LA PRONONCIATION DE H EN LATIN
Corssen, Diez et d'autres savants ont établi par diverses preuves l'affaiblissement de Y h initiale dans la prononciation du latin dès les premiers siècles de l'empire. Un témoignage intéressant, qui ne nous paraît pas encore avoir été relevé, de l'état flottant de cette prononciation nous a été signalé par M. Heinrich, doyen de la Faculté des lettres de Lyon. Saint Augustin, opposant le respect que les hommes ont pour les préceptes de la grammaire au peu de cas qu'ils font de la loi de Dieu, s'exprime ainsi :
Si contra disciplinam grammaticam sine aspiratione primae syllabae oinuiem dixcrit, displiceat magis hominibus quam si contra tua praecepta hominem odcrit quuni sit honio.
(Coiifess., 1. I, c. XVIII, )
On voit par là que la prononciation de 1'/; était à peu près, dans la société cultivée du iv^ siècle, ce qu'elle est aujourd'hui dans la société anglaise. Laisser tomber l'aspiration initiale était une marque de mauvaise éducation qui disqualifiai l un homme. Mais les gens du monde seuls conservaient cette prononciation ; le peuple, comme l'attestent tant d'inscriptions beaucoup plus anciennes que l'époque de saint Augustin ', avait abandonné
I. L'cpitaphc d'Urbaniila à Gcmellac (en Tunisie), publiée par M. Guérin (cf. Jung, Die ■•^ODianischen Lmuhchafteii, p. 156), présente, ce qu'on ne parait pas avoir remarqué, son nom en acrostiche (il ne peut donc y avoir de lacune après le v. 6) : pour faire le dernier a, l'auteur écrit tranquillement Ane pour Hanc en tête du dernier vers.
128 LATIN VUL(;AIR1£ HT LANGUliS ROMANES
IV; depuis longtemps, et les langues romanes n'en ont pas conservé la moindre trace ; car les exceptions plus ou moins réelles qu'on remarque en français et en roumain ne remontent sûrement pas directement à la prononciation latine.
[Roiiidiiiii, XI (1882), p. 400.]
LA DISSIMILATION CONSONANTiaUE