‹ Mélanges linguistiques (volume 2)Chapitre 47 sur 60 · no · texte numérisé non relu

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3. Me'tn. deVAcad. des inscr., t. XXX, 2^ p., p. 565; cf. Romania, XIII, 485. — On pourrait encore signaler PVLCER dans une inscription d'Aix (Le Blant, n°624) et ARCEPRB dans une inscription de Brives (arrt d'Issoudun) de la fin du vie siècle (Le Blant, Nouveau recueil, n" 222 A); mais ces graphies sont moins probantes, surtout la première, l'orthographe ayant, comme on sait, beaucoup hésite entre pulcer et pukher.

latin étaient souvent écrits en caractères grecs, et le premier sigma d'EPYCICKHnXPON a été machinalement transcrit par c. — Cygostateii pour lygostaten serait écrit, d'après l'éditeur du Codex Theodosianns, Hci^nel, par la prima nianus dans le Tilianus ou Vaticanns, lequel remonterait au commencement du vi'= siècle (Schuchardt, I, 163). M. Léon Dorez, membre de l'Ecole française de Rome, a bien voulu regarder pour moi ce manuscrit (Regina 886, f" 284 r°, 1. 11), qu'il ne croit pas d'ailleurs plus ancien que la fin du vii"^ siècle, et il a constaté que Hicnel s'était trompé : la prima maniis avait écrit gygostaten, dont la secnnda luaiiiis-à barré le ji,'- pour le remplacer par ~; cette fliute n'a donc rien à fliire avec l'histoire du c.

J'arrive enfin à des exemples qui me paraissent authentiques et qui nous montrent réellement la nouvelle prononciation du c établie ou en train de s'établir. Le plus ancien se trouve dans le Fuldensis du Nouveau Testament, que l'évêque Victor de Capoue a revu en 546 et qui avait été écrit pour lui '. On y lit cathe^^i/^atiir et cathe^i:{at pour catechi^atur et catéchisât (Gai., VI, 6). Il n'y a pas à s'arrêter à cette circonstance qu'il s'agit d'un ch = y grec, car ch = yel c étaient identiques en latin vulgaire. Nous avons ici la preuve de deux faits intéressants : l'un qu'au vi^ siècle le :^ avait pris dans l'usage scriptural du latin la prononciation /i- -, l'autre que dans le sud de Tltalie, dès la première moitié du vi'^ siècle, 1er se prononçait /i' '.

:. Voir Lachmann, Novum Teslanietituiii gracce et latine editiim (Berlin,

1842), t. I, p. XXVII.

2. C'est ce qile prouve aussi, mais pour une époque bien postérieure, la notation par :{ à\i c des mots empruntés par l'allemand au latin officiel de l'empire franc, comme lelle, liiis. Dans les gloses de Reichenau (voir plus loin) le i paraît avoir, d'une part, la valeur qu'il avait plus anciennement (biiliia 1096 est le fr. houge, s. d. d'un lat. vulg. btil^ia, et hul:(iolas 419 en est un diminutif), et, d'autre part, la valeur nouvelle : il ne peut signifier que ts dans avortet!\ 827.

3. On pourrait être tenté de révoquer en doute la valeur de cette graphie, parce qu'il s'agit d'un mot grec qui ne faisait pas partie du latin parlé. Mais ce ne serait pas légitime: c'est parce que le mot n'était pas familier au scribe qu'il l'a écrit en s'écartant de 1 1 graphie ordinaire • d'ailleurs il l'a écrit deux fois, ce qui exclut l'idée qu'il aurait machinalement répété d'avance le i de cate-

Un second témoignage, celui-là assez embarrassant, se rencontre dans une charte de Ravenne de 591 (Marini, n° cxxii). Il y est plusieurs fois question d'un personnage, évidemment d'origine barbare, dont le nom se présente sous les formes Tiitano, T:{ita}ii, T^ittane, Ta^iltane, Zitane (1. 5^ 71, 74, 86, 92, 98) '. Dans les quelques lignes en caractères grecs insérés dans le même document, ce nom revêt la forme Ksitavs. Le •/. grec n'ayant jamais pu signifier ts, il faut admettre que le scribe a transcrit un texte latin qui portait Citaiie, ce qui du même coup indiquerait que le c, à la fin du vi'' siècle, se prononçait parfois ts, et jetterait du doute sur la valeur de toutes ces transcriptions grecques (on trouve dans ces mêmes lignes ojv/.îiapou;;,, Po'j7T',-/,£'.av£, Gcova-pr/.ai, etc.). Toutefois le fait est tellement isolé qu'on hésite à lui accorder autant d'importance. La leçon de Marini est-elle bien assurée? On serait tenté de supposer que l'original porte ZsiTavî.

Quoi qu'il en soit, nous retrouvons un exemple assuré de la substitution de :(à ^en latin dans le Bernensis qui contient la traduction d'Eusèbe et qui a été exécuté entre 627 et 699. On y lit vati~inatiir et vati~inati (éd. Schœne, 139 v, 169 c, voir Schuchardt, III, 84). Ce manuscrit est très probablement italien -.

C'est encore à l'Italie qu'appartient la forme curieuse iiiiniisjtia, qui apparaît trois fois dans l'édit de Rotharis de 640 (Schuchardt, III, 84), deux fois dans le seul Fercellensis, et une fois dans les trois manuscrits qu'on en a {Fercellensis, Caven-

chi^at. Une graphie semblable (catha^iiat) se retrouve dans des gloses latinesallemandes de la fin du viii^ siècle (Schuchardt, I, 163), où elle n'a plus, naturellement, le même intérêt.

1. C'est, comme l'a remarqué Marini (cf. Schuchardt, I, 163),' le même nom qui se retrouve dans un acte de 568, imprimé par Muratori, sous la forme T:(itaiiiis.

2. Il est vrai qu'il se trouvait en France, et sans doute à Saint-Benoît-sur- Loire, en 699 (voir Schône, t. II, p. xi); mais la mention de l'empire d'Héraclius, à l'exclusion de toute autre date que celle de la création, dans la note chronologique finale indique, si je ne me trompe, que le manuscrit (en onciales) a été écrit en Italie, peut-être au Mont-Cassin, d'où il aura passé à Saint-Benoît-sur-Loire.

112 LATIN VULGAIRi: ):T LANGUES ROMANES

sis, Eporcâcnsis^. Il n'est p:is probable qu'on ait nulle part à cette époque prononcé s pour r ' ; la graphie si doit être pour tsi, et elle peut s'expliquer par le voisinage de tin et la difficulté de noter le son nouveau du c : écrire ts paraissait trop barbare, et le scribe ne connaissait sans doute pas le nouvel emploi du :^.

Ces divers exemples semblent bien attester pour l'Italie, au sud dès la première moitié du vi^ siècle, au nord dès la fin du même siècle ou le commencement du suivant, la prononciation du c comme ts. En Gaule, nous ne trouvons rien d'aussi ancien. Ni les manuscrits de la loi salique, ni ceux de Grégoire de Tours, ni la vie de sainte Euphrosyne publiée par Boucherie, ni les textes mérovingiens édités avec fidélité par M. W. Arndt, ni les recueils de formules où apparaissent tant de graphies vulgaires, ne nous offrent de notations qu'on puisse interpréter dans le sens d'une altération de la prononciation du c. Les diplômes en fourniraient deux, à en juger par les éditions, mais ils sont plus que suspects.

Pour ^ = c nous lisons :(eterorum dans un acte de l'an 700 publié par Pardessus {App., XIII; Schuchardt, I, 163); mais cet acte n'existe que dans une copie peu ancienne, et cette forme ne mérite aucune confiance.

A plus forte raison en est-il ainsi pour la graphie sisteniae dans un autre acte du recueil de Pardessus. Celui-là serait, dit-on, de 528 ou même de 515 (Diez, I, 234, n.), c'est-à-dire d'une époque où la substitution d's à c est inadmissible; mais c'est, comme l'a montré M. Julien Havet, un faux fabriqué au ix^ siècle, et les copies qui nous l'ont conservé, bien postérieures même à cette date, n'offrent aucune garantie de fidélité ^.

Il faut arriver jusqu'aux célèbres gloses de Reichenau ' pour trouver enfin des preuves certaines de la transformation accomplie dans la prononciation du c. On sait que ce précieux recueil

1. Je ne puis regarder sythara (Schuchardt, III, 84) dans un manuscrit de Darnistadt de Censorinus (éd. Jahn, 30, 14) qu'on attribue au vu^ siècle que comme un lapsus sans signification.

2. Bibliothèque de V Ecole des chartes, XLVIII (1887), p. 213.

3. L'édition la plus complète et la meilleure est en tête de {' AUfraii^ôsisches Lesebuch de MM. Fœrster et Koschwitz (Heilbronn, 1884).

se compose de mots ladns bibliques difficiles à entendre, accompagnés de synonymes restés dans l'usage familier; il a été rédigé en Gaule à la fin du viii'^ siècle ou au commencement du ix'^ '. Le glossateur met généralement bien l'orthographe latine; mais quand il a affaire à des mots qui n'étaient pas connus en latin classique, il lui arrive d'hésiter entre des notations qui étaient devenues équivalentes ou d'en introduire de toutes nouvelles. Or il résulte de quelques-unes de ces graphies que le cj, le /y appuyé et le c devant e, i avaient pour lui la même valeur -, et que cette valeur était ts, comme le prouve la façon dont il écrit un mot d'origine obscure \ anetsare, qui signifie « forcer, contraindre » : il le donne sept fois, six fois avec ts et une fois avec// {anet laver mit a^^i, — anetsaverunt 695, 829, amtsaverit 509, anetset 860, anetsatus 720, anetsor 865). Or il écrit manaces 157, forme déjà toute française, à côté de manatiat 131; il donne de même f m nceîura 1067 et sorccrus 1094, où le c a certainement la valeur de ts "^ .

La preuve apportée par le glossaire de Reichenau touche à vrai dire la prononciation du latin dans les écoles; il en est de même de celles que fournissent les emprunts faits, à partir du règne de Charlemagne environ, par l'allemand au latin écrit, emprunts dans lesquels on voit le \ remplacer régulièrement le c {^elle, xjns, etc.). Mais on est fondé à admettre que la prononciation scolaire et la prononciation vulgaire ont en cela

1. Ceux qui ont vu le manuscrit l'attribuent au viii^ siècle; mais on vieillit presque toujours ces manuscrits. La nature même de ce glossaire montre qu'il appartient à l'ensemble des travaux de rénovation des études grammaticales et bibliques qui fut inauguré par Charlemagne.

2. Je ne cite pas les nombreux exemples de l'équivalence de /; et C] : ils n'ont pas d'importance à une si basse époque.

3. On pourrait croire que ce mot est le latin initia rc ; le sens s'y laisserait plier, et le changement à" in en an n'aurait rien d'insolite (cf. ansidiis 604 et Ronniiiia, XIX, 451); mais le// étant en position faible aurait dû se prononcer 1/5, et il paraît plus prudent de réserver toute hypothèse sur l'origine de ce mot.

4. Ou de Is, si on admet que le picard-normand Is est plus ancien que le français /i et lui a servi de hase, ce que pour ma part je ne crois pas vraisemblable.

Mli.LAKGl.'i Cj. P.\U1î>. 8

marché d'accord, et puisque la première était altérée en ce point à la fin du viir' siècle, on doit croire qu'elle l'avait été plus anciennement : la restauration du latin classique sous Charlemagne a dû trouver la nouvelle prononciation du c bien établie, sans quoi elle aurait maintenu l'ancienne. Rien n'empêche de faire remonter jusqu'au vii<^ siècle le commencement au moins de cette nouvelle prononciation, que nous ne constatons que quand elle a atteint la phase relativement récente Is: L'étude du c gallo-roman et du rapport de son évolution avec les autres phénomènes de transformation phonétique qui ont abouti à l'état subséquent du latin vulgaire de Gaule nous engage à faire remonter les commencements de cette évolution aussi haut que nous le pourrons légitimement. Cette étude dépasserait beaucoup les limites du présent mémoire ; elle trouvera sa place ailleurs. Je me bornerai ici à appeler l'attention ■sur deux points spéciaux. La transformation du c est certainement antérieure à la réduction du qn de qui, quem, à c, puisque autrement l'initiale de ces mots aurait suivi le sort des autres c en position forte. Or ç/// était réduit à ci au ix^ siècle, comme nous l'indique la graphie r/;/ dans EiilaUe. La transformation est également antérieure à la chute des ultièmes et pénultièmes atones; car si placet fût d'abord devenu plact, on aurait eu plait et non plaist, lequel remonte à pladset (de même acinum n'a pu donner aisne qu'en passant par adseiiit et non par acnu). Or les Serments de 842 nous font voir la chute des atones entièrement accomplie, et déjà quelques graphies échappées aux scribes des glossaires de Reichenau et de Karlsruhe attestent qu'elle avait eu lieu au viii^ siècle. Elle a pour pendant la chute des atones immédiatement protoniques non initiales, qui n'était pas non plus accomplie quand le c s'est modifié, car vidsenatu seul, et non vicnatii, a pu servir d'intermédiaire entre vicinatum et l'ancien français visiic. Il est donc tout à fait vraisemblable que c'est dans le courant du vir' siècle que s'est produite en Gaule la transformation du c devant e, i non en hiatus.

[Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1893, p. 81-94.]

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