‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 33 sur 151 · I. — BOUVREUIL · texte numérisé non relu

I. — BOUVREUIL

« Mot à mot petit bœuf, par une de ces comparaisons que les noms des animaux présentent non rarement : roitelet, moineau, pierrot, etc. »

Telle est Texplication de M. Littré. Je ne saisis pas bien le rapport que l'auteur indique entre les trois noms d'oiseaux cités plus haut et le surnom de « petit bœuf » donné à la pyrrhule vulgaire. Mais l'explication en elle-même laisse à désirer pour le sens et pour la forme. Pour le sens : car il est difficile de saisir aucune ressemblance entre ce joli petit oiseau et un bœuf; — pour la forme : car on ne voit pas d'où viendrait Vr qui dans le mot bouvreuil est intercalée entre bouv- (bov-) et le suffixe diminutif. La pyrrhule vulgaire a d'autres noms en France, très semblables à celui qui est le plus usité : M. Littré indique luimême bouveret, bouveron ou bouvron, bouvreux. Il faut remarquer dans les formes bouveret et bouveron Ve interposé entre le v et Vr ; cet e est certainement primitif; il est tombé, comme il arrive souvent en français, entre une labiale et une liquide. Nous avons donc dans bouv(e)rcuil un mot composé de trois éléments : bouver-euil. Le second de ces éléments, d'après des analogies nombreuses, doit être le suffixe ar(ius) qui donne en français zVr s'il estaccentué, ersW se trouve avant l'accent. Nousarrivons ainsi à une forme *bov-ar-iol us, diminutif de *bovarius, forme du latin vulgaire pour boarius. Ce *bovarius, dans Tusage rustique, remplaçait évidemment bu bu le us, et il a passé en français sous la îoniie bouvier. Le bouvreuil est donc, non pas un petit bœuf, mais un petit bouvier, et il mérite ce nom. En effet cet oiseau suit volontiers le laboureur qui promène la charrue dans son champ, pour se nourrir des vers ou des graines qui sont mis au jour. Il passe même pour pincer les bœufs et les aiguillonner ainsi à sa façon, comme le montre un de ses noms allemands, BuUenbeisser (mordeur de taureaux), et son nom anglais, bulfinch (pinson de taureaux). En France même, au rapport de Salerne ÇHist. nat. desoiseaux, p. 257, cité dans Buffon)/il est appelé aussi Z'c'/avVr',

I. Le Dictionnaire de Trévoux ne donne même que bouvier; il ajoute que cet oiseau suit les bœufs pour gober les mouches qui s'attachent à eux. Mais

d'où les diminutifs amicaux boiiveret, boitvereuil, boitveron. On retrouve ces diminutifs, appliqués à une dénomination tout à fait analogue, dans le nom de la bergerette ou bergeronnette.

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