AND A IN
Dans les discussions étymologiques toujours renouvelées sur l'origine d'aiîdare, anar, aler, on a souvent fait intervenir le mot français aiidain, qui attesterait l'existence ancienne au nord de la Gaule du verbe andare. 11 est invraisemblable, à première vue, que si *andare s'est changé en aJer, *andamen soit resté immuable. Je pense depuis longtemps quaiidain, ainsi que les mots qui lui répondent dans diverses langues romanes, ne se rattache nullement à un verbe ander, mais est le latin indaginem. Je voudrais justifier brièvement cette hypothèse au point de vue de la forme et du sens.
Pour le français, la forme ne présente aucune difficulté : -ahi répond correctement à aginem comme dans plantain, prova m; le changement de en initial en an n'a rien d'anomal. Les variantes des anciens exemples s'expliquent sans peine ^.
1. De là encore fast raille (Cotgrave : « Fatraille. Trash, trumpery, thiugs of no value »).
2. M. Godefroy, outre aiidni, endain, tindain, endtn, dont il apporte des exemples, enregistre les formes endaitn, endeain, endan, enden, endcnt, qui
458 NOTES ÉTYMOLOGiaUES
Parmi les formes dialectales il s'en trouve trois qui ne peuvent représenter directement indaginem, c'est andaine, andel et andée, mais on peut les y ramener indirectement. ^^/J^mc existe en Hainaut ', où il a pris plus ordinairement la forme oiidaine^, et on le rattache à un bas-latin andena-, mais ce bas-latin, qui n'apparait qu'au xiii*^ siècle en Normandie 5 et en Angleterre +, peut seulement attester l'existence d'andaine dans le parler de cette époque; andaine s'explique facilement si l'on admet qu ajidain, comme indaginem, était originairement féminin : le genre a entraîné la forme, comme il est arrivé si souvent \ tandis que dans andain devenu masculin la forme a changé le genre. — Andel paraît attesté d'une part par la forme latine andelhis dans un acte de la Dombes du xv^ siècle (Carpentier), d'autre part par le dérivé andeli (Grandgagnage),^wû?// (Remacle) en wallon. Il faut y voir sans doute une simple substitution de suffixe. — J'en dirai autant du bourguignon andée, attesté par La Monnoye : ce mot remonte sans doute à un ancien andain féminin, au suffixe duquel on a substitué le suffixe connu en -ce.
seraient plus notables et dont, chose singulière, il ne cite aucun exemple. Endaim ou andaim renverrait à andamen, mais on sait que des graphies analogues se rencontrent souvent à une époque où n finale et m finale étaient confondues. — Endent, d'après Carpentier (dans Du Cange, s. v. Andena), était usité au xviiie siècle par les paysans du pavs de Dombes, et l'on croyait y reconnaître un dérivé de dent : c'est une étvmologie populaire. — La forme ondaiii, qui s'explique également par une fausse étvmologie, est déjà mentionnée par Furetière, et est aujourd'hui encore usitée dans plusieurs parlers provinciaux, par exemple en Poitou (Favre), en Anjou (Ménière), en Hainaut (Hécart, Sigart) ; la plupart de ceux qui ont recueilli ces formes les regardent comme primitives et les rattachent à owJ^ ; parfois même on déchre andain fautif (voy. Favre).
1. Je ne doute pas qu'il ne faillie lire andaine pour andame dans le Dictionnaire rouchi -français d'Hécart, qui emprunte ce mot à un petit vocabulaire de Saint-Remi-Chaussée, par Blanchart, imprimé à Maubeuge en 1823.
2. Hécart et Sigart ne donnent qu'ondaine, qui atteste suffisamment l'existence antérieure d'andaine. Littré, par une faute d'impression, attribue au « rouchi )) ondainie au lieu d'ondaine.
3. Voyez un acte de 1247 cité dans Moisy, Dict. du patois normand.