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2. Sauf les Saxons de Transylvanie, qui ne sont là que depuis le xiii^ siècle. 5. La non-continuité du latin en Dacie, et la date relativement récente delà
reprise de possession de cette province par les Roumains, faits qui me paraissent démontrés par M. Rœsler, sont d'une grande importance pour la philologie romane. On regardait jusqu'ici le valaque comme représentant la langue parlée en Dacie par les Romains, langue qui, à partir du ni'^ siècle (Aurélien abandonna la Dacie en 274), se serait développée dans un isolement complet. Il résulterait de cette opinion que tous les phénomènes communs au valaque et aux autres langues romanes devaient être regardés comme remontant au moins auiiie siècle. S'il en est autrement, si le valaque représente la
Le nom de Romani, on le comprend, n'a pas désigné les habitants de l'empire qui parlaient latin uniquement par opposition aux barbares germains. Ils l'ont aussi employé pour se distinguer de leurs autres voisins : seulement l'appellation correspondante de Walahcn fait ici naturellement défaut. Ainsi en Afrique les Romani que nous trouvons appelés de ce nom à l'approche des Vandales ' se nommaient ainsi antérieurement, par opposition aux indigènes restés étrangers à la domination ou à la langue romaine -. — De même, quand l'Armorique se trouva occupée par des tribus parlant celtique, les nouveau-venus, continuant sans doute l'usage qu'ils avaient déjà dans la Grande- Bretagne, appelèrent Romani leurs voisins, habitants des provinces gauloises romanisèes '.
Il résulte de tout ce qui vient d'être dit que les habitants de l'empire romain, quelle qu'eût été leur nationalité primitive, se désignaient, particulièrement par opposition aux étrangers et surtout aux Allemands, par le nom de Romani. Ce nom leur resta, dans les différents pays où les envahisseurs s'établirent, tant qu'il subsista une distinction entre les conquérants et les vaincus. En Occident il disparut généralement vers le ix*^ siècle pour faire place aux noms des nationalités diverses sorties de la dislocation de l'empire parles tribus germaniques; il se main-
langue des Romani de rillvricum et de la Mésie, il a été en contact avec le reste du domaine roman jusqu'à l'invasion slave, et a pu par conséquent subir encore au v^ et même au vi^ siècle les influences qui se faisaient sentir dans le reste de ce domaine.
1. Sur les Romani en Afrique, voyez, outre les textes cités plus haut, la Vie de S. Augustin par Possidius, AA. SS. Aitg. Yl, et le livre de Papencordt, Geschichte dcr vandalischen Herrschaft in Afrika, Berlin, 1837.
2. On a beaucoup discuté pour savoir si on parlait encore punique en Afrique au temps de la domination romaine. Le fait est mis hors de toute contestation par les témoignages nombreux que contiennent les œuvres de S. Augustin. Seulement le punique n'était employé que comme patois, et la plupart de ceux qui le parlaient entendaient le latin.
3. Voy. Concil. Tiironense, a. 567, ap. Labbe, V, 854 : Britanninn aul Romamim in Armoriai ; Vila S. Sanisonis, AA. SS. Jiil. VI, II, 1 1 : Britannonim Romanorumque ultra citraqiic marc. [* Vov. le Romanum Brilaniiiac, Rev. iircheol., 1862, p. 83.]
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l8 ^ LATIN VULGAIRE ET LANGUES ROMANES
tint toutefois plus longtemps,- et subsiste encore au moins par son dérivé, dans le petit pays de Coire. — En Orient, il continua à désigner les habitants romanisés des provinces au Sud du Danube qui ne se fondirent pas parmi les populations illyriennes, grecques, germaniques^ slaves ou mongoles, et il les désigne encore jusqu'à ce jour. — Le mot Roinanus se traduisait en allemand par Walah, mais jamais les Ro?]iani n'ont pris eux-mêmes cette dénomination; elle s'est maintenue en allemand (où Romanus est inconnu) pour désigner les peuples romans pendant le moyen âge, et n'a pas encore tout à fait disparu; elle s'est particulièrement attachée aux deux peuples qui ont gardé le nom de Romani, aux Chiirwœlschen et aux Walachen \
Sur le nom des habitants de l'empire on fit un nom pour l'empire lui-même. Il était dans l'esprit populaire de substituer une désignation courte et concrète aux termes de imperiuin Ronianum, orbis Romanus. On tira de Romanus le nom Romania, formé par analogie d'après Gai lia Graecia Britannia, etc. L'avènement de ce nom indique d'une façon frappante le moment où la fusion fut complète entre les peuples si divers soumis par Rome, et où tous, se reconnaissant comme membres d'une seule nation, s'opposèrent en bloc à l'infinie variété des Barbares qmles emouraient. Ce nom était populaire et n'avait pas droit d'entrée dans le style classique; aussi l'époque où .il nous apparaît pour la première fois est-elle évidemment bien postérieure à celle où il dut se former; les textes qui le donnent l'emploient uniquement par opposition au monde barbare devenu l'objet de toutes les craintes, la menace sans cesse présente à l'esprit.
I. Le mot lualah, qui offre dans son origine et dans son histoire plusieurs particularités intéressantes, sera prochainement l'objet d'un travail spécial dans cette revue. — M. Diez (Gramnt. ^ I, 128) dit que les Wallons des Pays- Bas, à la différence des Valaques et des Welches de Coire, ont accepté le nom que leur donnaient les Allemands. Nous reviendrons ailleurs sur ce point.
La Romania avait à peine pris conscience d'elle-même qu'elle allait être ruinée au moins dans son existence matérielle. Cette réflexion mélancolique est naturellement suggérée par le passage suivant, où se trouve à ma connaissance le plus ancien exemple du mot. C'est au commencement du V siècle qu'eut lieu, dans la grotte de Bethléem où vivait saint Jérôme, l'entretien suivant, qui roulait sur le roi goth Ataulf, devenu un allié de Tempire après avoir songé à le détruire complètement : Ego ipse, dit Paul Orose, virum qiiemdam Narbonensem, illustris snb Theodosio militiae, etiam religiosum prudentemque et gravent, apud Bethlchem oppidum Palaestinac bcatissimo Hieronymo preshytero refereniem audivi se farniliarissimum Ataulpho apud Narhonam fuisse, ac de eo saepe snb testificatione didicisse quod ille, cum esset aniino viribus ingenioque nimius, referre solitus esset se in primis ardenter inhiasse ut, obliterato Roinano noinine, Romanum onine soluin Gothoruui imperium et faceret et vocaret, essetque, nt vulgariter loqiiar, Gothia quod Romania /«m^^ \ — A peu près à la même époque nous retrouvons ce mot dans des circonstances plus tristes encore. L'autre grand docteur chrétien de ce temps, S. Augustin, assiégé dans Hippone par les Vandales, reçoit des lettres des évêques de la province qui lui demandent des conseils sur ce qu'ils doivent faire dans le péril et le désastre commun, et il leur répond sur la conduite à tenir en face de ceux que son biographe Possidius, alors enfermé avec lui, appelle illos RoDianiae eversores ^ Romania ne signifie pas seulement ici, comme le veulent les BoUandistes, ditio romana in Africa; il n'a plus même simplement le sens de Romanum imperium que lui donne Du Cange; il a pris une signification plus générale, celle de monde romain, de civilisation romaine opposée à la Barbaries ' qui va la détruire.