‹ Mélanges linguistiques (volume 2)Chapitre 49 sur 60 · L ALTERATION DU C EN GALLO-ROMAN I · texte numérisé non relu

L ALTERATION DU C EN GALLO-ROMAN I

chute des ultièmes a dû se produire après ce changement, car pads serait devenu pats et non pais, nods serait devenu iwts et non mis (d. fats, de facio; solats, de solacium; avants, de abantio, etc. ') ; de même pladst aurait donné phtst, et non p/rt/j-/ (cf. cheval tst, decaballicet; menatst, de minaciet; avantst, de abantiet, etc.) -.

Ce changement est fort ancien, et il est commun à toute la France du nord. Il est certainement antérieur au ix^ siècle, car si les Serments ne nous offrent pas de mots de cette classe, nous trouvons dans EiiJaJie deux formes où nous devons l'admettre : belle::pur et doinniielle. Le groupe js y est encore noté par ~, ce qui prouve que cette notation a été commune à toute la Gaule et qu'il existait pour le roman, dès le ix"^ siècle, une tradition orthographique; mais que le :{ pût avoir pour le scribe de ce précieux texte la valeur de js ou de js, c'est ce qui ressort de l'emploi qu'il en fait dans le verbe laT^sier, qui équivaut certainement pour lui à Jaissier, puisqu'il en écrit laist le subjonctif. D'ailleurs, la transformation de ds Qr\ js (respectivement en yj-) est commune à tous les parlers septentrionaux; elle remonte donc à une très haute antiquité.

Cette constatation a une grande importance pour l'intelligence de l'histoire du c en France. On sait en effet que dans toute la Gaule, aussi bien méridionale que septentrionale, à l'exception d'une certaine zone qui comprend la Picardie et une bande de terrain de largeur variable suivant la mer et jusques et y compris le Cotentin, le c fort a donné ts, plus tard réduit as, comme le cj et le tj fort. Dans la zone en question, à ce ts correspond ts, réduit plus tard à s {ts au lieu de ts se retrouve dans l'italien central et méridional et dans le ladin ; dans l'ita-

1. J'indique ici le traitement normal de ces mots, que leur attribuent plusieurs textes; mais dans beaucoup d'autres on trouve un traitement différent, qui ne s'explique pas bien, pour les mots en-ecem, îcem, ôcem : fei-{, herbi:(, croi:(, voi^, noi:(, c'est-à-dire, comme le prouvent les rimts feits, berbits, etc., de sorte qu'on a à la fois le ts et le; de js .= ds. Voyez sur ce point Rotii., XVIII, 591-2, oîi on signale aussi les obscurités que présentent le mot puteus et ses dérivés.

2. Le ts de ces mots est naturellement noté ~ dans nos manuscrits (voyez ci-dessous).

Il8 LATIN VULGAIRH l-.T LANGUES ROMANES

lien du nord et dans les iinciens parlers de l'Espngne on a Is '). On a beaucoup discuté pour savoir laquelle des deux représentations du c fort était la plus ancienne; les uns (Diez en tête) ont vu dans le /i un « épaississement » postérieur du fs ; les autres (M. Joret) ont vu dans le ts un « amincisssement » postérieur du is. On pense aujourd'hui avec raison que, d'abord de cj ou tj fort, puis de c fort, a pu indépendamment sortiraussi bien ts que ts; la question est à examiner séparément pour chaque domaine. Or pour la Gaule, il semble qu'on puisse dire avec une assez grande certitude que tous les dialectes ont passé par l'étape ts. D'abord l'isolement du picard-normand en regard de tout le reste du domaine gallo-roman est frappant -. Mais ce qui est plus concluant, c'est le traitement de c taible ou // faible. Ce traitement, comme on l'a vu, est identique, en picard-normand, à ce qu'il est dans le français du nord en général; il renvoie forcément dans les deux cas à un J.f antérieur, quis'est conservé dans le Midi. Or le développement de c foible et de tj faible en ds a nécessairement pour parallèle le développement du c fort, du tj fort et du cj en ts. Si le gallo-roman du nord avait eu primitivement ts pour c fort, il aurait eu ds pour c faible : c'est ce qui arrive en italien, où le g (= dsj répond au c faible, comme le c (= W) répond au c fort, et où l'on a, par exemple, ugello, dugento, magella, en regard de cervo, pulcino, falce, etc. \ Si le picard-normand avait possédé dès l'origine des formes comme tkrf, tserkier, poltsiii, faits, il aurait eu en regard des

1. Le roumain, dans ses difterents dialectes, présente ts et ts; je ne le mentionne qu'en note, puisque je crois avoir établi que l'évolution duc dans cette langue est tout à fait indépendante de celle des autres langues romanes. En fait, il en est sans doute de même pour le gallo-roman, l'italo-roman, l'hispano-roman et le réto-roman ; mais c'est moins assuré.

2. Le cas n'est pas le même pour la conservation du te devant a qu'on retrouve dans cette région. D'une part en effet nous avons affaire ici à un fait latin, par conséquent sûrement archaïque : d'autre part ce fait se retrouve dans une autre et assez vaste région de la Gaule (le sud, l'est et l'ouest du domaine de la langue d'oc).

5. L'italien présente pour ce fait beaucoup d'irrégularités, dues à l'action de l'analogie ou à des pénétrations dialectales ; mais la forme normale est bien celle-là: cf. Meyer-Liibke, Gramm. des lauo'ues rom., I, §445.

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