et du réto-roman) le c de quin:^e, cœur, curé, etc., est le c prépalatal ordinaire.
Les conclusions qui me paraissent acquises par cette étude sont les suivantes :
1. Au moins l'albanais qu'on peut appeler normal, car dans plusieurs variantes le c a progressé jusqu'à ts; voir G. Meyer, Gnindn'ss, I, 815.