‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 51 sur 151 · Un exemple dans Godefroy · texte numérisé non relu

Un exemple dans Godefroy

foie', qui est devenu la forme usuelle ^ Rien non plus que de normal dans ces différentes représentations de fêdicunr'.

Nous nous rendons donc très bien compte de l'évolution qui a fait passer fîcâtu m, fêcâtum, fîcàtum et fêcàtum à leurs diverses formes romanes-^. Nous constatons que fîcàtum s'est maintenu à l'est de la Romania ainsi qu'en Sicile, en Sardaigne et en Rétie ; que f ê c â t u m paraît conservé à Veglia > ; que ficdtum persiste dans la péninsule hispanique et à l'extrême sud-ouest comme au nord-est de la Gaule ^ ; enfin que fêcàtum est devenu dominant dans l'Italie centrale et méridionale et dans presque toute la Gaule. Les changements successifs de fîcàtum en fici tum, ficïdum et fidi eu m, de fêcàtum en fêcïtum, fêcïdum et fêdïcum. n'ont rien de surprenant. Mais ce que jusqu'à présent on n'a pas essayé ou on n'a pas trouvé moyen d'expliquer d'une manière satisfaisante, c'est comment l'accent de fîcàtum s'est, reporté sur la première voyelle, de façon à donner fîcàtum, contrairement à toute analogie ', et comment l'î s'est changé en ê soit dans fêcàtum, soit dans fêcàtum.

1. Le fém. la feie, dans un fragment du Tristan de Thomas (éd. Michel, t. III, p. 52), est une faute de copiste qui détruit la mesure du vers.

2. M. Meyer-Lùbke (§ 526) semble dire que le fr. foie remonte à * fêcàtum par le maintien de l'a atone sous forme dV (il renvoie au § 604 [1. 605], où il dit d'ailleurs autre chose ; voy. plus loin, n. 46 [ci-dessous, n. 7]); cette opinion, qu'a récemment reproduite M. E. Herzog {Literaturbî.f. genu. u. rom. Phil., 1900, col. 67), serait soutenable, quoique peu probable, si les autres formes gallo-romanes ne renvoyaient pas à fidicum ou fédicum.

3. Il faut seulement noter que ce mot, comme tous ceux où on observe le changement de -dïcum en -rje (changement sur la nature duquel je ne veux pas m'expliquer ici), trahit par là même une provenance semi-savante ou au moins une influence savante : on l'entendait le plus souvent dans la bouche des médecins.

4. Si l'on s'étonnait de la multiplicité et de la variété de ces changements, il faudrait se rappeler que f icatum, comme il sera dit plus loin, n'est pas un mot vraiment latin, mais un calque du grec, qui n'avait pas de racines dans la langue.

5 . Et peut-être en Italie, sous réserve de l'observation faite plus haut.

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