‹ Mélanges linguistiques (volume 2)Chapitre 5 sur 60 · AA.SS.Jul. 11, p · texte numérisé non relu

AA.SS.Jul. 11, p

lO I.ATIN VULGAIRE I-T LANGUES ROMANES

riliac, qiiidqitid liixnriae, qiiidqiiid mcndacii, inio qnidqiiid vitiorinn csl foinprchci'dcnles ' . Comment ne pas remarquer qu'au bout de dix siècles des appréciations presque semblables sur le « wx-lschen Lug und Trug », sur la « \va:;lsche Sittenlosigkeit », sur la « tiefe moralische Versunkenheit der romanischen Vœlker » se font encore entendre en allemand ?

Le nom de Romani ne se maintint pas au delà des temps Carolingiens. La fusion des conquérants germaniques avec les Romains -, l'adoption par eux, en France, en Espagne, en Italie, de la langue des vaincus, fit disparaître de l'ancien empire d'Occident une distinction aussi générale, remplacée par les noms spéciaux des nations qui se formèrent des débris de l'empire de Charlemagne. Il y eut bientôt, non plus des Romains en opposition ,avec un certain nombre de tribus conquérantes, mais au contraire une nation allemande renfermée dans les limites agrandies de l'ancienne Germanie, et qui, tout en restant divisée en tribus, prit conscience d'elle-même sous le nom de Tiedesc et fut appelée par ses voisins de noms divers, mais également collectifs, — et, à côté, des Français, des Lombards, des Provençaux, des Flamands, etc. Le nom de Romani se maintint cependant dans deux cas, où les peuples qui l'avaient partagé avec les habitants de tout l'empire ne se trouvèrent englobés dans aucune nationalité nouvelle et conservèrent, pour se distinguer des barbares qui les entouraient, l'ancienne

1. Liudpr. de Légat. 12, ap. Perti, SS. III, 350 (le manuscrit porte inimicos nostros, mais la correction se présente d'elle-même ; les mots id est Romanoriuii, intercalés entre 50/0 et iwiiiine, sont évidemment une glosse). — C'est par erreur que Carpentier (Du Cange, s. v. Rouianus) applique ce passage aux Romains de Rome. Il s'agit, comme le montre l'énumération des divers peuples germaniques opposés aux Romains, des gens parlant latin, des IVelches.

2. En France, on sait que cette fusion n'a eu lieu que dans la partie occidentale du pays : les provinces du Nord-Est de la Gaule restèrent allemandes. De là le nom de Fraiici Romani appliqué aux Francs du royaume de Charles le Chauve, et celui de Francia Romaua donné à leur pays; voy. Liudprand, Antapod. I, 14 (Pertz, SS. III, 280), et le passage célèbre d'une généalogie des rois francs : Hic (h l'élection d'Eudes) (//z'/i/n/i/c/i? iiiterTeutones Francos et Latinos Francos (Ib., p. 214), etc.

appellation dont ils étaient fiers. Les Allemands, fidèles de leur côté à la tradition antérieure, appelèrent ces peuples du nom de IValahen, welches, et ce nom leur est resté jusqu'à nos jours.

Ces deux cas se présentent dans des pays où la population romane, par suite de circonstances particulières, vit dans une sorte d'île au milieu d'autres races. Tout le monde connaît maintenant l'existence de la langue si intéressante qui se parle dans le canton des Grisons, et qui se distingue de l'italien avec lequel elle est en contact au Sud. Cette langue est le seul vestige qui ait persisté jusqu'à nos jours de la langue parlée autrefois par les Romani de la Rhétie. On a cru longtemps que les habitants romains de ce pays avaient tous émigré en Italie, comme le raconte Eugippius dans la vie de S. Séverin, et avaient laissé la place libre aux Barbares. Mais des documents nombreux et intéressants prouvent que, longtemps après la conquête définitive du pays par les Alamans et les Bavarois, une population romaine s'}' maintint en groupes plus ou moins nombreux et consistants. Ce fait a été mis hors de doute par Adolf Holtzmann dans un livre où on ne s'attend guère à rencontrer une dissertation de ce genre, dans le livre où il a lancé son paradoxe célèbre sur l'identité des Celtes et des Germains. Les faits qu'il a réunis étant peu connus, je ne crois pas inutile de les reproduire ici, augmentés de quelques autres. On verra que les noms inverses de Romani et Walhen, actuellement restreints aux habitants d'un coin du canton des Grisons, ont eu, dans les contrées rhétiques et noriques, une application beaucoup plus large. L'auteur de la vie de S. Gall raconte que S. Colomban, étant arrivé à Bregenz, sur les bords du lac de Constance, pria son compagnon Gall de parler au peuple, quia ille inter alios eminebat lepore latinitatis, ncc non et idioma (sic) illins genlis. Holtzmann a montré que cet idionia était non pas l'allemand, comme on l'avait compris depuis Walafrid Strabo ', mais le latin populaire, qui par conséquent se parlait encore dans ce pays au commencement du vi^' siècle.

I . il paraphrase ainsi ce passage, dans sa Vie de S. Gall : Otiia ipse haiic a Dûiniiw gratiam acceperat, ni non soin m lalinac scd eliani barharicae locittionis cognilionem non parvam haberet.

12 LATIÎs; VUI.r.AIRE HT I.ANGUFS ROMANES

« C'est ce qui est mis hors de doute par le récit suivant, qui se trouve dans le livre II de la même Inta S. Galli. Quarante ans après la mort de S. Gall un certain Ortwin parcourut avec une grande armée une partie de Thurgovie, brûla Constance et Arbone, pillant et tuant tout sur son passage. Les gens d'Arbone se réfugièrent avec ce qu'ils possédaient de plus précieux à la cellule de S. Gall et y enfouirent leurs trésors. Mais un tribnmts appelé Erchanold qui, étant né dans le voisinage, connaissait tout le pays, les épia et découvrit les trésors cachés. Dans l'espoir de trouver plus, les pillards ouvrirent même le tombeau du saint et levèrent le cercueil, en disant : Isti Romani ingeniosi siint, ideo suh loculnm hvia sua ahsconderunt . Walafrid Strabo met Rctiaui à la place de Rowani : quia isti Retiani callidiiatc jiaturali abundant. Ainsi, à la fin du vu'' siècle, nous trouvons non seulement à Bregenz, mais à Arbone, une population romane ^ » Rctianus désigne encore un Romanus, un ivelchc de la Rhétie pour Ekkehard IV de S. Gall au x'^ siècle : Ille, qiiod risum iiiuJtis moverat, Rhctianus et minus Teutonus, Cot ilf erro respondit, id est, Deus adjuvat (1. adjuvet^ domine -. — Bien plus tard, au xii^ siècle, un comte Henri donnait au monastère de Zwiefalten un pré in terra romana, in pago fValech-

gou nuncupato, in episcopo Curiensi in loco qui Valrun est

nuncupatus. Je ne sais où est ce lieu dit Valrun, mais il ne faut pas croire que cette donation fût faite dans le pays qui forme actuellement le canton des Grisons : l'évêché de Coire s'étendait jusque fort près du lac de Constance et comprenait une grande partie de cette région montagneuse appelée aujourd'hui Vorarlberg; c'est ce qui résulte d'une autre donation, enregistrée comme la première par Berthold de Zwiefalten ; un autre seigneur, à la même époque, fit au même couvent une dona-

1. Holtzmann, 132-3. Certainement c'est IValhe qu'a dit Erchanold. Au reste ce mot ne peint-il pas les rapports entre Romains et Barbares}

2. Pertz, SS. II, 113. Il s'agit d'E!!:^ili)iiis, Favariae praepositus. Ses fautes consistent surtout en ce qu'il ne prononce pas 1'/; de M/ et de herro : ce fait est assez intéressant à constater. — Holtzmann ne cite pas ce passage, mais il en rapporte d'Ekkehard IV un autre qui n'a pas le droit de figurer ici, et qui sera cité dans le courant de ce travail, à propos du mot roiiianice.

tion in partibus JValcchgou in cpiscopio Curiensi juxla urbcm

Muntifort ', et cette ville se trouve dans le Vorarlberg, dans un pays où on ne parle aujourd'hui qu'allemand. Ainsi il y avait encore des Romani dans ce canton au xii'' siècle ; mais on sera étonné de voir qu'un auteur cité par Holtzmann (p. 136) et qui écrivait en 1 616 dit qu'il a encore connu des vieillards dans le Walgau (c'est le IValechgoii de Berthold) qui parlaient une langue semblable au roman de Coire. Dans le district de Montafun qui se trouve un peu au sud du Vorarlberg dans le Tyrol, la langue romane ne se serait même éteinte qu'au siècle dernier -. — Plus au nord-est, dans la Bavière, à côté de l'An;mergau, est un district quia été appelé JValcbgon, JValcbengon, certainement pour les mêmes raisons que le pays appelé terra Roniana près du lac de Constance; ce district, où se trouve encore un endroit nommé Walgou, est désigné par le nom de Wa lohgoi d^ns un acte de 763 ''. On trouvera dans Holtzmann, et surtout dans le Dictionnaire des anciens noms de lieux germaniques de Fœrstemann un grand nombre de dénominations où figure ce mot lualah ; les gens que ces dénominations rappellent se donnaient sûrement à eux-mêmes le nom de Romani. — On trouve au vii'^ et au viii'^ siècle des Romani plus loin encore, dans le district de Salzbourg, en pleine Autriche; ils figurent dans plusieurs chartes de ce pays comme des serfs qu'on donne et qu'on vend, au nombre de 3, de 30, de 80, de I r6 +, mais ils formaient des groupes de population assez compacts, à en juger par la mention d'un vico romanisco et la per-

1. Pertz, 55., X, 113. Il s'agit de la ville de Monttbrt, qui donna son nom à un comté.

2. J'emprunte ce curieux renseignement à une lettre de M. Karl Maurer, qu'a bien voulu me communiquer mon ami G. Monod.

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