‹ Mélanges linguistiques (volume 2)Chapitre 58 sur 60 · Cf. ageîoignier pour agenoillier · texte numérisé non relu

Cf. ageîoignier pour agenoillier

2. Notons à ce propos que l'anc. fr. possède sinon la forme soreil, attestée dans des parlers franco-provençaux, au moins le verbe sorcillier, asoreillier (voir Godefroy), à côté de soleillier, assoleillier.

3. Cette étymologie a été contestée (voir Kôrting), mais à tort : voir Roinattia, t. XV, p. 454.

4. Méiii. (le la Soc. de ling., t. VIII, p. 540-341. La forme primitive serait contrelier, de contra ligare ; mais ce composé n'a aucune vraisemblance. Les

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contraire ' ne permet pas de douter de l'identité des deux verbes contraliier et contrariicr, empruntés au latin, comme le montre l'accentuation.

P. 118. M. Grammont, tout en croyant que les formes romanes de Jusciniolum qui remplacent IV initiale par une / peuvent être dues à une dissimilation, préfère expliquer ïr par l'influence de biriindiiiein. Cette hypothèse me paraît peu vraisemblable ; mais il Eiut réellement admettre que l'r de rossignol et de ses pareils n'est pas due à la dissimilation, puisqu'on rencontre en bas latin la forme roscinia, où la dissimilation ne saurait être en cause ^.

P. 119. L'idée d'expliquer la forme populaire Jiims pour lilas par l'influence du nom de femme Lina, à cause des noms de femmes pris à des noms de fleurs, comme Rose, Marguerile, est bien peu probable, Lina étant un nom étranger et peu répandu, nias étant masculin, et Va des deux mots étant différent.

Signalons, p. 121, la très plausible explication des verbes italiens c/;/6'(/('n', conqiiidere, intridere, fiedere''. par l'analogie et non par la dissimilation. En effet, la terminaison en r de l'infinitif ne provoque jamais de dissimilation, par la raison (que l'auteur indique à un autre endroit) qu'elle est trop isolée dans l'ensemble des formes verbales '^.

formes du fr. coiitralcier, coutraloier, sont issues de co^/n/Z/Vr sous l'influence de leier, hier. La Chanson de Roland emploie indifféremment conirarier et contralier. Notez encore contralios à côté de contrarios, conlraUelè pour contiarielc.

1. Aux exemples de conl raille donnés dans Godefrovon pourrait en ajouter d'autres.

2. Voir par exemple fahresbericht ûber die Fortschritte der rom. Philologie, t. II, p. 70.

3. A côté de ficdere on a fedire, qui semblerait bien être une dissimilation de ferirc ; mais c'est sans doute une altération dc/erire sous V'mûuencQ da fiedere.

Quant -àfiedere, le point de départ en est probablement dans feggia, feggono, semblables à chieggia, chieggono de chiedere. Chiedere lui-même, d'après M. Grammont, aurait été assimilé à vedere à cause de son participe chiesto, analogue à visto ; mais chiedere et vedere n'ont pas la même accentuation : il faut plutôt penser à l'influence des parfaits en -si de radere, prendere, etc., pareils à chiesi.

4. Malgré cette remarque, M. Grammont voit dans l'anc. Ir. peure un exemple de dissimilation (p. 48, 49), sans s'expliquer sur la contradiction. A

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Dans le second clupitre de cette partie, intitulé Suffixes ci préfixes, l'auteur pose et appuie d'exemples probants la proposition suivante : « Il arrive souvent qu'un suffixe ou un préfixe fréquent vienne prendre la place d'un suffixe ou d'un préfixe plus rare, ou même d'une finale ou d'une initiale incomprise. La modification introduite par là dans le mot est très souvent analogue à celle que produit la dissimilation. » Un de ces exemples est contestable. P. 128 : « SoDiinelier n'est pas sorti de sommerier par dissimilation, mais il a été tiré directement de la finale -eJier de tonnelier, bourrelier, etc., comme en v. fr. on avait tiré du même mot sommelier au moyen de la finale -etier de muletier, honnetier, e;c. » Je l'admets pour sommelier, mais non pour sommelier. Il y a en effet d'autres mots en -rier qui ont été dissimilés en -lier et auxquels cette explication ne peut convenir. Tel est avant tout l'anc. fr. boulier, « souteneur de filles », qui répond certainement à un germe hurœre '. Cellararium parait avoir donné très anciennement ceUalarium (anc. Ir,. eelelier), dissimilé une seconde fois d'une part en cellanarium (d'où l'ail. kellner, qui montre la haute antiquité de cette forme, et l'a. fr. celenier) et d'autre part en cenalarium, d'où l'a. fr. cenelier. La commune de Passelières dans l'Yonne s'appelait en latin Passer arias. Notez encore a. fr. chaielier=chaierier {cathedrarinni) -. Il semble résulter de ces exemples que -rier a été maintenu, quand le primitif terminé par r était encore pleinement présent

mon avis il n'v a pas là de dissimilation proprement dite ; mais la question de la conjugaison de prendere en ancien français est très compliquée ; elle demanderait un examen spécial que je ne puis lui consacrer ici.

1. On tire 'généralement boulier d'un primitif /aw/c, qui signifierait « lieu de débauche », mais ce mot est très mal attesté : il ne se trouve que dans un vers de fableau (Montaiglon et Raynaud, CXVII, 30) où sur deux mss. l'un a fouh\ et l'autre porte bien bonle, mais donne au vers une syllabe en moins. D'ailleurs les formes fréquentes borier, bouricr, bi/n'er ne s'expliqueraient pas si VI était primitive.

2. Dans niorlch'er pour nwrtcricr, la dissimilation est sans doute due à Vr précédente (voir ci-dessus, p. 1 38). L'anc. fr.f/;fl;-/A'»/f;- est-il une dissimilation

de thv Ircricr (qui lui-même est pour chuicricr de cbartrier) ? J'en doute, et je croirais plutôt à l'existence d'un subst. ckirlrou, qui existe comme nom propre, mais dont il ne nous est pas arrivé d'exemple : on trouve chartronier à côté de cbart renier.

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à Li conscience Çpoirier, couturier, etc.), mais s'est dissimilé quand on l'avait oublié.

Dans le chapitre suivant, ]J)is phonétiques, l'auteur a réuni (( un certain nombre de faits que l'on cite généralement comme étant des dissimiktions et qui en réalité reposent sur des lois phonétiques toutes différentes ou sur des étymologies fausses ». C'est encore un excellent morceau, et je ne trouve pas d'observation à y faire.

La troisième partie, consacrée à la réduplication, nous intéresse surtout par le chapitre intitulé : La superposition syllabique. L'auteur y montre :^\qc beaucoup de pénétration que ce qu'on a appelé la dissimilation syllabique (chute de l'une de deux syllabes pareilles consécutives) n'existe pas. « La prétendue dissimilation syllabique ne se produit que dans la composition et la dérivation. Lorsque à un thème vient s'ajouter un mot ou un suffixe dont la syllabe initiale commence ou finit par la même consonne que la syllabe finale du thème, l'une des deux syllabes est éliminée, et celle qui subsiste présente le vocalisme de la seconde. » C'est ce que l'auteur appelle la superposition syllabique (zinsx vSkcciyt'sr,: de -/.e/vaivo et vs^yjç est pour •/.£Aaivovs(pr,ç, qui n'a jamais existé). Les applications de cette loi sont peu nombreuses en roman : je citerai l'anc. fr. artimaire, de arte mathematica, qui présente le phénomène bien rare de la superposition bisyllabique (ar[tema]theniatica') ' , Neté, chaste (p. i6o) n'offrent assurément pas de dissimilation syllabique, mais ne sont pas non plus des contractions de ncteté, chasteté ; ce sont les formes plus récentes de ncteé, chasteé (de même conté, duchc<^ conteé, ducheé^.

Le dernier chapitre concerne la dissimilation dans les mots à redoublement. Je ne suis pas convamcu que dans les mots où la syllabe initiale est tombée devant une syllabe identique ou commençant parla même consonne il n'y ait pas quelque chose comme une dissimilation syllabique {paver pour papaver, it. vaccio.

1 . Voir à ce sujet quelques exemples nouveaux et d'intéressants rapprochements donnés par M. A. Risop dans la Zciischrift fur ivni. Philologie, XXI, 547-

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pour vivaccio, etc.), et lu liste donnée en note de mots où la syllabe initiale tombe sans cette condition demanderait à être soigneusement examinée. Mais le principe qui domine le chapitre est juste, à savoir que les mots à redoublement sont soustraits aux lois phonétiques quand la valeur sémantique du redoublement est encore sentie, et l'on y trouve des remarques très intéressantes (notamment p. 169) sur ce qu'on pourrait appeler le redoublement factice : quand un mot présente deux syllabes consécutives qui commencent par deux consonnes différentes mais présentant un certain nombre de caractères communs, on croit souvent y sentir un redoublement et on le crée en identifiant les deux syllabes ; c'est ainsi que Johun est devenu Muni, cerqueduJa en latin querquedida et en roman cercediila, verhena en it. herbena et en fr. verveine.

Dans le cours de ce compte rendu, qui laisse de côté, il ne faut pas l'oublier, toute une partie du livre, et non assurément la moins importante, j'ai déjà ajouté quelques exemples de dissimilation à ceux qu'a réunis l'auteur. Je vais terminer en présentant une petite liste, qui est bien loin d'épuiser la matière, ne se composant que de mots qui me sont revenus cà la mémoire ou que le hasard d'une lecture faite à ce moment même a mis sous mes yeux. Cette liste pourra servir en même temps de contrôle au travail de M. Grammont, en ce que j'essaierai d'indiquer pour chaque mot la loi à laquelle est soumise la dissimilation qu'il présente ; je ne suis pas bien sûr de tomber toujours juste, pour les raisons que j'ai dites plus haut, et quelques mots seront réfractaires, mais la plupart me semblent effectivement rentrer dans les cadres établis par l'auteur. Je donne d'abord les mots français, qui sont beaucoup plus nombreux, ensuite quelques mots appartenant à d'autres langues romanes \

Ane. fr. aiivom' = arbïtriuni. M. Grammont ne cite pour la loi V que l'it. alhitrare, esp. alhedrio, et remarque que albifro doit son / à aJbitrare ; mais en français arbilrare n'est pas représenté, et dés lors ouvoinr rentrerait plutôt dans la loi xvii. Il faut y

I. On trouvera de nombreuses additions, tirées surtout des dialectes du nord de T Italie, dans un récent travail de M. C. Salvioni (Ouisqui^jHe etiiiiologiche, Nozze Rossi-Teiss, Bergame, 1897, p. 413-414); le savant linguiste italien se montre assez sceptique à l'endroit des lois de M. Grammont.

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