Voy. plus loin les vers de ce poème
5 . Je n'ai pas le loisir de faire des recherches sur les éléments de ce texte, cité dans le dictionnaire de Forcellini-De Vit. L'édition de Bâle, 1528, porte (fo 15), comme l'indique ce dictionnaire, fîgatum ; cf. ci-dessous, n. 87 [p. 550, n. i].
flCATUM EN ROMAN 545
s'ngit ' ; — dans Marcellus Empiricus : ficatmii liipi; — cnhn dans Caelius Aurelianus, où il sert d'explication à jecur pour désio;ner le foie humain-. Il se rencontre encore, i^losant JJ7.WTÔV, dans des glossaires'. Ficatum est donc, dès son apparition en latin, un substantif, et il désigne déjà le foie en général, soit des animaux, soit des hommes-^. Il ne paraît pas qu'il ait jamais été adjectif, et il n'existe pas en latin de verbe ficare dont il puisse être le participe.
C'est que ce mot, tout latin qu'il est dans ses éléments et sa formation, n'est pas né spontanément en latin, et même, à vrai dire, n'est pas un mot latin. Il n'est qu'une adaptation, qu'un calque du grec guvm-z^k Celui-ci se rattache au verbe juy.ioj, « nourrir de figues», à côté duquel existaient les verbes ijvSIm > et (j'jvSlb) au même sens. L'usage de nourrir certains animaux de figues pour leur rendre le foie plus gras et plus savoureux s'appliquait chez les Grecs aux oies et peut-être plus encore aux porcs et surtout aux truies^'; les meilleurs TJv.M-y. de cochon venaient de Chypre'. Le foie ainsi produit se vendait à part comme un mets délicat, et, peut-être après avoir dit r-.7.z
1. Marcellus Empiricus, éd. Helmreich (Leipzig, 1889), XXII, 54.
2. Caelius Aurelianus, De significatione diaetiirum passiomnu, éd. V. Rose (Berlin, 1870), p. 234, § 93 : Ex quihus eos quitus ex jecore, hoc est ficatum, saiiguis proicitur... Il est à noter que jecur est ici considéré comme un mot tombé en désuétude, qu'il est utile de gloser par ficatum.
5. Vov. par ex. les Glossae graecù-latinae du Corpus glossar . latin., II, p. 441 ; les Henneneuuiata Einsidleusia, ib., III, p. 233.
4. Comme je l'ai remarqué plus haut, il est inexact de dire que le sens propre et primitif est celui de « foie d'oie ».
5. Les dictionnaires ne donnent pas ce sens à Tj/.âr") ; mais on trouve dans Pollux îr-.y-'.T. a=Tj/.â3;x3va.
6. Vo\'. Pline, VIII, 77, 209, où il me semble qu'il faut séparer auseruui de inventuiu par un point et virgule et non par une simple virgule : Adhibetur et ars jecori feminarum suuni, sicut auseium ; iuventutn M. Apicii ficu arida saginatis, ac salie necatis, repente mulsi potu dato. Sur les autres passages d'auteurs latins mentionnant cet usage , voy. Forcellini-De Vit et Marquardt, Das Privatleben der Rômer, t. II, p. 415.
7. Vov. l'épigramme de Palladas dans l'Anthologie palatine, IX, 487. On y voit que pour agir sur le foie des porcs on les privait de boisson.
Mélangi:s g. Paris. 35
546 NOTES ÉTYMOLOGIdUES
z-j7M'iv ', on en était venu à désigner, dans le langage courant des marchands de comestibles, des cuisiniers et des consommateurs, ce « toie gras » par sjy.oj-riv tout court-. Peu à peu ce mot prit en grec le sens de « toie » en général : on sait que le diminutif 7j7.(.')ti:v, devenu z'/az-i ou r/.i-.i, a remplacé en grec moderne le classique r,r.oLp^.
Il V a longtemps qu'on a remarqué le parallélisme du sens de cuy.(OTdv en grec et de ficatum en latin; mais on n'a pas
I. Je ne vois toutefois cité ni dans le Thésaurus ni ailleurs un exemple de 7;-ap oux'oTov ; Corai, dans sa note sur Elien, p. 316, admet r,-ac. Tj/.'otdv comme allant de soi, mais ne cite aucun endroit où il se trouve. Je me demande si Tjx.f.jTo'v, comme ficatum, n'a pas été dès Torigine un substantif. Le Thésaurus pont : « }l!j-/.'')to;, ô. Ficatus (mot latin forgé comme je l'ai remarqué ci-dessus, n. 59 [p. 544, n. ij) : 7. r,-as, ï-icatum jecur, i. e. Ficuum esu pras paratum, ut Gorr. tradit ex Oribasio. » Mais Gorresius sur Oribase se borne à décrire le procédé d'engraissement des cochons et des oies par des figues sèches, et ne rapporte pas d'exemple de l'adj. tjxwto:. Le passage cité ensuite d'Aétios n'est qu'un abrégé de celui de Galien qui est simplement indiqué à la fin de l'article, et qui contient précisément le mot ctjx.'otov, omis par Aétios. Je ne crois pas inutile de donner ici le passage de Galien tout entier, d'autant plus qu'avec les indications contradictoires des lexicographes j'ai eu quelque peine à le trouver. Il est au ch. 12 du 1, III du traité Tlzp': tooçcojv ojvaasojc (éd. Kûhn, t. VI, p. 679). Galien dit que le foie de tous les animaux est un aliment lourd et ajoute : Aa^ivov o'Èv tl-j-oIz, oOx. il: 7;ôov7;v aovov, àÀÀà /.y.'', v.: raÀÀa To Tjv,i<i-ôv ovoaardaEvov Èsti. tt.c npo'jr.voota: TaÛTr.c TJ/rrj è;:£iôf, 7:oAÀfov 7jx.'.jv
"oaTTOUJ'.v o'jtoj: i:;'. Toiv.Gtov aocAiCTTa oià t6 cjas'. Ta tojto'j toj Toiou T^Xav/va
TTOA'J Toiv EV TOTc aAAOlC {jTZOLO/ IV/ ToUo. TlVETa'. OE X.iXclVa ^X(OV auTtov à'JLElvro,
çavdvTOç ToO wwoj roÀÀà; "la/âoaç. On voit que tjx.'oto'v peut ici tout aussi bien être substantif que se rapporter à r,rap sous-entendu. Quant à l'observation de Foes, qui termine l'article du Thésaurus, et où il est dit que Tjxto-râ peut désigner des mets préparés avec des figues et bons pour le foie, elle ne se fonde, si je ne me trompe, que sur des imaginations de médecins de la basse époque, comme Marcellus, qui ont attribué au foie de divers animaux des propriétés salutaires, par sympathie, pour le foie humain.
2. Le mot est d'ailleurs rarement attesté dans les auteurs antérieurs à l'époque byzantine.
3. Dans l'île de Zante on a même gardé le primitif, ^'./.oto'v ou s/.otov : vov. Boissonade, Xot. et extr. des mss., t. XI, 2^ p., p. 236.
assez dit que ce parallélisme ne saurait être fortuit'. Il serait par trop surprenant qu'une évolution sémantique aussi singulière, taisant passer un mot d'abord du sens de « nourri de figues » à celui de « foie d'animal nourri de ligues », puis à celui de « foie » en général, se fût faite indépendamment chez deux peuples. Le mot latin n'est en effet, comme je l'ai dit plus haut, qu'une adaptation du mot grec, et celui-ci a passé en latin avec les sens qu'il avait, seul, spontanément développés.
Il était tout naturel de rendre sj/.cotsv par ficatum : la désinence -atum, qui, originairement participiale, s'attachait depuis longtemps à des substantifs sans l'intermédiaire de verbes-, était indiquée pour rendre la désinence grecque -(.>t:v, et fie- remplaçait nécessairement sj-/.-. Toutefois le mot grec lui-même entra aussi dans le latin vulgaire, en se bornant à latiniser sa terminaison, à la fois avec son sens culinaire et avec son sens général de « foie ». C'est ce que montre un curieux passage du poème facétieux d'un certain Vespa (iv^-v^ siècle), le Jndiciiini coci et pistoris, où j'ai déjà relevé un exemple de ficatum '. Le cuisinier se vante d'être en état de servir aux héros mythologiques ce qu'ils aimaient le mieux ou ce dont ils ont été privés :
Partes quisque suas tollit, qui cenat apud me.
Voici les premiers exemples qu'il en donne ^ :
Ungellam Oedipodi >, s\'COtum pono Prometheo ^, Pentheo pono caput, ficatum do Tityoni.
1. Saumaise dit cependant avec raison, en ce qui concerne l'évolution du sens : « Inde Recentiores tj/.ojtov quolibet jecur appellarunt, et eos imitati Latini, ficatum. »
2. Sans parler des nombreux adjectifs tirés directement de substantifs (voy. Cooper, Word Formation in the Roman Sermo plebeius, § 34), je citerai les substantifs comme bucelîatum, anisatum, saponaium {ib.).