CAHIER
giioniX, comme une dérivation très irrégulière de qiiaternarium, et écartent d'autant la conjecture de Diez qui proposait de rattacher cahier à une forme codicariiim, livre. »
11 est tellement étrange que deux savants comme MM. Diez et Littré aient méconnu un mot aussi simple qu'il faut sans doute attribuer leurs erreurs à l'orthographe ridicule et vraiment barbare que TAcadémie a adoptée pour ce mot. Rétablissez l'orthographe que M. Littré cite lui-même au xiii'= siècle, quaier, et il n'y a qu'à ajouter 1';^ finale, qui est tombée comme dans enfer(ii), hiverÇu), jourQi), fotirÇn), etc., mais qui existait certainement au xii^ siècle, pour retrouver, dans la forme qiiaicrn, le qiiaderno italien, cuadenio Qsp.jCû:(ent prov., et cueni catalan. Le fait est si évident qu'il est inutile d'insister sur les petites méprises secondaires des deux lexicographes. Je remarquerai seulement que les formes qiioiier, coer, coyer, rappellent les formes analogues Noël de n a ta lis et anc. fr. noer, nouer de natare (le cat. cuern paraît avoir subi une transformation du même genre). — Quaternionem a donné caergnoii d'où caregnon, quaternarium aurait donné, non pas comme le dit par distraction M. Littré, carreler, mais caernler carenler; le même radical, avec le suffixe ett, a donné caernet ou carenet, d'où notre forme actuelle carnet. M. Littré, au mot carnet, le fait venir en effet de qua~ ternetum (écrit ainsi par erreur pour quaternettum), mais il regarde ce mot comme un diminutif de quaternio, tandis qu'il vient de quaternum. Le prov. ca:^ern a donné le dim. ca::^ernet, lequel a passé en français sous la forme casernet, qui est ainsi un doublet de carnet, avec le sens spécial de « cahier de bord », en langage maritime. M. Littré, au mot casernet, le fait venir avec raison du prov. ca:^ern, qui est quaternum. Il est singulier que ce rapprochement ne l'ait pas amené à conclure que carnet est aussi un diminutif de quaternum et non de quaternio, et que cahier répond à quaternum et non à quaternarium.