‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 29 sur 151 · I . Les nonnes qui parlent ici viennent de se lever · texte numérisé non relu

I . Les nonnes qui parlent ici viennent de se lever

49^ \OTLS ÉTYMOLOG1Q.UES

coucher à neut^, tait vivre d'ans nonante-neuf. » Dans plusieurs patois de l'Est, dhier a conservé le sens de « déjeuner » au propre, c'est-à-dire « rompre le jeune, prendre le premier repas ». Dans le Morvan, d'après M. de Chambure, « dnier s'emploie pour désigner le repas du matin ». Dans le Queyfas, d'après MM. Chabrand et de Rochas d'Aidun, on dit dinar et se dinar pour « prendre le repas du matin ». Dans toute la Suisse roniande, à ce qu'on m'a assuré, dinà se dit du repas qu'on prend en se levant, souvent de grand matin et même dans la nuit, par exemple avant d'aller au pâturage. De là sans doute la locution proverbiale: Oui dort dîne-, celui qui reste trop tard au lit perd son droit au repas que les autres font pendant qu'il dort.

C'est ainsi, par sa signification propre de « rompre le jeûne », que disner signifie en général « repaître ». Les exemples des Livres des Rois cités dans Littré sont frappants : Li poples jesqiie il vienge ne luangerad, kar il la viande benistrad, puis od ses hostes se dignerad ; Se li poples se fust disué, dunne sereit de mielz^ aisied ses eneniis a pursievre ? Il serait aussi aisé que superflu d'en apporter d'autres en grand nombre.

L'emploi, souvent remarqué, de disner comme actif ou se disner comme réfléchi (déjà au ix^ siècle, dans les Gloses du Vatican, disnavi me, disnasti te) vient encore appuyer le rapprochement avec disjunare, car desjuner ou desjeûner s'emploient exactement de même. Je rappellerai seulement qu'au moyen âge on emploie particulièrement disner au sens actif pour « gorger » un oiseau de proie ; ainsi dans VAtre perillens, v. 2628 : Vespervier a disner eniprist, etc., etc. L'ancienne façon de parler je sui disne:;^ pour « j'ai pris mon repas » (par exemple dans Audigier : E Dex ! disl Audigiers, coni siii disne^^ /) n'est pas encore tout à fait disparue : dans le Morvan^ d'après M. de Chambure, on dit : / seu dinè pour « j'ai déjeuné ».

Au reste, ce qui est décisif, c'est que desjuner et disner sont quelquefois pris l'un pour l'autre dans la même phrase. Dans la Vie de seint Auban, v. 1362, on lit :

Ne se desjuneront nis de un disner Einz ke a Verolame aient fait mener Le clerc.

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