‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 37 sur 151 · CASERNE 5 I · texte numérisé non relu

CASERNE 5 I

par exemple dans V Histoire de la milice française du P. Daniel (1732), etc.

Je regarde donc ca:^erna comme un mot provençal, qui a donné le fr. caserne aussi bien que les formes des autres langues. Ce mot n'a pas encore été retrouvé avec ce sens dans les fragments qui nous restent de la langue des troubadours, mais il est conservé dans le verbe desca:^ernar. C'est le fém. de ca:^ern, et il vient de quaterna, comme ca:^ern de quaternus.

Le sens offre au premier abord des difficultés ; mais elles disparaissent vite si on connaît l'histoire du mot. La ca:{erne est en effet primitivement une chambre destinée à quatre soldats. — Les casernes étaient de petites loges bcâties sur les remparts ou pratiquées dans les fortifications et où on mettait les soldats spécialement chargés de veiller la nuit en se relayant. Ce sens est resté à peu près tel quel en espagnol, où caserna est un terme de fortification, et désigne des voûtes pratiquées. dans le rempart, où se logent les soldats et qui servent aussi de magasin. — On sait qu'autrefois les soldats en garnison dans les villes étaient logés chez les bourgeois, ce qui était une lourde charge et une source d'abus de tout genre; un petit nombre seulement trouvait place dans les casernes des fortifications. Quand Louis XIV construisit « dans ses villes de guerre », comme dit Furetière, « des hôtels magnifiques pour loger la garnison », ces hôtels prirent naturellement le nom de ce qui jusque là avait été affecté au logement des soldats et s'appelèrent des casernes. Mais le sens primitif subsistait au xvii^ siècle; Furetière, reproduit dans Trévoux, dit en effet : « Casernes. Ce sont de petites chambres basties sur le rempart des villes de guerre pour loger les soldats de la garnison. On y loge ordinairement six soldats qui montent la garde alternativement (1688). » Pomey, en 1664, écrit caserne, et définit le mot ainsi : « Petite chambre pour loger les soldats qui sont en garnison. » Dans les lexicographes plus anciens, je n'ai pas rencontré le mot caserne.

On voit par la citation de Furetière que de son temps on mettait six hommes dans les ca:(ernes; cette différence provenait sans doute d'un changement survenu dans la façon de distribuer les troupes. Au temps où le nom de caserna fut donné à ces chambres militaires, les hommes y étaient certainement quatre par quatre : c'est ce qu'on appelait en provençal être ca^ern

520 NOTES ETYMOLOGIQ.UES

(quaterni). De là une expression technique de la versification provençale : pour désigner un quatrain, c'est-à-dire un couple OÙ les vers vont quatre par quatre, on disait une cobJa ca^erna, ou simplement une ca:^erna ÇLeys d'amors, dans Raynouard, Lex. rom., t. V^ p. 8). De même sans doute on a dit une cambra ca^erna avant de dire une ca:(enia tout court ^

Ainsi ce mot se rattache intimement au précédent, et cahier j qui a pour diminutif carnet, a pour féminin caserne.

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