‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 11 sur 151 · Voy. Rom., XXIII · texte numérisé non relu

Voy. Rom., XXIII

En dehors du français du Nord, nous rencontrons notre mot sous les formes les plus diverses. Dans le Midi de la France on trouve actuellement, d'après Mistral, audivih ou endanh (auvergnat), aiidan on eiidaii (prov.), et à côté ^«^/rt//;(langued.), nalh et nai (gasc), eiidai (prov.), endal (languedocien). Audmih (sauf l'initiale dont nous reparlerons) est tout à fait correct s'il vient d'indaginem; andaii en est un affaiblissement qu'on retrouve dans plantari, sartaii; le verbe audagna (forézien) représente indaginare. Quant aux autres formes, elles sont le produit d'une confusion avec le verbe eiidaJha ou eridaia, d'où le dérivé eudalhado, endaiado, signifiant « l'espace qu'un foucheur fliuche d'un coup » et remontant au mot dalh « faux » ; dal et dai sont des transformations parallèles de daJh (cf. dalhado, daiado) ' .

En italien nous rencontrons andaua, auquel il faut sans doute rattacher l'abruzz. andeiiate, « chef des moissonneurs ». Que -aginem ait donné en italien -ana,Q\\ passr.nt par a/Vm, c'est ce que M. Flechia a mis hors de contestation dans sa belle étymologie de fniiia ^ voraginem et ce que confirme la forme sarde audaiiia -. Le même mot se retrouve dans le port, andaina et dans l'esp. andana '. Quand à l'anc. esp. andaïuio, anc. port. aiidaifiic, andaimo, andamo, béarn. audanii (Lespy), signifiant (( marche » et « chemin de ronde », puis « galerie, échafaudage », c'est certainement un autre mot, qui probablement se rattache à andar ^ : aucune des formes dérivées d'indaginem ne présente, naturellement, Vm d\vidaiuîo, etc. \

T. La forme uiidaie (= einhilh) paraît avoir pénétré dans la France du Nord, si je comprends bien la fin de l'article de Littré.

2. Voyez encore la note de M. Ascoli sur pania := propagine m (Arch. GJott., X, 466).

3. Il n'y a aucune vraisemblance dans l'étymologie arabe proposée par M. de Eguilaz.

4. Les étymologies arabes qu'on a proposées jusqu'à présent (voy. Eguilaz) s'appuient uniquement sur le sens d' « échafaudage >% qui est particulier à l'espagnol et dont on peut suivre le développement dans cette langue.

5. Le hainuver andanie, qu'on en rapproche d'ordinaire, a été écarté plus haut.

4^0 XOTES É'IYMOLOGiaUES

Mais au rapprochement des mots provençaux, italiens et espagnols avec in dagi nem ne peut-on pas opposer l'initiale an, qui ne représente régulièrement é';/ qu'en français? Non, car divers exemples nous prouvent que in initial atone se changeait volontiers en an déjà en latin vulgaire. Le plus frappant est indùctilem, devenu en fr. audouiJJe\ en prov. andiiecho, audoiilho, etc. (Mistral^), en' esp. audullo', en ladin andiicbiel, et probablement en italien du nord andiija et en anc. napolitain andogUa'^. On pourrait ajouter, dans les différentes langues, bien des exemples du même phénomène à ceux qu'on relève dans Diez, comme esp. atubidos, it. ancude, piém. anciiso '\ pr. angiva, it. angiiînaglia, etc. ; mais le fait est suffisamment évident : il rappelle d'ailleurs cette tendance à donner plus de force à la voyelle initiale atone dont M. Ascoli a montré les effets dans une autre direction ^.

Le sens le plus généralement commun aux divers représentants romans d'indaginem est bien clair : c'est celui de (( chemin étroit, trace, file ». Ainsi en sarde (Spano) andaiua signifie « ordine, fila », et l'italien audaua signifie « file d'arbres, — sentier entre des arbres, — chemin étroit que suivent les cor-

1. Cette étymologie a été inutilement contestée par M. Baist; vov. Ro}ii., XI, 163.

2. Mistral nous offre généreusement trois étymologies, dont la première au moins pourrait séduire, si celle d' indùctilem n'avait pas été établie par Diez : pour andonio induculam et edulium, pour auduecho le grec âvoo'jO'.a. Edulium avait déjà été proposé par Huet, indusiola par Ménage; indupla l'avait été par Le Duchat. Génin se moque de ces trois savants, qui n'ont pas vu qu'<7;;Joî////^ vient de in et dolium (Recr. phiJol., t. I, p. 82).

3. Je n'oserais pas affirmer que ce mot, dont tous les sens sont figurés (poulie, tambour de basque, carotte de tabac), appartienne originairement à l'espagnol : le portugais ne le connaît pas.

4. Le mot nuocrlia actuel vient de Vannocrlia. D' Ambra v voit bien à tort une « atténuation » de lumo^lia, qu'il tire d'involucrum. — Le nom du type populaire piémontais Gianduja paraît être pour Gidu audnja (cf. Hansivurst)\ toutefois je ne trouve pas andiija en piémontais.

5. Aj. le frioulan ancuin, vén. ancu^ene, napol. ancuuia^ etc. ; mais les formes avec en- existent d'ordinaire concurrement.

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