‹ Mélanges linguistiques (volume 2)Chapitre 53 sur 60 · L ALTERATION DU C EX GALLO-ROMAX · texte numérisé non relu

L ALTERATION DU C EX GALLO-ROMAX

admettre l'existence d'une torme acedo (comme aussi d'une forme telle que cepado < caepatum), et dès lors le mot saxon ne peut plus nous tournir une date.

Mais sans avoir recours aux emprunts étrangers, l'examen du traitement des palatales en elles-mêmes ne nous engage-t-il pas à faire remonter plus haut que nous l'ont permis les textes la transformation de la prononciation du c? Si le ^ de placere était une explosive sourde comme celui depacare, au moment où ce dernier est devenu^ il a dû en faire autant, et on a dû avoir plagere comme pagare (c'est ce qui est en effet arrivé en sarde) ; or pJagere ne serait jamais devenu plaisir et n'aurait pu aboutir qu'à * plaiir (cf. pagese ■< paiis). Ce raisonnement est inattaquable; mais il prouve seulement que la transformation du c est antérieure à la sonorisation du k; or rien ne nous oblige à faire remonter celle-ci plus haut que le vii*^ siècle ;par conséquent nous pouvons la placer un peu avant le commencement de l'évolution du c. Quand pacare est àt\<:n\i pagare, le c de placere n'était certainement plus une explosive sourde simple. Était-il h/i, comme le veut M. Pogatscher ? Cest peu probable, car on ne voit pas comment de k/i serait sorti plus tard ds, puis ]s. Je pencherais plutôt à croire qu'il était déjà isj et qu'il s'est divisé en îs et d^ en même temps que le h se divisait en k et g. Or non seulement cette division, mais la descente de o- à y sont antérieures à la transformation de k devant a en ts et de g devant a en ds, car quand cette transformation s'est produite, on ne disait ni pacare m pagare, mais déjà pajare. Nous pouvons donc dire que ce rapprochement, qui est valable (au moins essentiellement) pour la Gaule entière, oblige à faire remonter aussi haut que possible dans le vii= siècle, la transformation, au moins commencée, de c en isj, mais n'autorise pas à la faire remonter plus haut.

Nous avons vu que le sort postérieur du c faible, qui est devenu ds, nous engage à admettre que le c, à l'époque où il s'est divisé en fort et faible, était tsj. Par quelles étapes il avait passé auparavant, c'est ce qu'il est difficile de dire, et ce qu'on ne pourrait étudier qu'avec l'histoire de l'évolution de q et //. Mais on peut se demander, si dans la forme /.fy, l'élément y est bien attesté; si on ne devrait pas plutôt admettre Is, dc\ cnix ds

quand il était en position faible. La*présence du y me paraît attestée par Faction bien connue que le c a exercée sur è {%) suivant, l'empêchant de se développer en à, ou plutôt transformant la diphtongue à en/ {cire, cil, merci, etc.) : on ne peut guère expliquer cette action que par la présence d'un y : tsjeire > cire, etc. Le même phénomène se produisant pour c en position faible (plaisir, raisin, etc.), il faut admettre que le / existait encore lorsque s'est produite la séparation du phonème issu de ren fort et faible, en sorte qu'on a eu, au lieu du tsj unique (tsjera, platsjerc), d'une part tsj Qsjera), de l'autre dsj (pladsjere). Il n'était pas non plus tombé quand è (/) est devenu ei, puisque cire, plaisir ne s'expliquent que comme provenant de tsjeire, pladsjeir. On peut aussi admettre que c'est l'existence de ce /, plus durable au nord qu'au midi, qui a amené le changement de ds] en js : rads/oiie > raison, radsjemo > raisim. Ce changement était effectué quand le tsj a perdu son y : il est tombé purement et simplement dans le français général (comme en provençal), tandis qu'en picard-normand il paraît s'être combiné avec ts pour produire is. En prenant pour point de repère les dates que nous avons données plus haut, on peut arriver à la table étymologique suivante :

? cj, tj fort ^ tsj ; t > d.

600 c 'y CJ.

650 cj«c) > tsjU\.

700 l^] k devant a libre devient cj.

720 isj faible devient dsj (/c, q faibles deviennent g). 730 ê (J) devient ei et / après tsj, dsj. 740 dsj devient js dans le nord.

750 [5I tsj devient ts en francien et ts en picard-normand. 780 chute des ultièmes {a > ae ; g (< k) '> J ; g (< g) tombe.

800 k devant a entravé devient cj .

[Roiiiaïu'a, XXXIII, (1904), p. 321-532.]

1. [G. Paris avait d'abord placé en face de cette date ces mots (qu'il a ensuite barrés) : k (a libre) > kj.]

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