‹ Mélanges linguistiques (volume 2)Chapitre 48 sur 60 · LE MODE ET LES ÉTAPES DE L'ALTÉRATION DU C EN GALLO-ROMAN · texte numérisé non relu

LE MODE ET LES ÉTAPES DE L'ALTÉRATION DU C EN GALLO-ROMAN

I. — Le r en position forte (c'est-à-dire commençant la syllabe initiale ou une syllabe médiale après consonne) et le c en position faible (intervocalique) n'ont pas reçu le même traitement. Pour nous en tenir au gallo-roman, le c fort (qu'on me permette cette expression abréviative) est traité comme îj tort ou cj, le c fiiible comme tj faible, c'est-à-dire que l'un devient ts, l'autre ds (,v désigne l'^ douce ou sonore). On a donc, d'un côté, fsera, tscrvo, tsertscJIa, part sella -, poltsiiio, poltse, fait se, merise (comme fatsa, litsa, nieiiatsare, solats, matsa, captsare, partsone, cantsone, forlsare, avantsare, etc.), de l'autre vedsino, redsente, madseUare, iiodsita, aiidseUo, padse, vedse, herbidse, nodse,

1. [Gaston Paris avait rédigé d'un seul jet, en 1892, un mémoire intitulé Lassilntation de c devant e, i, dont le manuscrit a été retrouvé dans ses papiers. La première partie de ce mémoire, remaniée et augmentée d'une introduction sur la nature physiologique des consonnes palatales et de conclusions, est devenue l'étude sur t'altci-ation roiiiaiie du c ; de la deuxième, l'auteur avait tiré la lecture foite à l'Académie des Inscriptions, le 17 mars 1893, sur Les faits cpigraptiiques ou palcog'raptjiqiu's altcgtics. en preuve d'une altération ancienne du c latin; en 1904, l'on a imprimé dans la Remania, d'après l'autographe de 1892, la troisième partie, en modifiant la terminologie conformément aux idées émi*s par Gaston Paris dans la première des deux études qu'il avait publiées. A cette dernière partie fut jointe la reproduction de quatre feuillets relatifs au même sujet, mais qui le considèrent sous un autre angle. Ces feuillets sont d'un iormat ditlérent du reste de l'article ; ils semblent avoir été écrits postérieurement à l'article lui-même et en vue de la publication séparée de la troisième partie ; mais le raccord n'a pas été fait et il y a, au point de vue de la chronologie des étapes de l'altétion du c, entre ce second texte et le premier, de légères diflerences.]

2. Pour parti cel la; nous avons ici un cas de chute d'i atone antérieure à l'altération du c : il s'agit d'une première chute d'atones difierente de celle qui caractérise le gallo-roman.

né LATIN VULGAIRH HT LANGUES ROMANES

pladfcl (comme radsonc, meiuidsa, prcdsone, pahidso, enved^are, etc.).

Occupons-nous d'abord de ce second groupe.

Le nouveau diphonème ' ds est commun à toute la Gaule; de bonne heure il a été noté par ~. Il s'est conservé tel quel en provençal, où on a, par exemple, vc:{iu, rayim, ma::^elar, aiL:^el. Dans un cas cependant il a été moditié : la chute des ultièmes l'ayant rendu final, il a, d'après la loi connue, passé à ts, généralement noté par /- : pcit^i "^''^K^ herbit:{, iiot^; et comme en provençal le / final est généralement tombé, on a eu pareillement /)/^7/~ de placet, m)/;(de nocet, etc ^

Au nord, le diphonème ds a eu un sort différent ' : il s'est de bonne heure changé en'yj-, écrit is : on a ainsi veisin, rcisciit, maiseh'i\ noisillc, oiscl (comme raison, meiiuise, preisier) -t. La

1. J'emploie ce mot parce que dans ts, ils il y a réellement deux consonnes. L'union entre une explosive sourde et une 5 suivante ou une explosive sonore et une 5 suivante est si étroite que les Grecs ont été amenés instinctivement à exprimer le groupe par un caractère unique : Ç (.v), Ç (i), •} (ps). Cf. Gutheim, Ueber Konsoiumien-Assiiiulation 'nu Franiôsischen (Heidelberg, 1891), p. 35.

2. Devant 1'^ de flexion le ds paraît avoir également passé à ts : plat:^ = places et place t, HO^:^ = nucem et nu ces.

5. Je ne saurais dire où se trouve la limite entre les deux traitements de ds , le Bocii a :^, tous les anciens textes français ont is (pour Eitlalie, voyez plus loin).

4. Une objection contre cette théorie pourrait se tirer des formes do:(e, tre^e, etc., qui ont dû être dodse, tredse et ne sont pas devenues do]sc, ttrpe (Vi de trei:(e n'est que graphique et moderne). Mais la comparaison du sarde, de l'italien et du ladin prouve que ces mots sont restés très tard proparoxytons : on disait dodesc, tredese, etc., q^and on disait padsc, ledset ; et quand on a dit dodse, tredse, l'évolution de ds à js était accomplie. C'est aussi pour cela que ^0^^, //-qe, etc., ont un e final qui manque aux autres, et que undece, quattordece ont fait oh:^<', (/Hfl/or;;;*; et non once, qiiatorce ou ovi, qiiatori. Mais comment dans ces mots c intervocalique a-t-il produit s et non;5.^ Toujours par la même raison: une pénultième de proparoxyton ne pouvant être qu'f et ne supportant pas le poids d'un y (dodejse proparoxyton n'aurait pas été supportable). Ce raisonnement s'applique facilement à aise dont M. Thomas vient d'indiquer la vraisemblable origine dans aj aces ^adjacens (Roiiiaina,XXl, 513); Va, comme toujours, a conservé longtemps le mot à l'état de proparoxyton, et, tandis que jace( n)s aurait fait gis, ajaces a pu donner aiese, aise. Le :^ de oii^e, etc., a été ds très tard.

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