‹ Mélanges linguistiques (volume 2)Chapitre 50 sur 60 · L ALTERATION DU C EN GALLO-ROMAN IIQ · texte numérisé non relu

L ALTERATION DU C EN GALLO-ROMAN IIQ

formes comme vedsin, redsent, riiadsekr, odsel, et ces formes existeraient encore aujourd'liui, seulement réduitesà ves!>!,etc.\ au lieu qu'il avait, dès le ix^ siècle, comme le français, les formes veisin, rcisent, maiseler, oiscl, etc. Donc, antérieurement il avait ts et ds, et ts est bien ici un épaississemènt postérieur. Quand cet épaississemènt s'est produit, ds avait passé à )s, ce qui l'a empêché de partager le sort de is et de passer à dSy puis s.

Ces observations permettraient de placer le changement picard-normand de ^i' en ts à une époque relativement récente; mais une autre remarque vient les contredire et oblige au contraire à reporter très haut l'existence, dans la région où nous la trouvons encore, de la prononciation is pour c fort, /y fort etc;. En effet le diphonème ts, en français, ne provient pas seulement de c fort, // fort et ry; il a encore, à la fin des mots, une autre source : il provient àe t om d -\- s originairement séparés par une voyelle tombée : -q < -atis, -atus, -atos; -ei:^ <C -étis, -ëctus, -ëctos; -/~ <C îtus, -itos, -èctus, -éctos; o;^ < -ôttus, -ôttos, ()~ < -ôttus, -ôttos, n\ <;-ûtus, ùtos, etc. ^ Or ce ts final est commun au picard ' et au français, et en picard, il ne se change pas en ti : tandis qu'on trouve, par exemple, fach, brach ; cach, îicrch ; douch, faiich, etc., on ne trouve jamais, par exemple, cach pour ca^, amech pour anie^^, droich pour droi:{^, lich pour liy, poch pour /)o:( ^,

1. Il ne faudrait pas se laisser induire en erreur par le fait que dans certains parlers de la région picarde on trouve aujourd'hui réellement un s pour le c faible et le Ij faible (par exemple en Artois et ailleurs, veliii, oso, rasin ; rason, nicmisi). Cette transformation porte en effet également sur l'ancien groupe is de i" + /' en hiatus {niason, basé, de mansionem, basiare); elle se retrouve ailleurs dans des territoires lorrains et bourguignons auxquels la représentation de c fort, /; fort, cj par ts, s est inconnue.

2. Je laisse de côté, pour plus de simplicité, le :^ qui se développe après n double et i mouillée.

5. Je m'en tiens, pour cette partie de mon étude, au picard, la graphie normande étant beaucoup moins claire.

4. La différence du traitement pour les deux cas est sensible dans ce mot. Il vient d'un thème d'origine incertaine *pôttum et possède un dérivé *pottionem : ce dérivé fait régulièrement poçon en français, pocliou en picard, tandis que *pottus et *pottos, donnent en picard, comme en français, po\, et non * poch.

■»!onrh pour ;;/('//~, roniiich pour roniii:^. Il en résulte que lorsque le groupe Is final s'est formé, c'est-à-dire quand les atones ultièmes sont tombées, le picard avait déjà ti et non ts pour c fort, tj fort etf/, car s'il avait dit en même temps hrats et cals, doits et iiiolts, faits et salts, il est évident que le ts final aurait eu le même sort dans tous ces mots. On ne saurait objecter qu'il s'agit d'une s de flexion et que, dans les noms comme dans les verbes, il a pu y avoir une action analogique, toutes les autres formes pareilles (sujet singulier, régime pluriel, 2^ personne du pluriel) étant terminées par s et non par s, en sorte qu'on leur a assimilé celles-ci. Cette objection serait mal appuyée pour les verbes (puisque toutes les 2'"^' personnes du pluriel sont précisément en ts, sauf celles en -es, qui n'ont pu exercer qu'une faible influence) ; mais en outre elle n'est pas fondée en fait, car des mots qui ne sont ni noms ni verbes se comportent exactement de même : satis, intus, subtus, qui ne sont soumis h aucune influence analogique, deviennent en picard, comme en français, se:(, en'^, so^^, et non scch, ench, soch. Il en est de même de latus, pectus, qui, étant invariables, auraient échappé à l'analogie de la déclinaison. Par conséquent le raisonnement exposé tout à l'heure reste inattaquable. Donc, à l'époque de la chute des ultièmes le picard possédait déjà ts en regard de ts français, et il est dès lors compréhensible que le ts qui se produisit par la chute des ultièmes n'ait pas été soumis à la transformation que le ts ancien avait subie.

Il me paraît difficile de se soustraire à cette conclusion ; mais, d'autre part, on l'a vu, le traitement de c faible et /y faible assure au picard-normand l'ancien couple parallèle ts et ds. Il faut donc reporter très haut le changement de ts en ts en picardnormand, tout en y regardant /5 comme primitif.

Voici, mais à l'état de conjecture aussi réservée que possible, les dates qu'on pourrait, semble-t-il, assigner aux principaux changements phonétiques, intéressant notre sujet, survenus dans la région picarde-normande aux vu'' et viii*-" siècle's, époque féconde entre toutes pour notre langue en évolutions phonétiques décisives, mais malheureusement enveloppées d'une grande obscurité.

Il faut partir de quelques données qui ne concernent pas l'histoire du c, mais que nous n'avons pas le droit de négliger.

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