‹ Mélanges linguistiques (volume 2)Chapitre 55 sur 60 · DANS LES LANGUES ROMANES · texte numérisé non relu

DANS LES LANGUES ROMANES

Maurice Grammoxt. La dissiiiiilatioii consonauliqiw dans les langues indo-européennes et dans les langues romanes. Dijon, Darantière, in-8°, 21) pages.

« Tout le monde, dit M. Grammont dans l'introduction de son livre, a parlé de la dissimilation ; chacun en a rencontré des exemples et cité des cas, mais personne n'a jamais établi ce que c'est que la dissimilation. » On s'attend, après cette entrée en matière, à lire du phénomène dont il s'agit une définition et une explication plus claires et plus précises que celles que l'auteur trouve vagues et sujettes à égarer. Toutefois on les cherche en vain. Quelle est l'explication de ce phénomène, si répandu dans toutes les langues, par lequel, quand deux phonèmes ou identiques ou ayant quelque chose de commun se rencontrent dans le même mot ', l'un d'eux est rendu plus ou moins « dis-

I. La (iissimiLntion d'un mot à l'autre est un phénomène assez rare, au moins en apparence, car il est peut-être plus fréquent qu'on ne !'a reconnu jusqu'ici. M. Grammont (p. 93) cite l'explication, très plausible, du fr. orme donnée par M. Môhl ; on aurait dit un olme (d'où le fr. ounic, oiiiuel, conservé dans beaucoup de noms de lieux), mais Vomie, qui s'est ensuite généralisé (M. Môhl a constaté dans un manuscrit médical l'alternance régulière de Viuxere et les ulcères). Peut-être faut-il expliquer de même les formes arniana dans beaucoup de patois, aniiosiie (attiiiôiie) en anc. français, arcove, tircool, etc., dans le français populaire (voir Meyer-Lûbke, Graiiiiii. des 1. roui., I, § 482). Lefr. armetàdil sans doute être rangé dans la même classe (il ne saurait venir d'arme, comme le dit l'auteur, p. 114, avec le Dictionnaire gcné rai) : c'est l'esp. almete, introduit au xvi'-' siècle et dont la forme dissimilée Varmet pour Falmet s'est généralisée ; iirmet au xivc siècle, dans Girard de Roiissillon, MiIlangus Ci. I'akis. ^ 9

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semblable » de l'autre, parfois jusqu'à être supprime ? A-t-il une origine physiologique ou psychologique ? Comment se fdit-'û que dans les mêmes langues il coexiste avec le phénomène absolument contraire de l'assimilation ? L'auteur ne répond pas à ces questions et ne les pose même pas. Au reste, les questions mêmes auxquelles son livre est particulièrement consacré n'y sont pas traitées dans leur ensemble. Il faut souvent conclure sa pensée de ses remarques incidentes, il faut parfois la deviner. Ainsi on sent bien qu'il regarde la dissimilation comme devant s'exercer fatalement, à un moment donné, dans les langues qui la pratiquent, sur tous les mots qui la comportent, mais il ne formule pas expressément cette loi et se contente d'expliquer à l'occasion pourquoi des phonèmes qui sembleraient, dans tel ou tel mot d'une langue, devoir être dissimilés ne le sont pas. Semblablement il résulte bien d'une parole jetée en passant (p. 32) qu'il se rend compte que la dissimilation, au moins dans les langues romanes, s'opère presque exclusivement sur les liquides ou nasales', mais il ne s'arrête nulle part à ce fait.

appartient à la phonétique franc-comtoise (voir Meyer-Lùbke, I, § 480) et est un doublet de notre armet. Il v aurait sans doute plus d'un fait de ce genre à observer dans la prononciation populaire : les dissimilations ainsi produites sont de leur nature essentiellement momentanées, et n'arrivent que rarement à se généraliser. Il faut remarquer d'ailleurs que celles qui viennent d'être notées se produisent entre l'article et un autre mot et que l'article qui élide sa vovelle finale est si étroitement soudé au mot qu'il détermine qu'il fait presque corps avec lui. — C'est encore un phénomène du même genre que le changement que subit en espagnol le pron. h quand il précède la, los, la, las: se lo, etc. pour /(' lo, etc. (anc. esp. gelo, etc., sans doute pour felo). Et on peut aussi rapprocher de ce fait ce qui se passe en ancien français, où /(■, la, le^ sont supprimés devant//, lui, lor : jo (le , la, les) li, lui, lor doius.

I . La dissimilation d'autres consonnes est assez rare. Il \- en a toutefois des exemples (voir Grammont, p. ioo-io2)pour le(/ dans les langues romanes: esp. Guaritaiia,quijarudo, Madrileiio, esp. port mentira (sous l'influence, certainement, de mentir), et il faut remarquer que c'est une liquide qui remplace le (/ (toutefois dans le languedocien ^^^/«(/l' < dinde, guindoun <i dindon, le d est dissimilé en i,)-). Il faut ajouter aux liquides; {yod) {\o\r\x. digiuno, drieto) et surtout v, que M. Grammont ne mentionne pas ; est-ce qu'il ne reconnaît pas de dissimilation dans z'/wi«H5>prov. anc. fr. via^, vivenda >» pr.fr. vianda} 11 est vrai que ces mots ne paraissent rentrer dans aucune de ses lois, mais le fait

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si important, pour l'expliquer ou même le constater. Après avoir posé en principe qu'il est nécessaire d'établir les lois de la dissimilation pour montrer qu'il n'y a pas dans l'évolution phonétique des langues un domaine livré au caprice et soustrait à l'empire « des lois phonétiques qui font l'orgueil de la science moderne », il jette tout de suite le lecteur iii médias res et fait défiler devant ses yeux vingt « lois » difficiles à bien comprendre du premier coup et qui semblent souvent se contredire, avec leurs applications d'abord dans les langues romanes, puis dans les langues indo-européennes. Il ne fait rien pour guider le lecteur dans ce dédale et semble prendre plaisir à l'y laisser chercher péniblement sa voie. Les titres courants, qui seraient si nécessaires, manquent en haut des pages. La Table des matières, placée sur une page presque introuvable, avant les Indices, est rédigée avec une concision qui oblige, si l'on veut avoir sous les yeux le contenu de l'ouvrage, à s'en faire une plus détaillée, et, comme par une malice voulue, le chapitre intitulé Conclusions, qui, en quatre pages, donne au moins le résultat général du livre, est omis dans l'w Index des divisions principales ». Ces lacunes et ces obscurités, que n'atténue pas une exposition souvent très concise, font que le livre est d'une lecture laborieuse et qu'il faut s'y reprendre à plusieurs fois pour bien saisir la pensée de l'auteur. Dans les ouvrages qu'il ne manquera pas d'écrire à l'avenir, nous espérons que M. Grammont prendra soin de mieux éclairer sa lanterne, car ce qu'il y montre est fort intéressant et vaut l'effort qu'il faut faire pour le discerner.

L'idée même du livre est originale et d'une vraie portée. « Pour bien comprendre, dit l'auteur, les lois que nous exposons, il est nécessaire de se placer à notre point de vue, c'est-à-dire de considérer la dissiniilalion indépendante de telle ou telle langue, en dehors et en quelque sorte au-dessus des langues.... Pour telle ou telle langue en particulier, ce qui n'est pas notre point de vue, les lois sont des possibilités ; elles sont la

n'en est pas moins très probable (on sait qu'on a expliqué de même les l'ormes prises en roman par -ebam, la flexion de l'imparfait, qui est devenu -cd, sur le modèle, croit-on, à'aveva -< babebam). — Les dissimilations de c, g, en 5, { sont d'une nature assez différente.

formule suivant laquelle la dissimilatioii se fera, si elle se fait. » Ce sont donc des lois Jibsolument générales que l'auteur a voulu établir ; il ne les a exeniplifiées, il est vrai, que dans une famille de langues, mais elles lui paraissent tellement fondées sur la nature qu'il ne doute pas qu'elles ne s'appliquent à toutes les langues possibles. Ces lois, comme le disent les Conclusions, se ramènent à une formule très simple : « La dissimilation, c'est la loi du plus tort. » De deux phonèmes sujets à dissimilation, c'est le plus faible qui perd une partie de ses éléments constituants, quelquefois qui disparaît entièrement. Mais en quoi consiste la force d'une consonne (car M. Grammont s'est restreint aux consonnes ') relativement à une autre identique ou analogue ? Il y a d'après lui trois causes de supériorité pour une consonne : la première est de se trouver dans la syllabe accentuée ; la seconde est d'être appuyée (explosive suivant immédiatement une implosive) ou au moins non combinée (faisant partie d'un groupe dans une même syllabe); la troisième est de se trouver vers la fin du mot. A chacune de ces trois conditions correspond un groupe de « lois », les lois i-vii pour la première, les lois viii-xvi pour la seconde, les lois xvii-xx pour la troisième. Mais l'auteur ne nous dit nulle part ce qui se produit lorsque deux lois sont en conflit, si c'est la première, la seconde ou la troisième condition qui domine. On pourrait peut-être, en y regardant de près, l'extraire des exemples qu'il donne, mais cela serait d'autant plus pénible qu'il n'est pas arrivé à classer ses diverses lois avec toute la rigueur qu'on souhaiterait. Ainsi, dans la première partie, après que les lois i-v nous ont montré des toniques dissimilant des atones, les lois vi et vu nous montrent des toniques dissimilant des toniques (une implosive dissimile une appuyée ou une combinée) : il ne semble donc pas qu'ici la force de la consonne qui persiste soit due à l'accent^. Dans la seconde partie, où il s'agit de lois « ne dépendant pas de l'accent d'intensité », nous

1. L'auteur s'est occupé de k dissimilation des voyelles dans un travail antérieur (voir les renvois donnés à la page 183).

2. Les lois VI et vn semblent d'ailleurs assez douteuses. De la loi vn il n'v a pas d'exemples romans, et je n'en parle pas ; de la loi vi, il n'y a que Sorlin <^Satitiiiiuuiu : voir plus loin. ■

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trouvons cependant la loi xiii, d'après laquelle une appuyée dissimile une implosive atone, la loi xv, d'après laquelle une inîplosive dissimile une combinée atone, la loi xvi, d'après laquelle une intervocale dissimile une combinée atone, et il semble dès lors qu'ellesaient quelque chose à faire avec l'accent. A plus forte raison en est-il ainsi des lois de la troisième partie : la consonne la plus voisine de la fin du mot appartient bien souvent, au moins dans les langues romanes, à la syllabe qui porte l'accent, et l'on se demande à quoi l'auteur discerne que c'est sa place dans le mot et non son accentuation qui lui donne de la force : ainsi Sorlin<CSaornin < Saturninum est rangé dans la première partie, et orphelin < orphaninum dans la seconde ; il semble cependant que dans les deux cas nous ayons le même phénomène '. Le principe même d'après lequel les consonnes voisines de la fin du mot sont ^\\is fortes que les autres paraît contestable; M. Grammont l'appuie de considérations subtiles qui n'entraînent pas la conviction. En tout cas, c'est un genre de force très différent des deux premiers, qui sont fondés sur l'intensité physiologique de l'émission des consonnes, tandis que celui-là n'aurait qu'un caractère psychologique. Il y aurait encore quelques objections à faire aux théories de l'auteur-, mais je m'y arrêterai d'autant moins que je ne saurais comment résoudre les difficultés que je soulèverais. Ce que je veux surtout dire après ces réserves, qui sont plutôt des points d'interrogation,

1. Notez d'ailleurs ce que dit l'auteur à ce propos (p. 36-57, et cf. p. 44- 45) de l'intensité de la syllabe accentuée, qui ne commence qu'avec la voyelle quand la consonne initiale est simple. On aurait souhaité qu'il s'étendît davantage sur ce point et définît ce qu'il faut entendre par l'intensité tonique en tant qu'elle affecte les consonnes.

2. J'ai beaucoup de peine à admettre, au moins pour le français, les explications sur la force variable d'une consonne initiale suivant que le mot précédent se termine par une voyelle ou une consonne. On sait que la consonne initiale du latin est, en français, conservée telle quelle à peu près sans exception : cela ne serait pas arrivé si la phonétique syntactique avait joué un rôle aussi considérable que le pense l'auteur. La consonne initiale, en latin vulgaire (sauf quelques exceptions dialectales), peut être considérée comme étant toujours en position forte, c'est-à-dire comme équivalente à une consonne appuyée.

'est que le travail de M. Grammont est une œuvre de premier ordre, qui révèle à chaque pas un linguiste exercé, doué d'une grande pénétration, sachant voir les aspects les plus divers des questions qu'il aborde et mettant un esprit très lucide au service d'une méthode rigoureuse. On avait déjà observé ces qualités dans les essais antérieurs du jeune maître de contérences à l'université de Montpellier; elles éclatent dans ce livre, qui lui assigne d'emblée un rang éminent parmi les membres de notre école linguistique. La thèse de M. Grammont — • car c'est une thèse de l'université de Paris — fait assurément honneur aux maîtres auxquels il l'a dédiée comme au disciple qui a si bien profité de leurs leçons : il en a profité surtout pour être original, ce qui est la meilleure £içon d'être un bon disciple. La science peut attendre beaucoup de lui. Il faut surtout relever dans son ouvrage les chapitres où il étudie les causes qui s'opposent à l'action normale des lois de la dissimilation et où il renvoie, presque toujours avec évidence, à d'autres causes des phénomènes attribués d'ordinaire à celle-ci. Il y a là des analyses et des observations très fines, et qui donnent la solution d'un grand nombre de petits problèmes restés pendants ou mal résolus. Gnâceà M. Grammont, bien des obscurités et des incertitudes dispararaissent de l'étude des langues qu'il a considérées, et le grand travail de l'édification d'une phonétique indo-européenne vraiment scientifique lait un progrès marqué dans le sens de la régularité et de l'harmonie. La dissimilation était jusqu'ici regardée comme une sorte de terrain vague où l'on rejetait pêle-mêle une masse de faits que n'expliquaient pas les lois ordinaires, et dès lors toute l'ordonnance linguistique était compromise dans son principe même. « Mais si la dissimilation ellemême est soumise à des lois, tout se tient dans l'édifice, l'ensemble est complet, et il ne reste plus qu'à parfoire les détails. »

M. Grammont avait voulu d'abord étudier exclusivement la dissimilation dans les langues indo-européennes, mais en examinant à ce point de vue le grec, le vieux slave et le latin, il ne trouva que des faits peu nombreux et obscurs. Dans le latin vulgaire et les langues romanes, au contraire, il rencontra des exemples en abondance, et ces exemples lui semblèrent pouvoir se classer d'après des lois. Il changea donc son plan de recherche,

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s'attacha surtout aux langues romanes, et fit passer au second rang les formations linguistitiues plus anciennes. Cette seconde partie de son travail échappe à ma compétence, et je ne m'occuperai, dans les remarques qui vont suivre, que de celle qui concerne les langues romanes. Je ne reviens pas sur les « lois » en elles-mêmes, et je ne fais que soumettre à l'auteur un certain nombre d'observations de détail. Si j'ajoute quelques exemples à ceux qu'il a réunis, ce n'est pas pas pour lui reprocher de les avoir omis, car il n'a nullement eu la prétention d'être complet ; c'est pour apporter une petite contribution au trésor des mots romans et surtout français ' où la dissimilation s'est exercée et pour éprouver l'exactitude des règles de l'auteur en des cas qu'il n'a pas eu l'occasion d'examiner. Je suis l'ordre même du livre pour présenter ces observations détachées ^.

P. 27 et 3 I l'it. fraie est donné comme dissimilé pour f rat re ; je suis plus porté à y voir le vocatif fratcr, car f rate, comme on sait, ne se dit que des moines et a surtout été employé en leur parlant.

P. 28. « BrieuUes (Meuse) = Briodurnm. La dissimilation a dû se produire à la phase Brjordre. » Cette phase n'a jamais existé, 1'/ de Brlodurum ayant toujours eu une valeur syllabique. BrieuUes rentre donc non dans la loi ii, mais dans la loi viii.

P. 30. Le fr. prostrer n'était pas à citer : c'est un néologisme formé sur le mot savant prostré. Si les formes correspondantes de l'italien, du portugais et du provençal ne sont pas savantes, il ne faut pas expliquer l'absence de dissimilation par le fait que « le sujet parlant y sentait le préfixe si fréquent pro » : ce préfixe ne peut être admis qu'en italien ; ailleurs il n'existe pas ou est remplacé par por > .

P. 33. A côté de pèlerin l'anc. fr. possède la forme perelin, qui paraît contredire toutes les lois posées par l'auteur; mais

1. Il V aurait certainement beaucoup à trouver dans les variantes si nombreuses de l'ancien français et dans les parlers populaires actuels.

2. Je note ici les pages où sont réunis en tableau les résultats de la dissimilation (p. 96-102); ce tableau aurait mérité un plus long commentaire.

3. L'explication de l'esp. poslrar (p. 31) est tout à fait fantaisiste.

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on peut admettre qu'elle n'est qu'une métathèse de pckrin due aux nombreux mots terminés en -//;/.

P. 3 3, 3 5, 139. A côté du mot patois aloiidrole on aurait pu citer l'anc. fr. alondrclc, provenant lui-même de la forme alondre <i arondrc ; cette forme ahvidre qui n'est pas citée non plus, aurait dû l'être à côté de l'esp. alondra.

P. 40. L'explication du lat. vulg. cinquc pour quinqiie est assez compliquée et peu probante : on s'attendrait d'autant plus à quince que le qu initial aurait dû être maintenu par quintus, qniudecim. Je croirais volontiers que la dissimilation a commencé par qiiinqna^inia > cinqiia^inta, où le qu dissimilé n'était pas tonique, et a ensuite prescrit à celle de quinqiie'^ cinque la forme qu'elle a prise. Je ne sais pourquoi l'auteur ne cite pas déjà ici la dissimilation parallèle de qiierqiieduJa (lui-même formé par assimilation) en cerquediila (d'où cercedula par assimilation), qu'il mentionne ailleurs (p. 169), et qui est intéressante en ce qu'elle nous montre la dissimilation et l'assimilation s'exerçant à plusieurs reprises sur le même mot, et cela en dépit de l'onomatopée '.

P. 41. L'auteur dit avec raison que le fr. rare est savant, mais l'anc. fr. possédait rer et ce rer avait été dissimilé en rel, comme le montre l'adv. relnienî pour rerement -.

P. 42. Le fr. nape est donné comme une dissimilation pour Diapedç iiiappa ; j'ai grand'peine à admettre une pareille influence àu.p sur 1';// ; le changement de /;/ en n se retrouve dans nate de matta (it. inapptx, mat fa) ; je crois que ces deux mots, qui paraissent tous deux de provenance africaine (punique ?), variaient pour l'initiale dans leur langue originaire et ont pénétré dans la Romania sous deux formes différentes. J'en dirai autant de lucspihiin, qui a conservé son m dans des formes françaises co^nme mcspe, iiièplc ou nicsle ; le gr. [j.iiz'.Koy, d'où le latin nicspUus, est un mot étranger qui a pu, de sa langue

1. Le sarde mérid. circuredda semble au premier abord avoir conservé le second qiiAu mot latin qucrquedula ; mais il se rattache plutôt au gr. •/.=py.oucîç, que Varron donne, à tort d'ailleurs, comme étvmologie au latin querqucâida.

2. Voir Ron/aiiiii, XVI, 587. Rcliiit'iil si: trouve encore dans la Vie de saiiili' Catherine yi. p. Jarnik et dans la Rè^^te de s.iiiil Benoit en vers p. p. Héron.

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propre, pénétrer indépendamment avec une n dans les pays romans.

P. 50. « Loi XI. De deux consonnes séparées par la coupe des syllabes, l'explosive dissimile l'implosive. » Les exemples sont ail ma, aiimalia, min muni et quelques autres', devenus arma ou aima, etc. A mon avis, il ne s'agit pas là d'une véritable dissimilacion, ou du moins c'est une dissimilation qui a lieu dans de tout autres conditions que les autres : il y a, pour les langues où elle se produit, impossibilité phonétique à prononcer ;/ devant m, et n se change en / ou en r comme, dans les groupes analogues, / se change en r dans plusieurs parlers romans, s tombe, etc. Il me semble qu'il y avait lieu de mettre à part cette catégorie toute spéciale. Puis la règle ellemême, dans sa généralité, est inexacte : elle s'applique à nm, mais non pas à mn, où c'est l'explosive qui est dissimilée dans l'esp. m(J))r.

P. éi. Le vieux français, comme l'italien du nord, possède la forme meltri^ (meautri^, mtautri:0 pour mcretricem. De même (p. 62) l'anc. fr. a les formes cecJe, covecle, relevées seulement ici dans un patois.

P. 68. « Fr. sanglant provient non pas de sanguilentus , qui n'est qu'un barbarisme, mais de sangumanfe devenu par dissimilation sangnilante. » L'auteur tranche ici un peu vite, comme il lui arrive quelquefois, et il est dans l'erreur. Sanguinare en gallo-roman du nord est devenu saignicr, et sanguinante n'a pu donner que saignant ; sanglent en ancien français a -ent et non -ant ^ et n'est donc pas un participe présent. Sanguilentus "est peut-être un « barbarisme », mais, comme bien d'autres que les grammairiens auraient ainsi qualifié, il appartient au latin vulgaire et il y est attesté'. Voilà donc un exemple de dissimilation à rayer du livre de M. Grammont, qui en a rayé tant d'autres.

1. Urlarc est en tout cas autre chose, la dissimilation remontant à la phase unilare.

2. Dans les poèmes qui distinguent ciil de (7///, il assone ou rime en ent et non en aiU ; si dans quelques poèmes normands il rime en ant (Suchier, Reinipredigt, p. 71), c'est qu'on l'a assimilé aux participes présents.

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