‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 25 sur 151 · Cf. Zeitschift, XXIV, 154, note · texte numérisé non relu

Cf. Zeitschift, XXIV, 154, note

2. Voyez par exemple ce passage de Jacopone di Todi cité dans les dictionnaires : E io (c'est la Vierge qui parle) coniincio il corrotto : FioUo, chi mi rha morte} Figtio niio délicate, etc.

3. *Corruptiare serait ainsi à joindre à la liste de dérivés de composés qu'a dressée A. Ihoxwàs {Essais de phil. franc., p. 54 ss.) ; cf. l'anglais broken-hearted.On pourrait d'ailleurs aussi regarder* cor ruptium conmie tiré directement de corruptum au moyen dusufiize atone -ium (Essais de phil. fraîiç., p. 72 ss.) et ayant produit le verbe *corruptiare.

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même que courinc ' et qui dérive àtcœur ». Les formes de l'anc. fr. corine et ciierine ^ montrent qu'en effet nous avons là des dérivés de cor'; l'anc. it. corina "^ vient peut-être du français.

[Romania, XXVIII (1899), pp. 287-289.]

DEHE.

M. Godefroy réunit dans un même article (deshait^ les mots deshait, deshet, deshé, dehait, dahet, dahait, dahc, dehé, daha, daé, daat, deJ, et les traduit par « chagrin, découragement, malheur, malédiction, damnation ». Il est clair qu'il y a là plus d'un mot. Deshait ' est composé de des et de hait, subst. verbal de haitier, mot dont l'étymologie n'est pas claire, mais est sûrement germanique. Dc'i/;^// signifie « découragement, malaise physique et moral ». Quand ai s'est changé en é, il a été écrit deshet, mais il n'a pu perdre son / pour devenir deshé. Deshé, donné par M. Godefrov dans sa liste de formes, ne se trouve dans aucun des exemples qu'il cite, et n'existe pas. En revanche, nous trouvons souvent dehé ou dahé, qui ne peut être le même mot,

1. Naturellement ce n'est pas « le même ». Corelha, coriJha, coralha paraissent des substantifs verbaux tirés de coreJhar, etc., dont Thistoire n'est pas bien claire, mais qui se rattachent certainement à cor,

2. Godefrov admet un masc. conn, « colère », mais dans la citation d'Auberi qu'il donne il faut lire Herme(ii)sent de Ton'n (= Turin). Quant au mot corine, qui se trouve dans un passage de Jean le Marchant (p. 63 de l'éd- Duplessis) : La dame... qui de toute enncr est doctrine Et de cortaisie corine, et qui serait le fém. d'un adj. corin, « cordial », j'avoue que je ne le comprends pas.

3. Corine (curine) dans Horn (y. 1668), « entrailles », paraît propre à l'anglo-normand ; c'est une variante de corailJe, coree, qu'il faut peut-être séparer de corine au sens moral.

4. Voy. sur ce mot la note de M. Crescini sur le v. 19, 3, du Cantare di Fiorio e Biancijîore.

-). Dehait, débet sont des formes récentes plutôt que des composés indépendants avec de.

DEHÉ 489

car il a un ('fermé et non ouvert, comme l'attestent les rimes ; il ne paraît que dans des locutions inpliquant une imprécation, une malédiction :

Del tôt en tôt si ait mes cors dehé ! (Gir. de Vienne). Dahés ait l'ore que li moines nasqui ! (Garin). Itex ostages ait ore par mi le cors dehé ! (Doon de Maience).

On le trouve souvent accompagné de l'épithète mal :

Sa femme triievent, cui Diex doinst mal dahé ! (£"«/. Ogier). S'il ne nous porte foi, donc ait il mal de[b]é ! (Pan'se).

Comme les abstraits en ancien français, il est souvent employé au pluriel :

Da]k\ ait qui vos aint ne qui jai vos crorai ! (Floaimit). S'or ne secor mon frère, dont aie niau dahé ! {Gui de Bourgogne).

On emploie volontiers ce pluriel déterminé par un chiffre, cetif, cinq cents, cinq cent mille. Maldahé étant pris comme un mot unique, on ne donne d'ordinaire qu'à la terminaison le signe du pluriel :

Maldath'S ait qui primerains la mist ! (Lorrains). MaldeJje^ ait toute ma gorge S'il a ja mais de moi nul preu ! (Boivin).

Le / que l'on trouve parfois au singulier ' est le / caduc que l'on rencontre aussi dans gret, amet, etc., et qui tombe dans le français normal, tandis que celui des mots comme hait {fait, plait, etc.) se maintient toujours.

Le mot employé dans les formules imprécatives postule donc une étymologie qui ait un a suivi d'un t isolé. Il y a quelques années, je posais cette question, sans la résoudre, dans une de mes conférences, <à laquelle se trouvait présent Karl Bartsch, de passage à Paris. Il y réfléchit, et me proposa de reconnaître

I. Par ex. aux v. 1047, ^93^ '^^ Roland, où les éditions Mûller, Bôhmer, Clédat, portent à tort dehait, que leur emprunte M. Godefrov dans sa citation du V. 1938.

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dans la seconde partie de dehé le mot héÇjet), substantif verbal de haïr (Jjadir), lequel convient parfaitement comme forme. Le mot hc est de bonne heure tombé en désuétude, car on ne le trouve dans nos textes (voy. Godefroy) que dans la locution coillir (une seule fois prendre) eu hé-, il aurait vécu, en outre, dans le composé dehé. La première partie du mot ne serait autre que le mot Dé {Deu, Dieu) : dehé signifierait donc proprement « haine de Dieu », et aurait eu pour forme primitive, à Fépoque mérovingienne, Deu hat.

Cette ingénieuse explication me paraît extrêmement probable ; Bartsch devait la rédiger et en faire une note pour la Romauia; je répare maintenant son oubli. Il y a cependant quelques difficultés à relever et quelques observations à faire.

La forme dàhé n'est pas, je crois, une objection grave : Ve atone s'est changé sporadiquement en a comme dans maaille, daerraiu, faou, etc. Plus singulières sont les formes qui présentent un a final, daha, pi. dehas, daha:^j daa::^. Si cependant on remarque que ces formes ne se trouvent pas à la rime^ qu'elles précèdent toujours le verbe ail {daha ait, daha:yaii, daa~ ait, uial daa- ait, maudaha:^ ait, maldehas ait), on admettra volontiers qu'elles représentent la forme atone de hé, conservée dans cette locution. Cette explication rend, sans doute, aussi compte des cas où, au lieu de deha ait, dehé ait, on a dehait (dahail) construit comme ait ; dehait est ici une locution contractée qui comprend dehé -\- ait :

Delmil li bers qui ert de tel seniblance ! (Conon de Béthune '). Matdehait qui laira por povreté ! {Atoiil, v. 157 ^). Dehait, biaus sire, qui enterra ensi ! {Huon de Bordeaux), Sire, dethiit qui croira vos sermons ! (Tibaut de Champagne).

Cette locution mal comprise paraît encore avoir donné lieu à

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