‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 19 sur 151 · Var. vascaudas, vascandes · texte numérisé non relu

Var. vascaudas, vascandes

3. Voyez sur les altérations de cette glose (barcaudas, harcandas) Lœwe, Prodrotmis, p. 62. Tous les passages ci-dessus sont réunis ou signalés dans VAUceltischer Sprachschati de M. Holder, col. 354.

4. Je ne sais pourquoi le Dictionnaire latin Q.uicherat-Chatelain traduit par « cnxtllQ, petit vaisseau à laver ». Georges dit avec plus de raison: « eine grosse Kumme, ein Spùlkump von Metall (Silber, etc.). » Pourquoi mentionner l'argent?

5. Borel (Trésor de recherches et antiquités, 1665, aux Secondes additions^ enregistre Bascauda, d'après Martial, et y ajoute « bascade, corbeille, en Anglois baskel{sic) « ; bascade est sans doute de son invention. Sainte-Palaye lui emprunte ce renseignement et Roquefort c^^^s\, en ajoutant bascaude a bascade : de cette façon l'identité est complète. Et pourtant baschoe est le seul correspondant régulier de bascauda.

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c'est un vaisseau de bois ou d'osier, d'assez grandes dimensions, servant surtout au transport des liquides et aussi de certains solides. « Près Paris, dist Fauchet, nous appelions bachoiies des hottes d'ozier serré pour porter la vendange pilee. » Cotgrave dit de même : « Bachouë, a kiud of flat-sided basket, of îuicker, close luoven, and pitched in ihe inside ; nsed in lime of Vinta^e. » En Lorraine, encore aujourd'hui, la bachoue est la hotte en bois dans laquelle on porte le raisin ou le vin de la vigne à la cuve et de la cuve au pressoir'. Le mot s'est dit aussi d'un grand vaisseau, en osier ou en bois, où on transportait le pain : « Pour une paire de baschoues (var. baschoes) neuves pour porter pain en l'office de panneterie. . . » (Comptes de l'Hôtel -). Une variante par changement de suffixe est baschole : « Après mist les raisins en ses bacholes, 141 5 ; Pour deux baschoJes pour porter le mortier, 13845. » — Le mot paraît exister encore en français; du moins le Complément du Dictionnaire de r Académie française (1842) contient l'article suivant : « Bachou, s. m. (technoL). Sorte de tonneau, ouvert par le haut, qui sert de hotte pour transporter le raisin de la cuve au pressoir. On se sert aussi d'un bachou pour transporter les boyaux de la boucherie dans l'atelier du boyaudier. >> Il est possible que baschoue, prononcé puis écrit bachou, soit devenu masculin, comme écrou pour escroue; toutefois ce dernier mot avait une autre raison pour changer de genre, c'était son initiale vocalique ; aussi ai-je des doutes sur le genre réel du mot actuel bachou '^. — Le Complément a en outre : « Bachon.

1. C'est ce qu'on appelle en Champagne un âandetin ou danâerlin.

2. De là haschoier, « celui qui est chargé de porter ou de faire porter les haschoes ».

3. De là baschotee, contenu d'une haschole : « La poaslee, qui vaut la bacholee environ, 1570. »

4. Le guernesiais possède un mot hachauds, que Métivicr ne donne que comme pluriel (ce qui est inadmissible d'après le sens) et comme masculin, ce qui paraît douteux; il signifie '< paniers carrés à cheval faits de barreaux de bois ». Je suppose qu'il faudrait : « Bachoe, s. fém. » — Métivier renvoie à bascauda (d'où sa graphie), aux prétendus hascade, hascaiide, et aux mots celtiques discutés plus loin.

|-0 XOTHS ÉTYMOLOGiaUES

Voy. Bachou. '» Il ne s'agit sans doute ici que d'une de ces fautes typographiques que nous savons, depuis les piquantes révélations de MM. Hatzfeld et Thomas % avoir créé tant de fantômes de mots. Littré a les deux articles que voici : « Bachox, s. m., ou Bachoqe, s./., grand vaisseau de bois pour transporter les bovaux au lavoir, etc. — Étym. Voy. bâche (au sens d'aui^e, bassin). » On voit que hachoiie est nettement donné comme féminin. Le mot n'a pas été, que je sache, relevé en ancien provençal ; mais Mistral donne le gasc. bascojo, « panier à mettre les grenouilles' », qu'il rattache avec raison à bascauda; il faut seulement admettre une forme intermédiaire bascaudia. On peut encore rapprocher, mais sans certitude, hascaiilo, « bourriche, panier servant au transport du poisson ' ».

La correspondance de haschoc avec bascauda n'est pas douteuse; mais il y a peut-être un autre mot français qui se rattache au vieux mot « britannique ». Si nous supposons, ce qui n'a rien d'invraisemblable, que dans le celtique bascauda l'accent était sur le premier a, on a très bien pu avoir en roman une double forme : bascauda avec déplacement de l'accent, et bascauda avec chute de la partie finale du mot. (Ct. Némausum >> pr. Keinse (Nimes) et Nemâusum > fr. Neiiios (Nemours) -^. Je serais très porté à reconnaître bascauda dans notre mot bâche ; on le rattache d'ordinaire à bac, mais la longueur de 1'^ exclut cette hypothèse et atteste l'existence d'un ancien baschcK II est possible que les divers sens rangés

1. Row., XX, 464. — Le Dict. gén. n"a aucun des mots relevés ici.

2. MM Lespy et Raymond donnent : « Bascoyes, fém. pi., paniers attachés a un bat et qui pendent des deux côtés. » C'est absolument le guernesiais hachaiids ou bacboes.

3. Métivier cite, d'après Métivier de Saint-Pau, un gasc. bajot te que ]tnà\ pu vérifier.

4. De même pour le mot grec ïy/.ajaTov, fr. eHcjue, sic. inga, d'une part, et it. inchiostro < enc[l]âustrum de l'autre.

5. On n'a relevé ni hache ni hasche dans des textes anciens. — M. Godefroy a un mot hache, « caleçon », qui a une histoire assez plaisante. Carpentier a ajouté malencontreusement à Du Cange un article (latin bien entendu)

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par les dictionnaires sous le mot bâche appartiennent à des mots différents ; mais qu'il existe un mot bâche au sens de l'anc. baschoe, c'est ce que prouve cet article du Vocabulaire du Haut- Maine {àt Montesson) : « Bâche, s. f . ; bachot, s. m., hotte en osier ou filet, tous deux de forme conique, pour prendre le poisson. » Nous avons vu, en effet, plus haut que la baschoc était une hotte en bois ou en osier; ainsi le sens de « filet en forme de poche ' » se rattache à celui de « hotte ». Les autres sens peuvent se ramener à celui que le Dictionnaire général donne en premier : « Caisse employée à divers usages dans les usines. » Nous retrouvons là le sens de baschoc désignant un récipient en bois de dimension movcnne; parmi les acceptions enregistrées par Littré, celle de « sorte de cuvette où se rend l'eau puisée

Bâche, d'après cette note d'un glossaire : Femornlia (n\s. Fenmralia). proprie hache unilierum, quia tegunt fcmora viulieriun ; fémorale, biche viri. Carpentier donne cette note comme extraite d'un glossaire latin-français, mais il n'en est rien, et il n'v a pas là le moindre mot français : le recueil de gloses qui suit dans le ms. lat. 4120 un glossaire latin-français est tout simplement un extrait d'Isidore avec quelques additions, et on retrouve dans plus d'un autre glossaire du même genre cette notice, avec sa distinction imaginaire entre fémorale, qui désignerait des braies d'homme, et femoralia, qui désignerait des braies de femmes ; naturellement, hache et hiche sont de simples fautes de copie du scribe très ignorant du ms. 1420 pour hrache, c'es-à-dire hracae (dans un autre texte cité par Carpentier, il faut également lire hrachis pour hachis). — Par une distraction plus singulière, Carpentier inséra hache dans son Glossaire français, avec cette explication : « Bâche, ce qui sert aux femmes à se couvrir les cuisses, caleçon » (reproduit dans l'édition Henschel). C'est là que M. Godefroy a pris ce mot, qu'il a traduit simplement par « caleçon », en citant les deux textes latins. Mais un autre a agi autrement : avant sans doute laissé de côté le mot caleçon en prenant sa note dans Carpentier, celui (probablement Le Roux de Lincy) qui a fourni l'article hache au CompUineut du Dictionnaire de V Académie l'a ainsi rédigé : « Bâche, s. f. (V. lang.), vêtement de femme, jupon .). On voit que ce rédacteur vivait au temps (1842) où les pantalons de dames n'étaient pas encore en usage.

I. Bâches, au sens Je « filets », est dans Rémi Belleau, que le Did. ge'n. cite d'après le supplément (inédit) de Godefroy, et qu'il aurait pu citer d'après Sainte-Palaye.

472 NOTES ETYMOLOGIdUES

par une pompe » rappelle particulièrement le sens antique de bascauda, « grand vase propre à contenir de l'eau ' ».

Ce sens antique se retrouve encore plus exactement dans un mot italien où je reconnaîtrais également volontiers bascauda : vasca. Diez le relève déjà, sous la forme basca, dans un acte de 650 imprimé par Maffei, et il remarque : « Les celtistes rappelleront le mot connu bascauda - » ; mais il préfère le tirer de vas par un dérivé vasica >. C'est toutefois, comme Ta remarqué M. Grôber -^, une dérivation assez surprenante, et l'identification avec bascauda me paraît plus naturelle. Le sens répond assez bien à la fois à celui de bascauda et à celui du fr. basche : la vasca est un « ricetto murato che riceve e conserva le acque d'una fontana » (Manuzzi >). L'hésitation entre le b et le f se montre déjà dans la variante vascauda qu'on relève dans les glossaires ; elle s'explique sans doute par le fait qu'il s'agit d'un mot étranger, qui a été influencé par vas, vascuium.

1 . On peut facilement tirer de là le sens de « creux ou il reste de Teau à la marée basse «,

2. Cette remarque n'a pas engagé M. Thurneysen à parler de bascauda dans son Kelto-ronianisches.

5. Diez note aussi que les germanistes rappelleront zcaschen, « laver », mais personne sans doute n'y songera sérieusement, non plus qu'à l'étyraologie basque (u-asca) d'Hervas.

4, Archiv fïir îat. Lexicographie, VI, 138.

5. Diez définit simplement vasca par « Kufe ». — Le fr. vasque est un terme d'architecture récemment emprunté à l'italien ; il a un peu modifié son sens. Le Complètent du Dict. de VAcad. (1842) le définit : « espèce de bassin rond et peu profond » ; Littré : « bassin en forme de fontaine (?) recevant l'eau d'un jet d'eau, d'une fontaine » ; et l'Académie, combinant les deux : « espèce de bassin rond et peu profond, qui reçoit l'eau d'un jet d'eau, d'une fontaine ». — L. Quicherat (Addenda lexicis îalinis) a vu l'origine de vasque dans un va se us rendu par vanus, inanis dans divers glossaires du moyen âge. Mais cette traduction parait être une erreur : vase us veut dire « transversal » {vasca tibia, flûte traversière), et c'est le seul sens que lui donne la nouvelle édition du Dictionnaire latin de Quicherat. Littré a adopté l'étymologie de Quicherat, sans renvoyer à l'italien. Brachet ne mentionne pas le mot. Scheler rejette vase us et remarque : « d'un adjectif vasicus (vas) ? ou vasque est-il pour vascle et représente-t-il le dim. L. vascu 1 u m ? » Mais il ajoute que le mot vient directement de l'italien; or en it. vascuium, vascula donneraient vaschio, vaschia.

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On a souvent rattaché à bascaiida l'anglais haskct, « panier ». On s'appuyait surtout sur le gallois hasgawd, donné par Du Cange, concurremment à ba\ored. En fait, comme on peut le voir dans l'art. Basket du dictionnaire de M. Murray (vo}'. aussi Skeat), on a seulement en gallois basged ; le comique présente hasced, le gaél. bûscaid, l'irl. basceid; or, comme le déclare M. Rhys dans une note communiquée à M. Murray, aucun de ces mots ne peut représenter bascauda; il y a, au contraire, toutes les chances pour qu'ils soient empruntés de l'anglais : ils n'apparaissent pas dans l'ancienne littérature celtique'.

D'où vient donc l'anglais bashl} Il n'a aucun correspondant dans les langues germaniques et n'existe pas en ancien anglais; on ne le trouve que dans des textes de la lin du xiii^ siècle (Murray). Il est donc probable qu'il vient du français. Je suppose que le fr. basche avait un dimin. baschete; à ces formes, dans lesrégions où c persiste devant a, correspondaient naturellement basque et basqiiete ; c'est ce dernier mot qui aura passé en anglais. Ce qui peut seulement arrêter, c'est qu'on ne rencontre en anc. fr. ni baschete ni basqiiete, et que basche même (bâche) n'apparaît qu'au xvi^ siècle. Mais le mot peut avoir été propre à la Normandie et y avoir disparu de bonne heure, tandis qu'il se conservait en anglo-normand. J'ai d'ailleurs l'idée d'avoir rencontré quelque part baskete, mais, si le fait est exact, je n'ai pas noté le passage.

[Romania, XXI (1892), pp. 400-406.]

I. M. d'Arbois de Jubainville me communique des observations qui concordent absolument avec celles de M, Rhys : « Le gallois hasgaïul paraît avoir été inventé par Davies, auteur d'un dictionnaire gallois au xviF siècle. — L'irl. hasgiwd n'est qu'une variante graphique de hasgeid (ao en irl. mod. se prononce ^); hasgeid n'est autre chose que l'angl. basket. » Mon savant ami m'indique en revanche le gallois basg, « ouvrage d'osier » et « entrelacs », comme l'origine possible de bascauda. On pourrait peut-être v voir l'anc. fr. supposé hisqiie ?

474 NOTES ETVMOLOGIdUES

BEDJXE.

Le Dictionnaire géncml donne bc'dâne, « outil de menuisier pour faire les mortaises », remarque que Cotgrave, en 1611, écrit bec d'asne, et explique en conséquence : « Pour bec-d'âne, composé de bec et d\ine. » Littré écrit bédane siins accent, mais renvoie à bec d'âne, graphie qu'il adopte, et qui le dispense de donner l'étymologie d'un mot aussi transparent. Toutefois ce composé est embarrassant : on n'a jamais, que je sache, attribué de bec à l'âne comme au lièvre, et la forme de sa bouche ou de sa tête n'y invite nullement[']. Puis le bédane est une sorte de règle de fer de petite dimension, terminée en biseau, qui n'a aucun rapport avec la tête ou la bouche d'un âne. Il me paraît certain qu'il s'agit ici d'ane, « canard » en anc. fr., et non d'asne. Déjà Marion, dans le Jeu de Robin et Marion, confond ou feint de confondre les deux mots (v. 32 ss.), et plus d'un philologue moderne est tombé dans cette erreur (voyez entre autres la remarque faite ici, XVIII, r|2 [-], Cotgrave y est tombé également, et, ne connaissant qu'un mot ane qu'on écrivait asne, il a résolu le bédane qu'il entendait en bec d'asne, sans être arrêté par l'incongruité de l'image. La prononciation a dû pourtant être longtemps distincte. Les ouvriers aujourd'hui prononcent généralement bédane (peut-être sous l'influence de la fausse étvmologie) ; mais on entend aussi bédane, et mon ami J. yi. de Heredia s'est autorisé de cette prononciation, qu'il m'assure avoir constatée maintes fois, pour faire rimer bédane avec ahane et platane dans son joli sonnet du Hiichier de Na~areth (^Les Trophées, p. 91). Quant à bec d'âne, qu'a préféré Littré, ou mÏQux bec d' ane, c'est un arcliaïsme tout à fait disparu de l'usaoe.

[/?o;;/n«n;, XXII (1893), p. 549.]

[* 1. Cf. cep[endant] prov. t^é d\iine (aiue = ase).]

2. [Sur Bartsch, Langue et littèriiture françaises au moxen d^e, qui écrit mit ane (= asne) au lieu de nute ane.]

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