‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 23 sur 151 · CHOISEL · texte numérisé non relu

CHOISEL

Littré a admis dans son Supplément, sans qu'on voie bien pourquoi, l'article suivant, sur un mot qui assurément ne fait plus partie de la langue : « Choisel, Terme ancien. Se dit d'un moulin qui est mû par un cours d'eau à réservoir. — Hist. xiv^ s. Et y a ung petit molin a choisel (1380), Varix, Archives adniin. de la ville de Reims, t. III, p. 580. — htym. Origine inconnue. Du Gange, au mot mokndinum, donne, dans des textes du xiv^ siècle, molendinum choiseullum , molendina chastella, rnolineUiim quod volvitur ad cosiellum. » M. Le Héricher, dans l'extraordinaire olla podrida qu'il vient de publier sous le titre de Les Ëtyniologies difficiles (Paris. Maisonneuve, i88é), fait remarquer que M. L. Delisle, dans son livre sur l'histoire des classes

1. Ainsi dans : Je suipîoiee en povre ploy (yoy. Godefroy), il est difficile de comprendre autrement.

2. On pourrait songer aussi à la locution mettre un cheval dans un beau pli « en belle attitude » (voy. Littré) ; mais je ne l'ai pas rencontrée au moyen

âge.

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482 NOTES HTYMOLOGiaUES

agricoles en Normandie, mentionne deux moulins à coisel ou à choisel, et qu'il déclare ignorer le sens de ce mot. M. Godefroy ne cite ni l'exemple donné par Littré, ni les deux qui se trouvent chez M. Delisle; il enregistre seulement coisel ou coesel en l'accompagnant d'un point d'interrogation, et avec cet exemple (Rouen, 1400) : « La place d'un moulin à coesel, a estang pour les eaues recuillir. w II ajoute : « Perche, choisiau, planches qui font boîte autour de la roue d'un moulin. » Ce renseignement paraît recueilli directement par l'auteur ; je n'ai trouvé notre mot dans aucun dictionnaire patois.

Le sens de l'ancien coisel ou choisel n'est pas absolument sûr. Le passage qui a paru décisif à Carpentier est tiré d'un sermon de Philippe de Grève : il compare l'homme qui, pour se diriger, se fie à ses propres forces, à un moulin a choisel : « Molendina ad aquam coUectam et conquisitam, qu:E dicuntur molendina ad choysel... Qui nituntur in proprÎD ingenio et humana sapientia non semper habent aquas copiam, et sunt quasi molendina ad choysel. » Le mot semblerait donc signifier « réservoir », mais il est à remarquer qu'il ne se trouve jamais seul, et que, si le moulin a choisel est sûrement un moulin mû par de l'eau amassée dans un réservoir, il ne s'en suit pas que choisel signifie « réservoir » ; il peut désigner une particularité de construction du moulin ainsi mû, et plus spécialement de la roue. Le sens du mot percheron, recueilli par M. Godefroy, semblerait même l'indiquer. D'autre part, les Bénédictins, dans leur édition de Du Gange, citent le breton milin coa:^ell, « cujus rota aquaria perpendiculariter vertitur », qui appuie encore cette hypothèse.

En attendant que le sens du mot soit mieux éclairci, je crois déjà pouvoir en indiquer l'étymologie avec vraisemblance. Carpentier et M. Le Héricher la cherchent dans clusa ou clausum, ce qui est phonétiquement impossible. Caucellum, diminutif de cauculum, lui-même diminutif de caucum, répond, pour la forme, si parfaitement au mot français qu'il paraît difficile de croire que ce n'est pas le même. Caucellum est attesté en bas-latin (voy. Du Gange) ; il n'y présente, il est vrai, que le sens de « coupe, vase à boire », mais on peut imaginer diverses voies par lesquelles il en sera venu à désigner une pièce caractéristique d'une certaine espèce de moulin. L'alter-

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