moïse
Encore un mot bien simple, et dont l'étymologie n'a besoin que d'être indiquée pour être évidente. Moise vient de mensa, comme taise de tensa, mais de mensis, etc. La maise est une pièce de bois longue et plate qui se place perpendiculairement aux montants de certaines constructions pour les maintenir; tous les autres sens se rapportent à celui-là. Maiser une poutre,
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c'est la partager en deux moises\— Le lat. mensa avait un sens analogue, qu'on trouve dans Vitruve (voy. Forcellini, s. v. niensa). Quant à la forme, elle est claire : Vn latin devant Vs tombe toujours en roman, d'où *mesa ; e long accentué devient ei, — meisey — puis moise, comme *tesa *mesis ont donné teise mets puis toise mois. — Le mot mensa n'a d'ailleurs passé, entre les langues romanes, qu'à l'espagnol [''J, où niesa a le sens ordinaire de mensa, « table » ; l'it. mensa, le fr. iiiense ne sont pas des mots populaires. Combien de mots qui paraissent avoir disparu dans le passage du latin aux langages romans se retrouveraient ainsi, si l'on pouvait démêler avec une égale certitude l'origine de tous nos termes- techniques !
Il est assez curieux de lire sur ce mot, — omis par Diez, — les articles de MM. Scheler et Littré. En étymologie, si on ne met pas du premier coup le doigt sur le point juste, on s'égare souvent d'autant plus qu'on est plus ingénieux et plus érudit : (■( Moiser, dit Scheler (d'un subst. moise), t. d'architecture, proprement réduire une planche à demi-épaisseur; ce mot vient du L. médius, v. fr. moie. » Mais d'où viendrait 1'^? — M. Littré n'est pas satisfait de cette origine, qui en effet ne convient ni à la forme ni au sens, et ajoute : « Le wallon a amoise, qui signifie amorce ; si on savait la provenance de 7noise, on pourrait y voir le mot wallon moise, morsure, la moise mordant les pièces de bois. » On ne peut rien de plus ingénieux; mais quand même l'étymologie de mensa ne serait pas incontestable, il faudrait remarquer : 1° que l'idée de morsure est singulièrement rattachée à celle d'une longue planche plate qui, il est vrai, est clouée sur des poutres, mais qui frappe évidemment l'esprit par son aspect et non par ce fait secondaire ; 2° surtout que la dérivation proposée repose sur deux hypothèses peu vraisemblables ; l'une, que ce mot vienne du wallon ; l'autre que le w^allon possède moise avec le sens de morsure. Mais il y a une raison de forme plus concluante encore, et je la signale parce qu'on peut en tirer une conclusion intéressante pour les emprunts de ce
1 . Ce sens, le seul que donne Scheler, manque dans Littré, qui ne donne pour Dioiser que le sens de « garnir de moises ». Le verbe a les deux significations, comme le montrent les anciens dictionnaires.