‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 39 sur 151 · LORMIER · texte numérisé non relu

LORMIER

Diez n'a pas parlé de ce mot. L'article de Scheler doit être rapporté, parce qu'il contient à peu près la vérité, et qu'il est le point de départ de celui de M. Littré : « Lonnier, anc. lorimier, angl. Jorinier, aussi loriner. Avant de signifier éperonnier, ce mot s'appliquait aux selliers, dont le métier se confondait jadis avec celui des éperonniers. Il dérive du v. fr. lorain, hrin, bride, rêne, longe, et par là du L. Jonim, courroie. On appelait autrefois les lormiers aussi frenniers, faiseurs de freins. Pour lorinier devenu lorimier, je rappellerai les mots étamer pour étaner, de étaifij et venimeux pour vénéneux. » M. Littré n'admet pas lonnier, mais lormerie, et le définit : « Ancien nom d'un métier qui comprenait tous les menus ouvrages de fer, tels que les mors de bride, les gourmettes, les éperons, les gonds, les crampons, etc., qu'il était permis aux maîtres cloutiers lormiers de forger et de vendre. » Je ne sais d'où cette définition est tirée, mais elle n'est pas juste : le mot de lormier, déjà tombé en désuétude au xvii^ siècle, désigne l'ouvrier qui fabrique tout ce qui concerne le harnachement des chevaux, moins. les selles; il est facile de s'en assurer en lisant au Livre des Métiers du xiii'' siècle le titre des Lormiers ', cf. aussi Du Cange, s. v. Lorimariiis. Le Dictionnaire de Furetière (et d'après lui celui de Trévoux) dit que lormier est le nom d'une ancienne profession, qui, dans les Lettres de maîtrise, figure avec celles de sellier et carrossier. — Cette erreur sur le sens du mot a égaré, dans la recherche de l'étymologie, M. Littré et ensuite M. Baudry; voici l'article : « Origine incertaine. Scheler indique le latin lorum, lien, courroie; mais on ne voit pas comment Y m serait venu dans ce mot, et surtout comment des ouvriers qui travaillaient le métal auraient pris leurnom de lorum. Du Cange

reproduire ici les exemples que j'avais cités des mots envier, enviait, envi au moyen âge. — L'étymologie d'envi a été depuis donnée, d'une façon tout à fait indépendante, par M. Adolf. Tobler, dans le Gtossaire de son intéressante publication : Mittljeitnugen mis altfraniœsischen Handschriften, I (Leipzig, 1870), p. 262.

522 NOTES ETYMOLOGiaUES

le tire de Tancien français or mier (or pur), parce que ces ouvriers doraient les mors; mais il faudrait supposer que l'article s'est agglutiné avec son substantif: larmier (!). M. Baudry rejette l'étymologie de Du Cange; mais il admet que larmier est en effet pour l'armier, remarquant que le nom propre Larmier ne se trouve jamais sous la forme le Larmier , quant à ormier, il y voit le dérivé d'un radical bas-latin orm, qui se trouve dans armilla, boucle, armiscus, collier, et qui est peutêtre une corruption du latin armilla, bracelet. »

Je ne discute pas ces formes très douteuses ormilla et or'miscus, ni le radical encore plus douteux orm, parce que la question est évidemment vidée par la détermination du sens et par des textes qu'on pourrait fournir en grand nombre analogues à celui-ci : « Quiconques veut estre larmiers a Paris, c'est a savoir faiseurs de frains et de larains, estre le puet franchement, etc. {Livre des Mestiers, p. 222). » La forme ancienne est laremier Çaremarius, loi'emeria dans Du Cange) dont Ye a disparu de très bonne heure, comme il arrive souvent après l'r, ou s'est changé en / pour prendre plus de force, d'où lorimier, b.-lat. larimariiis angl. larimer. Lorain, mot usité à chaque page de nos anciens poèmes pour désigner les harnais du cheval, vient de *loramen comme airain de aeramen. L'm devenue finale s'est modifiée en 7î au xiii'^ siècle, mais persiste dans le dérivé laremier (loraminarius)^ comme dans allumer (*adluminare), essaimer (examinare), nammer (nominare), semer (seminare). — Larain et laremier sont exactement entre eux comme lien (ligamen) et liemier; et Ve placé devant Y m est tombé de la même façon dans larmier et dans limier.

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