‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 24 sur 151 · CHOIS EL · texte numérisé non relu

CHOIS EL

nance entre les formes coiseJ et choisel indique un c initial suivi d'un an ; pour la fin du mot, cf. oisel aucellum.

[Roniania, XVI (1887), p. ^64-)6y.]

COMBR-

On regarde habiluellcment le thème cornor- ou combr-, qui se présente dans une série de mots romans, comme une simple variante du thème cumul '. C'est du moins l'opinion de iMénage et de Diez. acceptée par Littré, Scheler et Kôrting. Seuls, les auteurs du Dictionnaire général de la langue française, à l'étymologiedes mois décombres et encombre, se sont bornés à indiquer « le bas lat. combrus, barrage, d'origine inconnue ». Il est en effet évident qu'il faut séparer l'une de l'autre deux familles de mots qui diffèrent constamment, dans les diverses langues où elles se trouvent, et par le sens et par la forme : jamais les mots en r n'ont le sens de cumul-, ni les mots en / le sens de comor-; cette distinction serait incompréhensible si l'un n'était qu'une variante de l'autre.

Les mots dont il s'agit sont : 1° port, cômoro et combro, « amas.de terre » et aussi « berge escarpée » ; 2° fr. conibre, « barrage pratiqué dans une rivière ^ », encombrer (d'où encombre,

1. D'où d'une part le pr. coinol (pr. mod. coiinwul et couinble), le fr. comble, combler^ d'autre part l'it. colino, colnuire.

2. Voy. Tarticle de Godefroy, où la traduction est donnée avec un luxe de synonymes au moins inutile. Le mot ne se trouve que dans la région de la Loire, en français seulement depuis le xve siècle (mais les exemples latins remontent au xne, voy. Du Gange). M. Godefroy donne le mot comme fém., mais le latin coinbrus le désigne comme masculin. Le premier exemple (combes) paraît être un autre mot ; et il en est de même du cinquième (plusieurs combes de bois estans eu l'estable des chevah), où combre répond à l'esp. combos. Le mot combre, au sens général d' (f embarras », se trouverait dans les Vers de la Mort de Robert d'Arras d'après l'éditeur, M. Windahl, mais dans le vers Berlous qui (:= cui) vieilluue fail combre (CIV, I), combre est un adjectif qui signifie « voûté, courbé », et dont M. Godefroy donne deux autres exemples; je ne pense pas qu'il ait rien à faire avec le mot qui nous occupe. — M. Godefroy donne encore combrer, « empêcher » et combremeut, « prise ? » ;

encomhreiucut, emomhrier, etc.), « faire obstacle à, gêner », descomhrer (d\où décoiiibre), « débarrasser » ; 3° it. higombrare, « barrer, rendre impraticable (le chemin) », sgombrare, « débarrasser » (de là ingombro. sgombro, etc.). A ces mots romans il faut ajouter le bas-latin coiiibrus, sur le sens duquel il convient de s'arrêter. Grégoire de Tours (Hist. eccL, 1. III, c. 28) parle d'un personnage qui, s'étant réfugié dans une forêt, y fit de grands abattis d'arbres pour se protéger : concides (lat. class. concordes) magnas m silvis illis fecit ; les Gesta Regum Francorum, reproduisant ce passage, disent : in silvani confugh... fecitqiie coinbros. Il est donc clair que coiiibri a, au moins en partie, le sens de concides ; or concides signifie un barrage fait avec des troncs d'arbres : c'est conséquemment ce que veut dire aussi combri. On pourrait dire, il est vrai, que combri n'a besoin d'avoir de concides que le sens général de « barrage, obstacle », et c'est ce qui

mais il faut lire tîencomhraist pour ne. comhraist et V encombrement pour le conihrement dans les passages cités. Quant au verbe comhrer signifiant « prendre, saisir », on ne peut le séparer de cobrer, coubrer, qui a exactement le même sens, et dont il n'est sans doute, comme l'a pensé Scheler, qu'une forme nasalisée. Ce cobrer est à séparer du pr. port. espg. cobrar, qui a été extrait de recûperare et en a à peu près le sens, tandis que le fr. cobrer a un sens assez différent ( « saisir, empoigner ») et présente un b au lieu du v normal qu'on trouve dans recavrer. Le mot *cùperare, avec le sens du prov. et de Tesp., a d'ailleurs aussi existé en français : c'est celui qu'il faut reconnaître dans les exemples cités par M. Godefroy au mot combrer qui présentent des formes avec v et où le verbe a le sens de « se procurer, recouvrer w, comme dans le Brut de Munich, Aiol 10659 (où je crois que M. Raynaud a eu tort de traduire par « saisir » et M. Fôrster a eu tort de changer en combrer'), FI. et Blanch., l'exemple cité par M. Fôrster de Robert le Diable et les deux cas où il faut, dans une chanson du xV siècle, corriger recouvrer en couvrer (G. Paris, Chans. du XV^ s., p. 76 ; mais couvre^ dans le passage de Baud. de Seb. cité par M. Fôrster est simplement l'impér. ào. couvrir). Les copistes ont d'ailleurs souvent confondu les deux verbes et écrit covrer pour cobrer : c'est le cas pour les exemples des Loherens, de Renaut de Montauhni, des Set Sages (Godefroy) et de Rigomer (Fôrster). — Ce cobrer combrer, « saisir », d'après Diez, approuvé par M. Kôrting, est une autre forme de cobrer, ce qui répugne au sens autant qu'à la forme : je ne saurais lui trouver d'étymologie. — Il faut encore en distinguer le combrer allégué au dernier exemple de Godefroy : il signifie « voûter » et se rattache à l'adj. combre dont je viens de parler : l'étymologie de ces mots n'est pas plus claire.

COMBR- 485

pourrait faire supposer que coiiihre coinhro n'est que le substantif verbal de coiiihrer, et que conibrer et les verbes correspondants dans d'autres dialectes sont tout simplement le lat. commorari. Mais cette idée ne peut guère se défendre : d'une part commorari est toujours neutre et signifie simplement « s'arrêter, tarder » ; d'autre part ni môra ni aucun de ses dérivés n'a passé en roman (demorari n'a donné que des mots savants). Puis il parait difficile de ne pas reconnaître une autre forme du même mot dans l'esp. coiubos, « chantier, bûches en tas », fr. combes dans un acte du xv^ s. cité par M. Godefroy sous Cambre : « Plusieurs combes de bois estans en l'estable des chevalx )). Et d'autre part on a peine à séparer du fr. cambre, « barrage destiné à arrêter le poisson dans une rivière », L- port, cômbona, qui désigne un barrage en bois établi dans une rivière pour arrêter le poisson '.

Rien de clair ne résulte de ces rapprochements. Adrien de Valois, qui le premier a relevé le mol combnis (voy. Du Gange), y soupçonnait un mot gaulois; mais les langues celtiques ne nous fournissent aucune étymologie assurée. Tout ce que j'ai prétendu dans cette note, c'est distinguer le thème cambr- du thème cambl-, avec lequel on l'a ordinairement confondu, et appeler l'attention des philologues sur une famille de mots qui ne me paraît pas avoir été encore étudiée au point de vue où elle doit l'être.

[Roniania, XXIII (1894), pp. 243-245.]

I. [La Roiiania publia en 1895 (XXIV, 114- 11 5), sous le titre « Comhre » et dérives, un article où M. Cornu rattachait toute la famille de conihr- à c umera (-us), « grand panier d'osier pour conserver le blé », n mot qui a fort bien pu avoir aussi le sens de nasse ou de tel autre engin... où s'encombrent les poissons » ; Gaston Paris joignit à cet article la note suivante :

L'explication de M. Cornu par cumerus ou cumera du thème cottih'dans les langues romanes est celle que j'ai souvent donnée dans mes cours, et j'avais même composé mon article sur cotuhr- avec Tintention de l'exposer. Mais en faisant les recherches nécessaires, j'ai reconnu que le sens primitif de comhriis ou couihri était « barrage fait avec des troncs d'arbres », ou tout au moins « barrage, obstacle », ce qui m'a fait écarter tout rapprochement avec un mot signifiant « corbeille » : je n'ai même pas mentionné cumerus ou

486 NOTES i:tymologiq.ues

CORROT, CORINE.

Cest à Littré que revient le mérite d'avoir rapproché de courroux l'a franc, corrot \ ainsi que l'it. corrotto, et d'avoir ainsi démontré que l'équation corriiccio= * cohriiccio (de choiera), admise par Diez, n'était pas possible. Depuis lors, tous les étymolo^istes se sont ransjés à son avis et ont vu dans corrot et cor roi to le lat. corruptum, d'où le verbe corocier, courroucer et le subst. rort)^, courroux. M. Grôber a apporté de nouveaux éléments à la question en signalant le prov. corrot (pareil au français) et l'anc. espagnol corroio^. Il a également fait remarquer que l'it. corrucciare, corruccio, est emprunté au français et qu'il n'y a conséquemment pas à en tenir compte pour l'étymolo2:ie.

La difficulté est dans la sémantique. Ce qu'ont dit Littré, Scheler et autres pour faire comprendre le passage du sens latin au sens roman ne satisfait pas, et M. Koerting (n" 2210) remarque avec raison : « Le changement de signification n'est pas encore à beaucoup près expliqué avec une clarté suffisante. )> J"avoue que je ne comprends pas bien ce qu'a voulu dire M. Grôber en écrivant : « Die Bedeutungsentvvickelung erlàu-

cumera. M. Cornu, dans cette note écrite avant mon article, explique le passage du sens de « corbeille » à « barrage » d'une façon très ingénieuse ; mais il faut remarquer que les conihrcs à prendre le poisson sont des barrages en bois et non des nasses.]

1. Il n'en cite qu'un exemple, emprunté au Glossaire français de Du Cange- Henschel, Ren. 225 11 (= Martin, XIII, 5 3))» où la forme est attestée par la rime (de hot). Il faut y joindre celui du S. Léger, corropt (18 c ; voy. ma note, Rom., I, 309), et ceux qu'a enregistrés Godefroy (Complément, au mot Courons') d'après Guill. le Maréclml (y. 9298) et une traduction de la Bible (ms. de Berne).

2. Je n'en connais qu'un exemple, qui est sans doute aussi celui qu'a eu en vue M. Grôber. Il se trouve au quatrain 404 des Milagros de Nuestra Sennora de Gonzalo de Berceo, et a été relevé par Sanche/. dans son glossaire. Je cite le quatrain en entier pour qu'on se rende compte du sens du mot (il s'agit de pécheurs qui se repentent) : Si en fer el peccado fueron çiegos e lyotos, Fueron en emenJurlo firmes e muy devotos : Quantos dias visquieron, jueroti muchos 0 poccos, Dieron sobre sus carnes laçerios e corrotos.

CORROT, CORIXE 487

tert ital. corrotto (corruptus), Schmerz, Trauer = a. prov. corrot, afr. corrot, aspan. corroto, Kasteiung neben ital. aqua corotta, verdorbenes (faules) Wasser. » Le rapprochement avec les mots allemands àrcrerii ou beiruben est loin de suffire. Corrumpere n'a pas en latin de sens analogue à celui des mots romans, et il paraît surtout difficile d'attribuer un tel sens à corruptum, qui, étant la base des mots corrotto, corroto, corrot, remonterait certainement au latin vulgaire général, puisque ces mots se retrouvent en Italie, Espagne et Gaule (tandis que les dérivés ro/TOrzV;- et ror/o:;; sont, comme l'a remarqué M. Grôber, propres au gallo-roman[']).

Je me demande s'il ne tant pas regarder corrotto, etc., comme représentant cor ruptum et non corruptum (d. cœur brisé, crève-cœur, ail. her:^Jrechend, angl. brohen bearl). Le sens espagnol de « mortification » répond bien au cor contrilum qui est une des condition*^ de la pénitence, et ne peut guère se concilier avec corruptum. L'it. ror/o/Zo signifie, non « courroux », mais « douleur », et particulièrement « douleur causée par une mort, deuil », et même « regret funèbre »^.En français ancien et en provençal le sens de « douleur » ou « d'affliger » convient souvent au substantif ou au verbe au moins aussi bien que celui de « colère » ou d' « irriter )).Cor ruptum aurait peu à peu été considéré comme un seul mot, et de là on aurait, en Gaule, dérivé un verbe * corruptiare, d'où * corru ptium % c'est une conjecture, et rien de plus, que je soumets aux romanistes.

Diez rattachait aussi à choiera l'anc. franc, courine et Kôrting (ibid.) admet cette étymologie. Mais Littré a déjà fait remarquer que d'une part on ne trouve jamais colriue et que « d'autre part on a dans le prov. coreilla, coriUa, qui paraît le

Page 1